Retraite anticipée: un gros manque à gagner
Liquider ses droits à retraite plus tôt, c'est possible, mais seulement au titre des régimes ARRCO ou AGIRC. Du côté du régime de base, on est formel: l'âge de départ en retraite est au minimum de 60 ans.
Les régimes complémentaires AGIRC et ARRCO acceptent donc de payer une pension minorée dès 55 ans (à ne pas confondre avec la préretraite, financée par l'Assedic et l'Etat). Si vous vous laissez tenter, sachez que pendant toute la durée de votre retraite anticipée, vous ne toucherez rien du régime de base. Dans le cas le plus défavorable, c'est un manque à gagner de 1.216 euros par mois. De quoi réfléchir, même si l'on retrouvere ses droits à pension au titre du régime de base, dès ses 60 ans. Un autre élément à prendre en considération: si vous cessez votre activité, vous cessez mécaniquement de cotiser au régime de base. Ce qui risque encore de vous pénaliser pour la suite, notamment si cela vous empêche d'atteindre le nombre de trimestres requis pour bénéficier d'une retraite à taux plein.
Dès 55 ans dans les régimes complémentaires
L'ARRCO et l'AGIRC proposent de bénéficier dès 55 ans d'une liquidation anticipée des droits, mais moyennant une pension largement revue à la baisse. La retraite complémentaire est alors diminuée de plus de la moitié à 55 ans, alors qu'il ne reste que 5 à 10 ans à attendre pour en percevoir l'intégralité. Les coefficients de minoration sont d'autant plus élevés et pénalisants que l'on est jeune. A 55 ans, le coefficient de minoration est de 0,43 : en clair, la pension est amputée de... 57%.
En outre, il s'agit d'une décision irréversible. On ne revient jamais sur le calcul d'une retraite une fois qu'elle a été liquidée. Impossible de retrouver une pension pleine à 60 ans au titre de l'AGIRC ou de l'ARRCO. Les coefficients de minoration continuent à vous être appliqués, et ce, jusqu'à la fin de vos jours.
Décote
Tout salarié n'ayant pas cotisé la totalité de la durée d'assurance requise pour bénéficier d'une retraite à taux plein (somme de la durée de cotisation dans les différents régimes ainsi que des bonifications, par exemple, pour enfant) verra sa pension minorée. Cette décote, qui ne s'applique que si le départ à la retraite intervient avant 65 ans, se montera à 5 % par année manquante pour tous les salariés à compter de 2015.
Dans le privé, la décote actuellement fixée à 10 % diminuera progressivement pour atteindre 6 % en 2009 et 5 % en 2013.
| Tableau récapitulant les minorations de pension en points : |
| Année de naissance | Minoration du taux par trimestre manquant |
| Avant 1944 | - 1,25 |
| 1944 | - 1,1875 |
| 1945 | - 1,125 |
| 1946 | - 1,0625 |
| 1947 | - 1 |
| 1948 | - 0,9375 |
| 1949 | - 0,875 |
| 1950 | - 0,8125 |
| 1951 | - 0,75 |
| 1952 | - 0,6875 |
| après 1952 | - 0,625 |
Les abattements dus par le salarié du privé en cas de départ anticipé passent à 2,375 % par trimestre en moins, pour les assurés nés en 1944, et diminuent pour chaque génération, jusqu'à 1,25 % pour les salariés nés après 1952.
Dans la fonction publique, la décote ne commencera à s'appliquer que dans trois ans et sa montée en charge sera progressive. Le taux atteindra 3 % en 2011 et 5 % en 2015. Mais le mécanisme ne s'appliquera pleinement qu'à partir de 2020. L'âge pivot à partir duquel ne s'applique plus la décote passera progressivement en effet de 61 ans en 2003 à 65 ans en 2020.
Surcote
Ceux qui voudront arrondir leur pension de retraite pourront bénéficier d'une surcote : après 60 ans et jusqu'à 65 ans, toute année travaillée en plus de la durée requise pour bénéficier d'une retraite à taux plein majorera de 3% la pension de retraite (0,75% de plus par trimestre cotisé supplémentaire).
Handicapés
Comme les autres salariés, les travailleurs handicapés peuvent prendre leur retraite avant d'avoir atteint l'âge légal à condition de remplir certaines conditions. Celles-ci ont donné lieu à des discussions serrées avec les syndicats et les associations de handicapés. Le décret sur les carrières longues des handicapés permet un départ à taux plein à 55 ans, après 30 ans d'assurance, dont 25 à 80 % d'invalidité. A 57 ans, il faut justifier de 25 ans d'assurance, dont 20 ans à 80 % d'invalidité. Et à 59 ans, 20 années d'assurance sont nécessaires, dont 15 à 80 % d'invalidité.
Par Bernard Le Court
Retour au sommaire