Réveillez-vous !
« Bonjour paresse », le petit manuel consacré à « l'art ou à la nécessité d'en faire le moins possible en entreprise » et publié aux Editions Michalon, succès inattendu de librairie l'année dernière, serait-il devenu aussi la bible des investisseurs ? Ceux qui ne l'ont pas encore lu doivent-ils le lire toutes affaires cessantes au... bureau ou ailleurs avant d'investir en Bourse au cours des mois qui viennent ?
Le livre de l'économiste à temps partiel d'EDF, Corinne Maier, n'est pas un précis de Bourse. Ce n'est pas son sujet. Mais son cri de ralliement pourrait être aussi celui des investisseurs. L'avenir en Bourse appartient à ceux qui se lèvent... tard. Patrick Artus, directeur de la recherche et des études chez Ixis Corporate & Investment Bank, du Groupe Caisse d'Epargne, constate que nous vivons à l'ère de « l'investisseur paresseux ». Le thème a été popularisé par des chercheurs américains. « Quand toutes les classes d'actifs montent, l'intelligence ne sert plus à rien, dit Patrick Artus. C'est le triomphe de l'investisseur paresseux. » Puisque tous les actifs montent, il ne sert à rien ou presque d'être intelligent. Les investisseurs n'ont plus alors besoin d'avoir recours à des allocations d'actifs sophistiquées puisque tous les prix d'actifs montent de façon non discriminatoire (Bourse, immobilier, etc.). Toutes les études qui ont été réalisées après coup confirment que ces dernières années il ne servait à rien ou presque de briller par son intelligence. La paresse était la meilleure conseillère. Pis, les initiatives prises par les investisseurs... non paresseux pouvaient se révéler contre-productives, puisque les différences de gain procurées par tel ou tel actif pouvaient se retrouver « mangées » par les coûts de transaction.
Bien sûr, « il s'agit là d'une anomalie », s'empresse de dire le directeur de la recherche et des études d'Ixis Corporate & Investment Bank. D'où vient-elle ? Elle tient en un mot, celui de liquidité. La liquidité, celle injectée par les banques centrales dans le monde, a joué ces dernières années, a encore joué cette année et devrait encore jouer l'année prochaine un rôle déterminant sur le prix des actifs d'après Patrick Artus. « Le monde connaît une expansion monétaire colossale, dit-il. D'habitude, cela fabrique de l'inflation. » Mais le monde dans lequel nous vivons possède des excédents de capacité. Par ailleurs, les pays occidentaux ont comme concurrents des pays, les pays émergents, dans lesquels les coûts salariaux sont très faibles. Résultat : « Cela fabrique des hausses de prix d'actifs », comme le dit Patrick Artus. « Les actifs absorbent la hausse de la liquidité », explique-t-il. Pour corser le tout, la hausse des prix de tous les actifs crée un « effet richesse ». Les repères habituels et... normaux sautent. Les actifs risqués deviennent chers comme les autres. Les « primes de risque » sont écrasées...
L'anomalie restera-t-elle... anormale ? Pour le directeur de la recherche et des études d'Ixis Corporate & Investment Bank, « l'abondance de la liquidité est très largement due à l'accumulation de réserves de change en Asie et de la part des pays producteurs de matières premières ». « Ils ont des excédents et n'arrivent pas à les dépenser », explique-t-il. Les pays d'Asie vont-ils arrêter de soutenir le dollar en 2006 ? Pour Patrick Artus la réponse est « non ». Les prix des matières premières vont-elles baisser ? La réponse, là encore, est « non ». L'économie chinoise est déjà en train de ré-accélérer fortement. Les prix des matières premières vont rester élevés en 2006. Question suivante, qui intéresse les investisseurs à quelques semaines de la fin de l'année : est-ce que la liquidité va aller vers d'autres actifs en 2006 ? De l'avis du directeur de la recherche et des études d'Ixis Corporate & Investment Bank, l'allocation de la liquidité reflétait jusqu'à présent une trop grande crainte vis-à-vis de l'inflation. Conséquence : les investisseurs se sont reportés sur les liquidités et l'immobilier. « L'attention portée par le marché au risque inflationniste devrait faiblir », dit Patrick Artus. La tendance peut alors s'inverser complètement. Les marchés peuvent être surpris... en bien. Le prix du pétrole va monter, mais la hausse sera très faible. Elle ne devrait pas dépasser 10 % sur 2006 selon lui. Les dernières nouvelles sur la production en Europe sont très bonnes. Les coûts salariaux restent sous contrôle. Les pays émergents sont toujours là. L'évolution sera favorable aux actions, pénalisées jusque-là par rapport aux autres actifs. Patrick Artus estime que le marché des actions va repartir en Europe. A son avis, le fait qu'il se soit arrêté ces derniers temps ne s'explique que par « son inquiétude sur l'inflation ». Pour le directeur de la recherche et des études d'Ixis Coporate & Investment Bank, le signal devrait être donné au début de l'année prochaine. Par qui ? « Quand on verra que les indices des prix décélèrent », répond Patrick Artus. Selon lui, « l'année 2006 peut être extraordinairement bonne pour les marchés d'actions en Europe ». Adieu paresse !
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