Les pistes pour compléter vos revenus
Avec ces placements, pas de gains époustouflants et rapides, mais pas de risque de pertes sur le capital retraite, et une facilité de gestion qui permet de penser à autre chose qu'à son argent... Pour les amateurs de tranquillité.
C'est le vaisseau amiral de l'armada des placements retraite avec 800 milliards d'euros d'encours. L'assurance-vie en euros (gérée par l'assureur et investie majoritairement en obligations), qui garantit le capital placé, doit être au coeur de toute stratégie de constitution d'un complément de retraite, car elle procure le couple rendement-sécurité le plus important. Cette formule très appréciée, qui draine 72 % des versements sur le placement préféré des Français, peut être mise en oeuvre dans un contrat multisupport (on dit également contrat en unités de compte). L'an passé, le gratin des meilleurs fonds en euros affichait des rendements nets compris entre 4,10 % et 4,80 %. Grâce à l'effet de la capitalisation des intérêts versés chaque année sur le fonds garanti du contrat, le montant de l'épargne accumulée progresse régulièrement, excellent moyen de faire fructifier sur une longue période une somme d'argent importante : donation, héritage, indemnités, prix d'une vente immobilière. Sur la base d'un rendement de 4 %, le capital placé double en dix-sept ans. Outre la sanctuarisation du patrimoine constitué, l'assurance-vie offre de la souplesse. A la différence de purs produits d'épargne-retraite comme le Perp ou le contrat Madelin (voir ci-après), " le contenu de l'assurance-vie est toujours rachetable à tout moment, précise Christophe Garcia, responsable juridique de la banque Robeco. Et puis, on peut l'alimenter au rythme que l'on veut ", poursuit-il.
A ce titre, l'assurance-vie constitue à la fois une épargne de précaution et un placement pour la retraite que l'on consommera petit à petit, sans impôt sur les gains : " Après huit ans, les prélèvements effectués sur la valeur de rachat du contrat ne sont quasiment pas imposés, souligne Christophe Garcia. Sur chaque somme prélevée, les gains financiers taxables ne constituent qu'une petite fraction. Et ces gains (intérêts ou plus-values) ne sont imposés qu'au-dessus d'un montant total annuel de 4.600 euros pour une personne seule ou de 9.200 euros pour un couple. En ce cas, au-delà de cet abattement, la taxation des gains s'effectue à 18,5 %, ce qui est bien inférieur à l'imposition des intérêts de livrets bancaires et d'obligations soumis au prélèvement forfaitaire libératoire à un taux 27 %.
Il existe à côté de l'assurance-vie, des placements très sûrs, également investis dans un fonds en euros qui, eux, sont exclusivement dédiés à compléter les pensions de retraite : il s'agit du PERP accessible à tous et du contrat " loi Madelin " réservé aux non-salariés (commerçants, artisans, professions libérales). Leur point commun ? Le souscripteur doit s'engager à faire des versements réguliers qu'il ne peut pas interrompre jusqu'à la retraite. Tous ces produits se concluent, à cette échéance, par le versement d'une rente imposable comme une pension de retraite. Attention : il est impossible de récupérer un capital ! En contrepartie de cette absence totale de liquidité, PERP et Madelin - comme la retraite Préfon réservée aux fonctionnaires - profitent d'un avantage fiscal " à l'entrée " : les sommes versées sur le placement sont déductibles des revenus imposables. Ces produits de retraite " supplémentaires " permettent donc de réaliser une forte économie d'impôt pendant la phase d'épargne (on peut déduire jusqu'à 10 % de son revenu dans la limite de huit fois le plafond de la Sécurité sociale). Pour cette raison, ils sont souvent conseillés aux personnes imposées dans les tranches élevées du barème de l'impôt sur le revenu en complément d'une assurance-vie.
Le contrat Madelin est un succès : " 40 % des TNS en ont ouvert un ", assure Olivier Theetten, directeur marketing et produits de l'assureur La Mondiale, deuxième intervenant du marché sur ce type de placements. Et pour cause, dans un contrat Madelin actuel, le souscripteur accède à la même palette de placements que dans une assurance-vie : un fonds garanti " en euros " et des supports financiers en actions, obligations, etc. L'assureur peut s'engager sur le taux de la rente qui sera versée : " Nous le garantissons dès la signature du contrat Madelin ", explique Olivier Theetten, en précisant que ce taux permet de savoir quel sera le montant de la rente versée par rapport au capital accumulé. Un avantage qui n'existe pas dans le cadre du PERP, mis en place par la loi Fillon de 2003. Plus gênant, le fonds " en euros " de ce placement est géré à partir d'un actif cantonné. Aussi, les PERP affichent-ils pour ces fonds de création récente des rendements décevants entre 3 % et 3,80 %, correspondant au niveau des taux longs il y a trois ans. Conclusion, autant le contrat Madelin peut être un bon placement, autant le PERP risque de faire " pschitt " au plan financier et se vend d'abord comme un outil de défiscalisation. Reste que l'un et l'autre servent une rente viagère, somme versée jusqu'au décès. Olivier Theetten rappelle que c'est la meilleure protection contre le " risque " de l'allongement de l'espérance de vie.
