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Édito de Patrick Leguil

LE CHAT ET LA SOURIS, SORTIE DE RECESSION AVEC FREIN A MAIN SERRE, DESORDRE ET IMPUISSANCE, SEMAINE DE DIAGNOSTIC AMERICAIN : "ENTRE-DEUX ...

LE CHAT ET LA SOURIS ...

Depuis un mois la bourse effectue une sorte de consolidation dynamique puisqu'elle se situe vendredi 13 au CAC40 à seulement 86,35 points en deçà du plus haut atteint le 19 octobre (3892,36 points) tout en jouant sur la période au jeu du chat et de la souris autour du seuil symbolique des 3800 points retrouvés à l'issue d'une troisième semaine de hausse que je ne n'attendait pas, hélas, dans mon précédent éditorial. Il en va de même à Wall Street avec le SP500 à 1093,48 points et le niveau lui aussi symbolique des 1100 points. Cette dernière semaine a recouvré un nouvel élan attribué avec quelque délais à la décision du dernier G20 de maintenir les politiques de relance mises en oeuvre. Ainsi à l'exception de l'or les indicateurs d'aversion au risque se sont-ils détendus révélant un renouveau d'appétence des investisseurs pour des actifs plus  risqués comme le sont les actions. De plus une étrange corrélation inverse est apparue, à savoir que toute baisse du dollar provoque une hausse des marchés d'actions, Europe paradoxalement incluse alors que ses entreprises ont à souffrir de l'appréciation de l'euro ( +27% sur l'année) qui affecte les entreprises, particulièrement les exportatrices.

Malgré une fin de semaine en ordre dispersé, le vendredi 13 a plutôt porté chance aux bourses de valeurs. En effet, le CAC40 engrange sur la semaine écoulée +2,6% à 3806,01 points ce qui porte sa performance annuelle à +18,3% pour +15,6% en un an et une quasi- stabilité sur cinq ans (-0,4%).

A l'issue du 11 novembre le Dow Jones aura battu un nouveau record annuel à 10 340 points effaçant 50% de la baisse subie sur huit mois, ce en réalisant un record de rapidité dans la résorption du recul. Le SP500  de même ( à 1105 points) par rapport à septembre 2008 après huit hausses consécutives. L'indice aura oscillé toute la semaine au gré des publications du secteur de la distribution mais les bons résultats l'emportant et faisant oublier rapidement le mauvais indicateur de confiance des ménages le SP500 affiche un gain hebdomadaire de +2,3% pour +21% sur l'année et +25% en douze mois. Nonobstant son recul est encore de -7,6% sur cinq ans. Le bon accueil réservé aux introductions sur le marché mérite aussi d'être souligné. Par exemple, le vendredi 13 a porté chance au discounter "Dollar General" qui a pu enregistrer une hausse de +8,2% pour son premier jour de cotation.

... SORTIE DE RECESSION AVEC FREIN A MAIN SERRE ...

Au troisième trimestre, après les Etats-Unis, l'Europe a elle aussi confirmé sa sortie de récession quoique sur une légère déception par rapport aux attentes du consensus des économistes (+0,5%) ou par rapport aux Etats-Unis (+0,9%). Son Pib augmente de +0,4% à l'issue de cinq trimestres de recul mais cette performance est très différenciée. Elle s'étage de +0,9% par exemple pour l'Autriche à -0,3% pour l'Espagne tandis que la France déçoit quelque peu à +0,3% (vs 0,5% escompté) notamment face à l'Allemagne (+0,7%) ou à l'Italie (+0,6%). L'essentiel est toutefois que les trois grandes économies de la zone euro affichent un Pib en hausse. Lors de cette récession, la plus sévère subie par l'Europe depuis le deuxième Guerre mondiale, son Pib se sera contracté de -5,1% (vs -2% en 1974) mais grâce aux plans de soutien et à l'amélioration de la conjoncture mondiale le rebond sera intervenu plus tôt que ce qui était attendu avant l'été. Toutefois cette convalescence est de caractère très technique comme nous le soulignons ici depuis plusieurs mois. Elle s'accompagne d'une faible demande intérieure handicapée par la situation de l'emploi qui, quoique en moindre dégradation, pèse sur la consommation tandis que les importantes capacités de production inutilisées entravent l'investissement.

Aux Etats-Unis, il y eut peu de nouvelles économiques mais deux informations médiocres ont été publiées. L'une a trait au commerce extérieur qui a enregistré une forte hausse du déficit (-36,5 Mds de dollars), le plus important depuis janvier, attribuable pour partie à l'augmentation des prix de l'énergie mais qui démontre aussi que la balance commerciale ne se rétablit pas malgré la baisse du dollar ce qui peut poser la question d'une perte éventuelle de compétitivité. L'autre a concerné le moral des particuliers qui flanche au vu de l'indicateur de confiance des consommateurs de l'université du Michigan en forte baisse pour la deuxième fois ce qui à la veille des achats de Noël n'est pas de bon aloi.  

