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FINANCE PERSONNELLE
  Le commentaire du classement

Un gain de 220,5 % en trois ans, dont 36 % pour la seule année 2005 ! Qui dit mieux ? Même l'immobilier sur la Côte d'Azur est obligé de s'incliner. Pour profiter d'une telle plus-value, il fallait miser sur le fonds « RP Sélection Europe », piloté par Roger Polani, forte personnalité du petit monde parisien de l'industrie de la finance. Mais surtout, il fallait croire aux actions, à l'Europe et plus encore, à la gestion collective. Or, depuis la gueule de bois de l'an 2000, bon nombre de Français demeurent méfiants vis-à-vis des marchés financiers. Surtout en Europe, où le décalage est très fort entre la déprime apparente du Vieux Continent et la bonne santé de ses entreprises. Du coup, en l'absence de croissance forte, il paraît difficile d'admettre que les Bourses européennes puissent être performantes. Tel est pourtant leur paradoxe depuis bientôt trois ans. Quant à suggérer aux particuliers de privilégier les sicav et les FCP, l'idée fait certes son chemin, mais elle demande encore des efforts soutenus de pédagogie.

Bon nombre de particuliers continuent en effet de croire aux actions en direct, afin d'éviter des frais d'entrée ou de gestion. Seulement, à l'avenir, la croissance des bénéfices risque de se trouver plutôt dans la nouvelle Europe, en Pologne ou en République tchèque. Comment raisonnablement croire qu'un investisseur individuel pourra y faire ses emplettes ? Il faudra donc se fier aux produits collectifs. Mais il ne suffira pas de se contenter des seuls fonds distribués par sa banque. Dans le foisonnement des sicav, les différences de performances sont énormes. Pour la bonne raison que certains véhicules de placement sont mieux pilotés que d'autres. De sorte que, pour la même somme placée, des écarts dans les gains, de 30 % voire plus, peuvent apparaître.

C'est pour aller à la rencontre des meilleurs que « Les Echos week-end » se sont associés à deux spécia listes de l'analyse et de la sélection des fonds d'investissement : Fund Market et Lipper (1). A l'intention des investisseurs individuels, nos partenaires ont établi quatre classements de performances parmi les 1.208 fonds PEA répertoriés par la société d'analyse Lipper. Pourquoi le critère du PEA ? Parce que le plan d'épargne en actions reste un merveilleux paradis fiscal. Toutes les plus-values y sont exonérées, à condition de ne pas être extériorisées pendant cinq ans. A la sortie, le titulaire ne paie que les prélèvements sociaux, à hauteur de 11 %. De surcroît, le PEA s'est considérablement sophistiqué au cours des dernières années. Il s'est élargi à l'Europe, dans son acception géographique la plus large. Par ailleurs, la réforme de l'avoir fiscal lui a conféré une vocation différente de celle de ses origines.

Jusqu'à l'an dernier, il existait un avoir fiscal, dont le montant correspondait à la moitié des dividendes versés. Quand ces derniers se trouvaient à l'intérieur d'un PEA, ils étaient rétrocédés par le Trésor qui établissait un chèque aux titulaires de plans. Du coup, les particuliers se retrouvaient avec une réserve d'argent, utilisable à volonté pour de nouveaux investissements boursiers. Cette situation de fait avait conféré aux valeurs de rendement, ou en tout cas aux titres généreux en dividendes, un avantage à figurer dans les enveloppes fiscales que sont les plans d'épargne en actions.

Désormais, tel n'est plus le cas. Mieux vaut privilégier les valeurs de croissance : de manière à sanctuariser leurs performances. Avec des plus-values parfois supérieures à 100 % sur trois ans, les sicav et FCP retenus dans ce palmarès répondent bien au profil maintenant recherché.