Les personnes qui reçoivent un capital au moment de leur départ en retraite peuvent le placer sur un compte-titres en sicav monétaires ou obligataires. C'est une solution transitoire pour disposer d'une épargne disponible (avec des frais d'entrée réduits) dont on peut tirer des revenus si nécessaire. A conseiller lorsque les performances de ces fonds investis en produits de taux sont comparables à l'assurance-vie en euros. Tel est le cas actuellement avec les sicav monétaires régulières qui affichent des taux de rendement légèrement supérieurs à 4 % sans frais d'entrée pour beaucoup ! En acceptant une légère prise de risque en capital, on peut s'intéresser aussi aux fonds obligataires de moyen terme de la zone euro. Leur rendement oscille entre 3 % et 5 % l'an. Mieux, ces fonds pourraient dans l'avenir générer des plus-values. La valeur nominale des parts achetées cette année augmentera en effet lorsque les taux longs baisseront à nouveau... Ce qui paraît probable, vu le ralentissement économique actuel. Que le choix se porte sur des titres monétaires ou obligataires, il est conseillé d'investir en fonds de capitalisation et de les liquider petit à petit pour se procurer un revenu. Explication de Christophe Garcia : " Il n'y a pas d'impôt sur les plus-values retirées de la vente, jusqu'à un montant total de cession de titres de 20.000 euros par an, toutes valeurs mobilières confondues. " Autrement dit, un simple compte-titres bien géré, dont on retire chaque année 20.000 euros, peut être un bon outil pour doper sa retraite, sans impôt, comme l'assurance-vie...
La flambée des prix de l'immobilier depuis dix ans doit beaucoup à l'effondrement annoncé des retraites. " Après la défiscalisation, le moteur de l'investissement immobilier, c'est le besoin de se constituer un patrimoine pour la retraite ", constate Olivier Bokobsa, directeur général des espaces immobiliers de BNP Paribas. De fait, il n'y a pas mieux que l'immobilier pour tirer un revenu d'un capital tout en se protégeant de l'inflation, le tout en profitant du " levier du crédit ", qui permet d'investir avec un faible apport. En outre, les revenus des biens immobiliers sont perçus chaque mois, comme une rente, mais sans qu'il soit besoin d'aliéner son capital auprès d'un assureur. Convaincu ? Reste à choisir parmi différentes options pierre.
On peut compter actuellement sur un rendement compris entre 3 % et 4 % pour un logement neuf. Décevant pour cause de flambée des prix d'achat... Et gare aux mirages d'une importante défiscalisation à court terme. Il est actuellement conseillé de se détourner de certains programmes d'investissement locatifs neufs " Robien " ou " Borloo " lorsqu'ils sont vendus à des prix élevés dans des villes où le marché locatif est parfois très assoupi. Le risque est grand en investissant cette année d'acheter en haut de cycle, ce qui obère la rentabilité future de l'investissement, surtout si les locataires sont introuvables ! Dans l'immobilier ancien, la rentabilité est plus forte : 5 % à 6 %. " L'ancien a ses avantages : on voit ce qu'on achète, il n'y a pas de surprise sur l'emplacement. Et puis on connaît le rendement de départ. La palette de l'offre étant plus étendue que dans le neuf, on peut même choisir un appartement à son goût avec le projet de s'y installer un jour. Enfin, il y a des affaires exceptionnelles à réaliser dans la niche des biens anciens déjà loués, vendus avec une décote de 10 à 12 % ", signale Olivier Bokobsa. Toutefois, l'obligation de réaliser des travaux de réparation à plus ou moins brève échéance risque de rogner la rentabilité future du bien. Ne pas négliger aussi les frais à l'acquisition (droits de mutation, notaire) en comptant, au moins 7 %.
