Préparez-vous une 3e mi-temps sereine
Le chiffre est tout un symbole : en France, il existe 36 régimes différents de retraite ! Pas 35 ni 37, mais 36, comme dans l'expression populaire pour désigner des quantités astronomiques ou imprécises : " voir 36 chandelles ", " se faire payer tous les 36 du mois "... Cependant, lorsqu'ils sont interrogés sur leurs grandes inquiétudes, nos concitoyens ne placent jamais la retraite en 36e position. Ils la font toujours arriver dans le tiercé de tête de leurs préoccupations. Et cela, quels que soient leur âge ou leur statut. Fonctionnaires ou salariés du privé, professions libérales, artisans ou dirigeants d'entreprise, tous se posent les mêmes questions : quand pourrai-je partir et de combien disposerai-je ?
Comme chacun redoute la maigreur de sa future rente, l'idée s'est bien ancrée dans les esprits qu'il faudra se procurer des revenus d'appoint. Le besoin apparaît d'autant plus impérieux qu'il ne s'agira pas seulement de satisfaire ses propres besoins. Sans doute faudra-t-il aussi prendre en charge un certain nombre de ses proches : jeunes adultes au chômage, éventuellement des petits-enfants, mais surtout les ascendants dans leur grand âge. En effet, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, des personnes partent à la retraite en ayant encore leurs parents vivants. Las, ces derniers entrent dans la phase où ils ont le plus besoin de soins médicaux à la fois lourds et coûteux. Comme leur retraite n'y suffit souvent pas, leurs enfants sont appelés à participer au coût des hospitalisations et des admissions dans des établissements spécialisés, et cela au titre d'un vieil article du Code civil : l'obligation alimentaire.
Il faudra pourvoir aux besoins des autres, alors que l'on n'est pas sûr d'y parvenir pour soi-même. En effet, le retraité risque de découvrir des problèmes nouveaux de couverture santé. Rien ne dit que l'on pourra compter sur la mutuelle qui accompagnait jusque-là notre vie professionnelle. En tout cas, le tarif ne sera pas le même. Il faudra y aller de ses deniers. Mais dans quelle proportion ? La réponse n'est pas neutre, quand on sait que la pension, pour un ancien salarié du privé, représente au mieux 50 % de son ancienne rémunération. En outre, c'est à ce moment-là que les occurrences de frais se multiplient : souvent, il faut refaire en même temps ses lunettes, son appareil dentaire et sa prothèse auditive ! Il faut s'y résoudre : nul n'est à l'abri de l'usure progressive de son corps... Avec ces besoins de financement supplémentaires, à un moment où les ressources se raréfient, nul besoin d'être grand clerc pour comprendre qu'il faudra provisionner. Pour autant, il ne s'agit pas non plus de se disperser dans une pléthore de placements non maîtrisés.
La construction d'une retraite s'apparente à l'édification d'une maison. On trace d'abord les plans, puis on creuse les fondations. Et après, mais seulement après, on se met en quête d'équipements d'amélioration du confort. Il en va de même avec sa future pension. D'abord, on se préoccupe de savoir à quel âge on pourra partir. Cela suppose de reconstituer sa carrière.
En la matière, un bon conseil est donné par Philippe Caré, spécialiste des couvertures sociales et consultant régulier des " Echos patrimoine " sur les questions de retraite : il suggère de prendre le temps de lister sur une feuille blanche les différentes entreprises ou administrations par lesquelles on est passé. Il faut remonter le plus loin possible. Les premiers jobs d'été, même juste après le bac, peuvent se révéler précieux, comme on va le voir plus loin. Ensuite, poursuit notre expert, il convient de s'assurer auprès de la Sécurité sociale et des caisses de retraite complémentaire qu'elles disposent bien des mêmes informations.
Cette première étape donne une estimation de sa future pension. Il est à parier qu'un fossé sera observé entre le salaire actuel et la pension future. Il sera temps alors d'envisager les investissements financiers qui concourront à compenser le manque à gagner.
Concrètement, cette première vérification s'obtient en prenant un premier contact auprès de la Caisse nationale d'assurance-vieillesse. L'idéal est d'avoir accès à l'Internet pour aller sur le site de la CNAV (www.retraite.cnav.fr). " Cela permet d'obtenir son numéro de code confidentiel et de visualiser en ligne un premier relevé de sa carrière ", explique Lionel Bonnet, expert retraite chez Mondial Assistance.
La reconstitution de carrière figure en effet parmi les multiples prestations de cette société, plus généralement associée au rapatriement sanitaire de vacanciers. En réalité, elle fournit une quantité de services aux particuliers, mais elle le fait au travers de ses clients, qui sont principalement les assureurs et les banquiers. Depuis les années 1990, elle intervient en particulier dans le domaine de l'emploi. A cette époque-là, en effet, des milliers de salariés se sont trouvés aux prises avec le chômage. Les assureurs et les banques ont alors ressenti le besoin de proposer à leurs clients un service d'accompagnement personnalisé de type " aide au retour à l'emploi ". Tout naturellement, cette prestation s'est étendue aux jeunes également démunis lors de leur entrée dans la vie active. Et enfin, l'offre a évolué pour répondre aux besoins des futurs retraités, dans la logique d'informations et de solutions à apporter aux différentes étapes de la vie professionnelle. Les besoins en matière de retraite se sont encore accentués après le vote de la loi Fillon en 2003.
Ainsi, par exemple, c'est Mondial Assistance qui informe les particuliers qui ont souscrit un contrat d'assurance-vie chez AGF de leurs droits futurs en matière de retraite. Une équipe dédiée apporte des réponses sur mesure aux cas particuliers qui lui sont soumis. Loin de l'image du " call center " installé à l'autre bout du monde, cette cellule est située boulevard Bessières, dans le 17e arrondissement. Ces conseillers travaillent sous la responsabilité de Lionel Bonnet.
Pour " Les Echos patrimoine ", ce dernier a détaillé les six grandes étapes qu'il convient de gravir entre quarante-cinq ans et cinquante-cinq ans.
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