|
LA MESURE DE LA CRÉATION DE VALEUR
D'un point de vue financier, l'objectif d'une entreprise est de créer
de la valeur, c'est-à-dire d'être capable de réaliser des
investissements dont le taux de rentabilité dégagé est supérieur au
taux de rentabilité exigé compte tenu du risque. Si cette condition est
remplie, la valeur de l'action progressera ; dans le cas contraire, elle régressera.
La théorie des marchés à l'équilibre enseigne qu'il est très difficile
de créer durablement de la valeur. En effet, les taux de rentabilité
dégagés tendent sur moyenne période vers les taux de rentabilité exigés
en raison des progrès technologiques et de la déréglementation qui
réduisent en effet les barrières à l'entrée et les rentes économiques
que tout manager doit s'efforcer de bâtir et de pérenniser au maximum.
De la même façon, la diversification ou l'endettement ne peuvent créer de valeur pour un investisseur
La création de valeur n'est pas la simple conséquence d'un calcul de rentabilité.
Elle a un fondement économique : une rente en quelque sorte,
résultant d'une stratégie qui n'a de sens que pour " gripper " les
mécanismes de marché.
Les outils et critères financiers pour mesurer la création de valeur sont d'abord d'ordre économique :
· la valeur actuelle nette ;
· et ses succédanés l'EVA et le TRI ;
· la création de valeur boursière mesurée par la MVA.
2.Valeur actuelle nette
La Valeur Actuelle Nette (VAN) mesure par définition la création de valeur d'un projet puisqu'elle actualise les flux de trésorerie générés par ce projet à un taux d'actualisation qui reflète le risque Elle
est cependant complexe à calculer pour l'analyste qui n'appartient pas
à la société car elle nécessite la détermination des flux de trésorerie
générés par le projet sur une très longue période.
C'est pour cette raison que la MVA
3. Market Value Added (MVA)
Pour l'entreprise cotée, la création de valeur est souvent
appelée création de valeur boursière (Market Value Added ou MVA en
franglais), soit :
Création de valeur = capitalisation boursière - montant comptable de l’actif économique + valeur de l’endettement net
Comme la valeur de la dette
est souvent égale ou proche à la valeur comptable, la création de
valeur boursière est approximée par la différence entre la
capitalisation boursière et le montant comptable des capitaux propres.
On retrouve implicitement le multiple des capitaux propres
La MVA, ou plutôt la variation de MVA, est un critère plus pertinent que la seule évolution du cours de bourse
Cependant la MVA présente la faiblesse aux yeux de ceux qui ne croient
pas à l'efficience des marchés de reposer sur des valeurs boursières
souvent volatiles. Mais c'est le prix du marché !
4. Economic Value Added (EVA)
L'EVA est, à la fois, un critère plus et moins ambitieux que la création de valeur boursière : ·
plus ambitieux au sens où elle cherche à s'abstraire des fluctuations
des marchés financiers pour atteindre un paradis en finance, "
l'intrinsèque ". L'EVA
résulte en effet du produit du taux de rentabilité économique gagné en
surplus du coût moyen pondéré du capital par le montant comptable de
l'actif économique de début de période et donne la création de valeur
sur l'exercice. Ainsi une entreprise qui dispose en début d'année d'un actif économique
EVA = Actif économique x (rentabilité économique après impôt · moins ambitieux au sens où elle s'attache à la création de
valeur d'une année et non à l'anticipation de création de valeur année
après année comme la VAN.
L'Economie Value Added est un vocable qui a été inventé au début des années 1990 par le cabinet Stern, Sterward and Co.
5. Le Taux de Rentabilité Interne (TRI)
Exprimé en pourcentage, il mesure la rentabilité de l'investissement.
Si elle est supérieure à la rentabilité exigée, de la valeur est créée
mais pour un montant qui n'est pas déterminé. C'est là sa principale
faiblesse.
Le critère de VAN et, dans une moindre mesure, d'EVA et de MVA sont à préférer aux critères comptables :
· le bénéfice par action BPA, relié à la valeur par le PER ;
· les capitaux propres par action ;
· le taux de rentabilité comptable des capitaux propres à comparer au taux de rentabilité exigé par les actionnaires. Ces
critères sont certes plus populaires que les précédents tant en raison
de leur ancienneté que de leur simplicité de calcul mais ils sont
aisément manipulables (et manipulés !) et tout au plus ne peuvent ils
donner qu'une première indication imprécise qui devra être affinée pour
être confirmée.
En effet, ce n'est pas parce qu'il y a croissance du bénéfice
par action, des capitaux propres par action ou du taux de rentabilité
comptable de capitaux propres par action qu'il y a automatiquement
création de valeur ! Et ce n'est pas parce qu'il y a décroissance de
ces paramètres qu'il y a automatiquement destruction de valeur !
Pour que ceci soit vrai, il est impératif que :
· les méthodes comptables utilisées soient les mêmes sur la période étudiée ;
· le risque de l'activité soit le même ;
· le taux de croissance de l'activité soit le même ;
· la structure financière soit la même.
La faiblesse de ces trois critères est d'être comptable
c'est-à-dire de ne pas intégrer les dimensions de risques et de
rentabilité exigée par les investisseurs. Leur grande force est leur
simplicité de calcul.
C'est pour cette raison que bien que ces critères soient
fréquemment utilisées, leur évolution n'implique aucun lien automatique
avec la création/destruction de valeur.
Retour au
sommaire.
|