Autre mise en garde d'Olivier Bokobsa : " Il faut vérifier que la fiscalité n'absorbe pas une trop grande partie des revenus. " Les loyers sont désormais imposés sans abattement, compte tenu de la baisse du barème progressif en 2006. Une astuce pour alléger la note consiste à se placer sous le régime de loueur en meublé professionnel : il permet, sous certaines conditions, de ne payer aucun impôt sur les loyers pendant une vingtaine d'années. A condition d'être inscrit au registre du commerce et de recevoir au moins 23.000 euros de loyers chaque année. Pas si simple !
L'achat en direct d'un bien locatif peut tourner au cauchemar si l'on choisit mal l'emplacement... C'est le talon d'Achille de ce type de placement : absence de diversification, aléas de gestion, sans compter avec la paperasse et d'inévitables soucis. Pour ceux qui pensent que ce jeu de Monopoly ne vaut pas la chandelle, il reste d'autres façons de miser sur la pierre... En achetant des parts de SCPI par exemple. Il s'agit d'investir dans des sociétés civiles qui gèrent des dizaines d'immeubles et reversent les loyers aux porteurs de parts au prorata du capital qu'ils détiennent. Un placement accessible à partir de quelques centaines d'euros la part, adopté par 600.000 particuliers en France, essentiellement dans la perspective de la retraite.
Jean-Marc Coly, directeur de l'UFG REM, le leader de la gestion des SCPI en France (25 % de la capitalisation, 40 % de la distribution de parts nouvelles) rappelle leur premier avantage : " Diversification de l'investissement dans de très nombreux immeubles, principalement des bureaux, situés dans différents secteurs géographiques. Cela assure la mutualisation des risques, garante de la régularité de la performance des SCPI qui affichent aujourd'hui un rendement allant de 5,5 % à 6 %. " Les déboires des années 1990 sont effacés, mais l'euphorie n'est plus de mise, comme au début des années 2000. Depuis 2003, le prix des parts a continué d'augmenter, à l'instar de l'immobilier en général, tandis que le montant des loyers encaissés par les gérants de SCPI était stable. D'où un rendement qui s'effrite légèrement d'année en année. " Il ne faut pas attendre de remontée avant la fin de la décennie. Compter sur un rendement autour de 5,20 % en 2008 ", prévient le directeur de l'UFG en évoquant l'actuel trou d'air de la croissance préjudiciable à l'activité des SCPI classiques diversifiées, largement investies dans les bureaux (80 % du parc locatif).
Autre ombre au tableau : les frais d'acquisition des parts - compter 10 % - et le régime d'imposition des distributions trimestrielles de revenus sous la bannière des revenus fonciers. Des inconvénients qui vont s'estomper dans le cadre des OPCI, un nouveau placement collectif immobilier lancé actuellement avec des droits d'entrée plus faibles et qui offre le choix du régime d'imposition entre revenus fonciers et capitaux mobiliers (prélèvement forfaitaire).
Acheter régulièrement des actions ou des fonds investis en actions reste aux yeux des gestionnaires avisés le moyen le plus efficace de constituer sur une longue période un capital. Pourquoi ? Car les actions génèrent des plus-values bien plus fortes que le rendement des produits de taux. En contrepartie, il faut " supporter " leur volatilité, c'est-à-dire le fait qu'elles enregistrent épisodiquement de fortes baisses. Aussi, la Bourse est-elle par excellence un placement de longue durée idéal pour la constitution d'un capital-retraite pendant plusieurs décennies... A condition de respecter une règle d'or : diversification tous azimuts et versements réguliers pour lisser les risques. Trois " enveloppes " de placements, toutes dotées d'avantages pour la retraite, ouvrent la porte de la Bourse à l'abri d'une fiscalité très légère.
" Pour profiter pleinement des performances des marchés actions ", Annabelle Lecomte, expert patrimonial de GMF Vie, recommande l'ouverture d'un contrat d'assurance-vie multisupport qui offre un large éventail de fonds investis sur des actions, en plus du fonds garanti en euros. C'est " à 100 % " sur ces supports dynamiques que David Ganozzi, directeur général de la gestion Fidelity à Paris, conseille aux jeunes investisseurs de placer leurs versements en prévision de la retraite : " Dans la phase de constitution d'épargne, l'allocation en support actions est la mieux adaptée pour accumuler du capital à long terme. Sur vingt ans, les rendements moyens sont de 7 % à 8 % l'an. " Pour y parvenir, il invite à diversifier la poche actions en sélectionnant " pour les deux tiers des fonds d'actions européennes et d'investir le reste sur des fonds de valeurs américaines, japonaises et des pays émergents ". Trop compliqué pour des épargnants peu avertis ? " En dehors de la palette en fonds purs, il est possible de limiter le niveau de risque que l'on prend en investissant dans des fonds profilés dynamiques ou équilibrés dont l'allocation d'actifs comporte une proportion plus ou moins grande d'actions ", rassure Annabelle Lecomte, qui insiste aussi sur la nécessité d'arbitrer régulièrement entre ces supports. " Après des années de placement sur des fonds risqués, l'épargne doit être réorientée, poursuit-elle. Les plus-values sont matérialisées en faisant des cessions à l'intérieur du contrat, puis mises en sécurité sur le fonds en euros. "" La part des supports actions devant diminuer régulièrement jusqu'à la retraite ", explique David Ganozzi. A cette échéance, toute la valeur du contrat doit être placée en sécurité sur le fonds garanti, pour être soit transformée en revenu par des rachats partiels successifs ou converti en rente viagère.
