Faire preuve de générosité ne changera rien au montant des primes que l'on a reçues. Parmi ceux qui se sont indignés des bonus versés par les banques, certains semblent se laisser aller à une certaine indulgence à l'égard des bénéficiaires qui reversent une partie de leurs gains à des oeuvres caritatives. Cela n'a pourtant rien à voir. Certes, il faut encourager les dons, mais cet aspect des choses ne doit absolument pas être pris en compte dans le débat sur les primes.
Lorsque la tempête s'est déchaînée sur l'American International Group (AIG), banque secourue par l'Etat, certains ont réclamé que les primes soient reversées à de bonnes causes. Chez Goldman Sachs, on profite de ce que la banque a une politique de donations pour augmenter le montant des primes de fin d'année. Il y a mélange des genres. Les gens qui font fortune devraient spontanément se sentir obliger de soutenir des actions nobles et utiles en faveur de ceux qui ont eu moins de chance. D'ailleurs, c'est ce que font déjà nombre de financiers, gestionnaires de fonds spéculatifs, milliardaires des nouvelles technologies et autres. Les allégements fiscaux modérés qui s'appliquent aux dons poussent à la générosité, pour le plus grand bien de tous.
Il n'est pas nécessaire d'aller plus loin. Ceux qui proposent de lever un 'super-impôt' sur les primes ne devraient pas accepter qu'il limite l'incitation au don. Il vaut mieux que le fisc collecte l'impôt et que le gouvernement statue sur l'usage des fonds, même s'il ne se montre pas toujours judicieux dans ses choix. Ces largesses sont aussi un moyen de s'acheter de l'influence et du prestige. Elles peuvent servir à financer des projets personnels, profiter à des organisations qui emploient des membres de sa famille, etc. D'autres encore considèrent que les contributions qu'ils apportent à des hôpitaux ou des universités doivent leur garantir un traitement privilégié.
Morale patricienne
Les actionnaires préféreraient sans doute que les dividendes et les bénéfices soient plus substantiels, et décider eux-mêmes de ce qu'il convient de donner, plutôt que de voir les banquiers encaisser des primes plus élevées, fussent-elles reversées à des oeuvres. Il est sûrement plus équitable d'enlever aux riches pour en laisser plus aux pauvres, au lieu de compter sur le seul principe de morale patricienne qui veut que les gens aisés s'occupent des démunis.En lire plus sur LeMonde.fr
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