De part et d'autre de l'Atlantique si la reprise est actée, son caractère fragile ne l'est pas totalement. Or compte tenu de la faiblesse de la demande intérieure cette sortie de récession se fait "frein à main serré" alors qu' elle ne peut s'avérer durable que si la consommation et l'investissement y contribuent. Pour l'heure ce n'est pas le cas. Pour que la prévision de Dominique Strauss-Khan, "2010 sera l'année de la reprise", se concrétise alors qu'elle est à haut risque il faut encore maintenir les dispositifs de soutien comme le G20 l'a préconisé tandis que l'Apec (*) s'y est engagée ce week end "jusqu'au retour à une croissance durable". Ainsi pour ne pas compromettre le redémarrage, il convient de ne pas rééditer l'erreur commise fin 1993-début 1994 de revenir trop tôt à des politiques budgétaires contraignantes tant que demeure non résolu le lancinant problème des relais de croissance.  

... DESORDRE ET IMPUISSANCE ... 

La médiocrité de la croissance rassure paradoxalement les investisseurs qui y voient l'assurance du maintien des politiques de bas taux par les banques centrales, particulièrement de la part de la Fed. Concrétisation de cette conviction des marchés, l'épreuve de la fin des achats de titres publics par la Fed a été surmontée avec succès au vu des importantes émissions du Trésor sur cette dernière semaine (80 Mds de dollars) : non seulement les taux à 10 ans n'ont pas monté mais ils ont perdu 10 points de base à 3,42% réduisant encore le très modeste écart avec le taux européen demeuré stable à 3,38% ce qui n'est pas favorable au dollar.

Concernant ce dernier, sa baisse (-9% en six mois) devient une "certitude de marché" qui alimente des comportements de "carry trade" en dépit des déclarations réitérées du secrétaire américain au Trésor, Timothy Geithner, en faveur d'un dollar fort mais dont les propos ne sont suivis d'aucun acte, la dernière intervention des autorités en faveur du billet vert remontant à septembre 2000 lors des attentats. Accentuant le désordre ambiant, le FMI a critiqué dans un rapport "le caractère exorbitant" du statut du dollar comme monnaie de référence se prononçant pour une baisse de sa part dans les réserves de change. Outre l'Europe qui souffre de la hausse de l'euro concomitante à la baisse du dollar, les pays de l'Apec se déclarent indisposés par la tenue de la devise américaine mais au final la question du change a disparu, une fois de plus, du communiqué, de vifs débats ayant opposé la Chine et les Etats-Unis.

L'impuissance est manifeste face aux marchés de change dont les transactions  atteignent quelque 3210 Mds de dollars quotidiennement, dont environ 90% en dollars, à rapporter par exemple au montant annuel du commerce mondial soit 12400 Mds de dollars. Dans ces conditions la "ruée vers l'or" se comprend mieux de la part de pays à fortes réserves de change exposées au dollar en majeure partie et qui sont donc désireux de diversification. Ainsi en un an le dollar a baissé de -18% contre l'euro tandis que l'or grimpait de +50%.

... SEMAINE DE DIAGNOSTIC AMERICAIN : "ENTRE-DEUX"...

La semaine macro-économique sera américaine et permettra d'établir un diagnostic de l'état de santé de l'économie des Etats-Unis. En effet alors que des inquiétudes se manifestent sur la consommation des ménages (70% du Pib) nous prendrons connaissance des ventes de détail et de l'état des stocks des entreprises dont l'important ratio stocks/ventes à la veille des achats de Noël. La production industrielle accompagnée du taux d'utilisation des capacités de production confirmera-t-elle l'appréciation de l'excellent indicateur ISM ? L'indice NAHB des promoteurs immobiliers poursuivra-t-il sa consolidation et les permis de construire se reprendront-ils ? C'est important pour la propagation de la reprise.

Les inscriptions hebdomadaires au chômage continueront-elles à s'infléchir sachant que les destructions d'emploi sont passées d'un maximum mensuel de 600 000 à 200 000 et alors que l'emploi est la clef de la pérennité de la reprise ? Les achats de titres par les non-résidents aideront à apprécier leur confiance dans les Etats-Unis notamment après les déclarations de Barack Obama lors du sommet de l'Apec s'engageant à prendre des "mesures fortes" de réduction des dépenses publiques car "la croissance par l'endettement est incompatible avec une prospérité durable".

Outre ces statistiques seront publiés les indicateurs des Fed de New York et de Philadelphie que l'indicateur avancé du Conference Board accompagnera en fin de semaine. A partir de toutes ces données les observateurs devraient être à mêmes d'affiner le jugement porté sur l'économie américaine et ses perspectives. 

Du côté des entreprises la saison des résultats trimestriels s'achève, 93% des firmes du SP500 ont divulgué leurs comptes et les grandes sociétés européennes aussi. Il est encore trop tôt pour se focaliser sur le quatrième trimestre aussi les marchés sont-ils dans un "entre-deux" propre à la réflexion et à la préparation des arbitrages de fin d'année.

La semaine devrait être gouvernée par les informations économiques ... américaines car l'Europe sur ce plan ne fera pas l'actualité. 

 

 (*) Le Forum de Coopération Asie-Pacifique (Apec) regroupe 21 pays qui représente 40% du commerce mondial, il fêtait ce week end ses vingt ans à Singapour.


Patrick Leguil est Directeur de Recherche de Banque Leonardo.



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