|
SEMAINE MOUVEMENTEE, AVIS DE TEMPETE, EFFET PROZAC OU DEBUT DE REPONSE EN ATTENDANT LE NEW DEAL ?
SEMAINE MOUVEMENTEE ...
L'envolée de +9,27% le 26 septembre dernier sur le fol espoir de progrès dans l'adoption du plan Paulson s'est muée dès le 29 septembre en un lundi noir après son rejet par la Chambre des Représentants. Wall Street va enregistrer ce jour là une chute historique, le Dow Jones s'écroulant de 777,68 points soit -6,98% et le SP500 -8,8%. La semaine sera éprouvante à New York où rien n'y fera, même l'annonce de l'adoption dudit plan réaménagé. Au final, vendredi le SP500 perdra malgré tout -1,35%, soit -9,4% sur cette épouvantable semaine ou encore -25,1% sur le début de l'année soit une évaporation de quelque 4000 Mds de dollars de capitalisation. Sur les douze derniers mois, la purge ressort à -28,6%.
Paris, comme toutes les autres bourses n'échappe pas à la contamination de cette crise financière "made in Wall Street" qui s'accélère et s'étend peu à peu au monde entier. Le CAC40 abandonne -5% dès lundi mais "respire" vendredi à +2,96%. La semaine s'avère négative de -1,98% à 4080,75 points, soit -27,3% sur l'année et -29,7% sur douze mois. Maigre satisfaction, la sous-performance par rapport au marché américain s'atténue peu à peu en raison de la hausse du dollar qui s'apprécie contre l'euro (1,378) de +5,7% sur la semaine comme sur l'année.
... AVIS DE TEMPETE ...
L'amoncellement de nuages s'est encore poursuivi sur le front ... économique. La récession pointe dorénavant sur l'Europe comme tous les indicateurs le confirment ( climat des affaires au plus bas sur cinq ans, PMI manufacturier à son minimum depuis 2001, taux de chômage en remontée ...) après des statistiques inquiétantes. Seul encouragement, l'inflation recule légèrement confirmant avoir sans doute dépassé son zénith.
Les Etats-Unis renouent également avec la tourmente du fait des dépenses des ménages qui faiblissent malgré un rebond inattendu et sans doute provisoire de l'indicateur de confiance du Conference Board au vu de la neuvième et importante destruction mensuelle d'emplois. Le FMI, par la voix de Dominique Strauss Kahn déclare en outre que la situation est très préoccupante et que la révision des perspectives que le FMI publiera ce mercredi sera "assez sensiblement à la baisse", douce litote !
Ajoutons la tourmente bancaire pour conclure à l'avis de tempête. L'Europe continentale est à son tour touchée: Dexia est sauvé par l'intervention conjointe de la Belgique, de la France et du Luxembourg au prix d'une augmentation de capital de 6 Mds d'euros qui leur est réservée, Fortis est démantelé après l'intervention des Pays-Bas (qui vont finir par nationaliser la partie hollandaise), de la Belgique et du Luxembourg qui après avoir tergiversé revendront en titres les activités hors Pays-Bas à BNP Paribas qui réalise une belle opération. Le gouvernement allemand s'évertue à sauver Hypo Real Estate, quatrième banque allemande, après l'échec d'une première tentative à 35 Mds d'euros. Ce sera au final quelque 50 Mds qui s'avéreront nécessaires.
Certes, jusqu'ici, chacune des banques européennes concernée par des sauvetages en urgence avait des raisons propres à ses difficultés : trop forte et inconsidérée exposition immobilière, boulimie au plus haut du cycle, dépendance extrème aux financements à court terme ... Il importe néanmoins que des suspicions injustifiées ne se propagent pas au gré des rumeurs, provoquant fuite des déposants et vente à tout-va car c'est ainsi que l'italienne Unicredit perd -20% en deux jours alors que bruissent les rumeurs qui aboutiront à une recapitalisation d'urgence de 3 Mds d'euros et un cantonnement sécuritaire d'actifs immobiliers.
La peur de l'effet boule de neige conduit aussi les gouvernements à des mesures de protection préventives qui paradoxalement produisent l'effet inverse de ce qui est recherché: elles inquiètent au lieu de rassurer des opinions déboussolées. C'est le cas de l'Irlande qui a annoncé garantir 100% des dépôts des seules banques irlandaises conduisant à couvrir un risque potentiel de près de deux fois le Pib du pays, c'est le cas de la Russie, elle aussi touchée, qui débloque 135,6 Mds de dollars, le quart de ses réserves de changes, pour alimenter le secteur bancaire en liquidités.