Le PEA, un produit purement boursier pour financer sa retraite ? L'idée laisse sceptique Jacques Bellamy Brown, directeur général de la Française des Placements : " Ce n'est pas l'outil adéquat pour compléter des revenus. En Bourse, il y a des moments de secousses où il vaut mieux ne pas toucher à son portefeuille. Cela pose problème pour faire face à des besoins réguliers d'argent. " En revanche, il ne faut pas négliger " les avantages importants du plan d'épargne en actions en phase de constitution de capital ", se ravise l'expert. D'abord, les plus-values boursières réalisées sur un PEA sont exonérées d'impôt sans limite, seulement cinq ans après son ouverture, contre huit ans pour l'assurance-vie. En outre, souligne Jacques Bellamy Brown, " le PEA est intéressant pour les personnes qui détiennent moins de 25 % du capital d'une société non cotée, car elles peuvent y loger leurs titres "... Un vrai paradis fiscal pour les actionnaires minoritaires de PME, qui rêvent de s'enrichir sans impôt. Car si le total des versements est plafonné à 320.000 euros sur un PEA, sa valorisation ultérieure, plus-values incluses, est sans limite... Le gérant cite l'exemple de PEA dépassant le million d'euros !
Enfin, pour améliorer l'ordinaire de la retraite, un PEA bien géré - mais c'est un travail de professionnel - peut être liquidé progressivement. Explication : après huit ans, il est possible de faire des retraits sur un PEA, sans provoquer sa clôture. " On peut donc continuer à vendre les valeurs qui restent à l'intérieur pour en acheter d'autres et réaliser de nouvelles plus-values, précise Jacques Bellamy Brown, mais sans pouvoir effectuer de nouveaux versements sur le plan. " En fait, le vrai point faible du PEA - d'abord conçu pour gérer des actions en direct - c'est l'allocation d'actifs en sicav et FCPE, beaucoup plus étriquée que dans un contrat multisupport. " La palette se réduit aux fonds actions des pays européens, tandis que dans une assurance-vie toutes les zones géographiques et toutes les classes d'actifs sont éligibles ", souligne Jacques Bellamy Brown.
Le PEA, dans sa version assurance, a cependant un atout méconnu : il peut se conclure par le versement d'une rente viagère exonérée d'impôt. Un avantage unique depuis la disparition du PEP qui en profite également.
C'est un des meilleurs outils pour préparer la retraite en plaçant ses économies dans des fonds investis en Bourse (FCPE actions) ou sur des fonds plus prudents : monétaires, obligataires. Mais encore faut-il, pour en profiter, travailler dans une entreprise qui propose à ses salariés ce dispositif créé par la loi Fillon en 2003. Ceux qui ont cette chance savent qu'il s'agit d'un placement qui a les caractéristiques de l'épargne retraite tout en présentant les avantages fiscaux de l'épargne salariale.
Explication : il n'est pas possible, sauf quelques cas de déblocage anticipé, de récupérer le montant d'un Perco avant l'âge de départ à la retraite. A ce moment, le capital peut être liquidé ou transformé en rente viagère. Avant, l'alimentation du plan peut se faire au moyen de versements volontaires du salarié sur des FCPE, le cas échéant complétés par un abondement de l'employeur qui peut atteindre 4.600 euros par an, non imposable !
La participation et l'intéressement peuvent aussi être affectés au Perco (et donner droit à un abondement de l'employeur, ce qui n'est pas possible dans un plan d'épargne salariale, type PEE). D'année en année, le capital constitué fructifie sans impôt sur les plus-values, seules des cotisations sociales sont prélevées sur les gains financiers exclusivement.
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