Cinq catégories de fonds éligibles ont été identifiées : les grandes et petites capitalisations européennes, les valeurs exclusivement françaises, tant en grandes que petites valeurs et enfin les fonds immobiliers particulièrement brillants l'an dernier. Le classement est éclairant : il fait apparaître des noms familiers aux lecteurs assidus des cercles des gérants et de la chronique hebdomadaire des sicav et des FCP. Mais il bat aussi en brèche des idées souvent énoncées.

Ainsi, depuis l'an 2000, il était de coutume de dire que le marché avait été animé par les petites sociétés de gestion. A elles seules, elles avaient fait à la fois la performance et l'essentiel de la collecte d'épargne. Eh bien, sur trois ans, le classement est plus mitigé. Au palmarès des dix premiers fonds d'actions européennes de toutes tailles, on trouve certes quatre établissements où les gérants sont réputés travailler en grande liberté : il s'agit de SPGP précédemment cité, de CCR qui truste les troisième et dixième positions, de Métropole Gestion, en cinquième place et de Carmignac Gestion au neuvième rang. Mais dans les intervalles, des paquebots se sont glissés et non des moindres : Ixis Asset Management (2e), AXA (4e), CIC Groupe (6e), Fidelity (7e) et Société Générale (9e).

Le constat est identique sur le segment des petites capitalisations européennes. Des établissements de petite à moyenne taille se hissent aux places d'honneur. Certains sont totalement indépendants, à l'instar d'Oddo, 8e, et de Métropole Gestion, 10e. D'autres sont adossés à de grandes banques étrangères, comme Banque d'Orsay, premier sur trois ans, qui appartient à l'allemand West LB, ou CCR, 5e, qui est une filiale de Commerzbank. Il n'empêche, tous sont réellement libres dans leur politique de gestion.

Or force est de constater qu'ils doivent partager la vedette avec des géants comme AXA, 2e et 3e, La Banque Postale, 4e, de Fidelity, 6e, de BNP Paribas, 7e et State Street Banque, en 9e place.

Place aux convictions

Du côté des valeurs franco-françaises, le classement est plus tranché. Les petites maisons indépendantes sont effectivement mieux représentées. Plus petites, plus mobiles pour aller chercher les pépites dans les recoins de la cote, elles ont su trouver des sources de performances interdites aux grands établissements, gênés par la taille de leur encours. En outre, les petites et moyennes valeurs ont été à la fête au cours des trois dernières années. Elles ont surperformé par rapport aux grandes capitalisations. Leur parcours boursier a dopé les fonds qui misaient sur elles. Et cela d'autant plus que l'encours géré n'était pas très important. Toutefois, ce constat n'empêche pas HSBC Private Bank, AXA et Fidelity de faire bonne figure aux côtés de Financière Arbevel (premier sur trois ans), Keren Finance ou Prigest.

Dans le compartiment des petites actions françaises, la prime aux petites maisons de gestion est encore plus confirmée, avec la présence notamment de Sycomore ou groupe Oudart.

Reste que les performances du passé n'augurent pas de l'avenir. Dès lors, quelle place accorder en 2006 aux grandes valeurs et aux petites capitalisations, aux sicav paquebots des grandes banques et aux vedettes légères des établissements indépendants ? Une certitude, les gagnants seront les gérants qui témoigneront de convictions fortes.

Ainsi le premier du classement Europe, Roger Polani. Désormais assisté dans sa gestion par Gonzague Ruchaud, ancien analyste financier, il entend bien rester fidèle à la philosophie qui lui a tant réussi jusqu'à présent. A savoir être réactif et privilégier les valeurs moyennes. A l'exemple d'Afone, acheté 6,5 euros et toujours en portefeuille à 57 euros. Ou bien de Maurel & Prom, entré à 1,1 euro après division du titre par dix, et sorti entre 16 et 21.