... EFFET PROZAC OU DEBUT DE REPONSE ...
L'adoption du Plan Paulson, après 14 jours de tractations et trois votes, grâce à des "douceurs éléctoralistes" est unanimement jugé nécessaire mais aussi ... insuffisant comme la moue de Wall Street vendredi l'a démontré. Alors, trop tard, trop peu ?
L'initiative française et l'unité (de façade ?) du G4 européen de samedi comporte certes quelques avancées relatives à l'avenir de la supervision du secteur bancaire, voire de l'évolution des normes comptables, de l'engagement solennel de soutenir les établissements financiers européens en difficulté ou d'une certaine flexibilité dans l'application du pacte de stabilité eu égard aux "circonstances exceptionnelles" prévue par le traité, mais est-ce suffisant ? Dès la fin de ce mini-sommet, l'actualité a mis à l'épreuve ses bonnes résolutions. Devant l'aggravation de la situation de l'Hypo Real Estate, non seulement l'Allemagne accroît son aide mais proclame unilatéralement la garantie des dépôts bancaires à hauteur de 500 Mds d'euros "dans le but de calmer les esprits et d'éviter des réactions excessives" a déclaré Peer Steinbrueck, ministre allemand des Finances. Reste maintenant à savoir quand la France et l'ensemble des pays européens se résoudront à cette extrémité, c'est désormais l'anticipation des marchés qui ont choisi d'ignorer l'effet Prozac des mesures déja prises.
L'appel européen, soutenu par le FMI, à un G8 élargi aux pays émergents (Chine,Inde, Brésil ...) aux fins d'étudier un nouvel ordre mondial demandera pour être concrètement mis en oeuvre une démarche longue, aléatoire. Le "New Deal" monétaire et financier n'est pas prêt d'aboutir.
... EN ATTENDANT LE NEW DEAL ...
Cette première crise de la mondialisation réclame d'urgence une "réinjection de confiance", ce à quoi les banques centrales s'échinent en se substituant quotidiennement au marché interbancaire inscrit aux abonnés absents depuis de longues semaines aux fins d'éviter la paralysie des financements et l'asphyxie de l'économie entière. La BCE, même si elle a maintenu inchangé son taux d'intervention à 4,25%, entame un virage vers sa baisse en évoquant "un niveau d'incertitude sur l'activité extraordinairement élevé" et en se déclarant "prête à agir si nécessaire". Les anticipations de taux ont immédiatement intégré cette perspective. Il en va de même pour la Fed aux Etats-Unis au lendemain des dernières statistiques sur l'emploi.
De leur côté, les gouvernements entreprennent de classiques actions de soutien de l'activité, avec par exemple en France la mobilisation de 22 Mds d'euros de crédits aux PMI-PME ou le rachat de 30000 logements à construire mais non financés. En effet, alors que la crise financière est paroxystique ses effets amplifient dorénavant la crise économique en cours. Certes les investisseurs ont anticipé ces évolutions. Ainsi par exemple, la baisse des actions en Europe fait que leur rendement avoisine celui des obligations. Cette valorisation similaire signifie qu'aucune croissance des profits à moyen terme n'est plus escomptée, or cette occurence est peu probable.
Pour la semaine qui s'ouvre, peu de nouvelles économiques sont attendues aussi les intervenants vont-ils se polariser sur l'examen des mesures financières adoptées et leurs conséquences, ce avec la réunion des ministres européens des finances en toile de fond.
Ils prendront aussi connaissance des premiers résultats des entreprises américaines au troisième trimestre, Alcoa ouvrant le bal selon l'usage dès ce mardi.
Puissent toutefois les opérateurs prendre en compte le repli poursuivi du pétrole qui a encore perdu 12 dollars la semaine dernière à 93,2 dollars le baril et l'appréciation du dollar qui ramène l'euro à son plus bas niveau depuis début septembre 2007. Pour autant, il convient toujours de ne pas se départir d'une allocation défensive de ses investissements, l'étiage n'est pas atteint.
Patrick Leguil est Directeur de Recherche de VP Finance.
|