Une approche curieusement corroborée par un des géants du classement, Société Générale Asset Management. Troisième sur le segment des petites actions françaises, la société de gestion estime que les « small caps » n'ont pas dit leur dernier mot car « les profits seront encore au rendez-vous à court terme. Et puis, surtout, les fusions seront importantes, car les valeurs moyennes représentent des cibles idéales. »

Autre personnalité, autre vision bien tranchée, Marc Renaud pense exactement le contraire. Pour le patron de la gestion chez CCR qui place 4 fonds parmi les 4 palmarès : « La fête est finie pour les petites et moyennes capitalisations. » Mais qu'à cela ne tienne, « comme par le passé, ajoute-t-il, j'irai chercher la sous-évaluation là où elle est. Eventuellement parmi les grandes valeurs de la cote, auprès de belles endormies comme Lafarge, qui n'intéresse personne, ou bien PPR, Vodaphone, voire Carrefour. »

Bref, de belles valeurs servies par une belle histoire industrielle. Ce double impératif sert aussi de ligne de conduite au premier du classement des valeurs françaises, Jean Berruyer, président de la Financière Arbevel. Egalement deuxième de la catégorie petites valeurs, il explique sa surperformance par sa fidélité à son univers de placement. Lui, son champ d'action réside dans les 150 grosses valeurs moyennes de la cote parisienne. Ancien analyste financier, il connaît particulièrement les secteurs de la pharmacie, de l'automobile et de la technologie. Il concentre ses choix sur une trentaine de valeurs de sociétés dont il apprécie la stratégie. Il les visite deux fois par an, constitue ses propres dossiers, leur attribue ses valorisations à lui. Moyennant quoi, en 2003, les parcours exceptionnels de Steria et Géophysique ont permis au fonds « Pluvalca France » de bondir de 40 %. En 2004, les vedettes étaient plutôt Eiffage, Areva et Technip. Tandis que l'an dernier, il s'agissait de Nexans et d'Assystem. Depuis le début de l'année, le rattrapage d'Air France et Rhodia maintient le fonds dans sa trajectoire de performance. Mais comme l'encours de « Pluvalca » tourne autour des 25 millions d'euros, il ne peut pas figurer dans le suivi régulier de nos pages sicav et FCP. La barre d'entrée y a été fixée en effet à 30 millions d'euros.

Un seuil que ne franchit pas non plus Cyril Charlot, patron de Sycomore Mid Cap A, premier au palmarès des petites valeurs françaises. Cela ne l'empêche pas de se comporter comme ses collègues des grands établissements bancaires. Lui aussi va voir les dirigeants des sociétés. A partir de là, il se forge ses convictions. C'est ce qui lui a permis en 2005 de surfer sur le succès de Vallourec. Pour cette année, il mise sur U10, Altamir et Keyrus. Trois valeurs qui rassurent par leurs valeurs d'actif.

La diversification, maître-mot

Un critère également déterminant aux yeux de Guillaume Chieusse, gérant à la Banque d'Orsay, et premier sur les petites capitalisations européennes. Pour lui, pas question d'investir dans une valeur industrielle avant d'avoir visité les usines et interrogé les dirigeants. Sa prédilection va aux niches porteuses de croissance, à l'exemple de Boskalis, société néerlandaise, leader mondial des activités de dragage.

Nul doute qu'après leurs exceptionnelles années 2003 suivies de deux belles années 2004 et 2005, les performances de tous ces fonds ne vont pas laisser indifférent. Elles vont attirer des candidats à la souscription. Pour autant, tous tiendront-ils leurs promesses ? Ne seront-ils pas dépassés par d'autres talents qui, sur la place, ne demandent qu'à éclore ? Une solution : répartir ses avoirs entre plusieurs fonds. La diversification, c'est décidément le maître-mot. C'est ce que font les professionnels. A court d'idées ? Lisez les gérants qui s'expriment dans « Les Echos week-end » toutes les semaines et allez faire un tour dans un « magasin » comme Fund Market (www.fundmarket.lu ou 00.352.466.866.30.69). Une cinquantaine de personnes y sont à l'affût des nouveautés. C'est au Luxembourg ? Rien n'interdit à un épargnant français d'y investir des fonds s'il les déclare normalement aux impôts.

Par FRANÇOIS LE BRUN

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