Après avoir renfloué Fortis, les pouvoirs publics belges, associés aux gouvernements français et luxembourgeois, ont volé mardi au secours du bancassureur franco-belge Dexia, qui menaçait de suivre Fortis dans sa descente aux enfers boursière.Evènement
Après une longue nuit de négociations à Bruxelles, le Premier ministre Yves Leterme a annoncé qu'un accord avait été trouvé pour injecter 6,4 milliards d'euros dans Dexia, une banque qui joue un rôle clé dans le financement des collectivités locales. Son cours avait dévissé la veille en Bourse en perdant près de 30%.
"Notre ambition était d'avoir une implication politique très forte pour envoyer un signal" aux marchés, a déclaré M. Leterme en sortant de la réunion. "Ca a été long car c'était une négociation complexe", avec neuf parties impliquées, "mais le résultat mérite les efforts déployés", a-t-il estimé.
L'accord prévoit que les autorités fédérales et régionales et les investisseurs institutionnels belges injecteront 3 milliards d'euros dans le groupe, le gouvernement français et la Caisse des dépôts et consignations 3 autres milliards, et le gouvernement luxembourgeois 376 millions.
Alors que les gouvernements belge et français souscriront à une augmentation de capital, le gouvernement luxembourgeois souscrira à une émission d'obligations convertibles en actions, comme pour Fortis.
"Nous avons sauvé Fortis et Dexia, mais au-delà, c'est l'ensemble du système financier qui est consolidé par cette action concertée des trois gouvernements", a estimé le ministre luxembourgeois du Budget, Luc Frieden. "Notre objectif, comme pour l'opération avec Fortis, était de protéger l'épargne et les milliers d'emplois" de Dexia, a-t-il ajouté. "Nous pensons que cet accord, ensemble avec l'accord sur Fortis, va permettre aux épargnants de regarder avec confiance vers le système bancaire", a-t-il dit.
La répartition de l'effort de renflouement entre pouvoirs publics et actionnaires existants est la suivante: côté belge, le gouvernement fédéral, autorités régionales et actionnaires institutionnels (holding Arcofin et assureur Ethias) mettent un milliard chacun. Côté français, le gouvernement va mettre un milliard et la Caisse des Dépôts et consignations 2 milliards.
Le capital de Dexia se répartit actuellement entre, côté belge, Arcofin (17,7%), communes belges (16,2%), Ethias (6,3%), et côté français, l'assureur CNP (2%) et la Caisse des dépôts et consignations (11,7%). Les salariés détiennent 3,8%.
A l'issue de l'opération, la partie belge détiendra toujours "la part la plus importante" de Dexia, selon le ministre belge des Finances Didier Reynders.
L'Etat français et la Caisse des dépôts détiendront ensemble une minorité de blocage, sous la forme d'une "part à peine supérieure à 25%", a-t-il précisé.
Le sauvetage de Dexia intervient un peu plus de 24 heures après que les gouvernements belge, luxembourgeois et néerlandais eurent décidé dimanche soir de renflouer le groupe belgo-néerlandais Fortis, un autre pilier de la bancassurance du Benelux, à hauteur de 11,2 milliards d'euros.
Fortis a été la première banque de la zone euro à subir de plein fouet la tempête financière qui balaie le secteur financier américain depuis mi-septembre, faisant craindre une vaste contagion européenne.
La nationalisation partielle du premier employeur de Belgique n'a cependant pas eu les effets escomptés, Fortis ayant perdu encore 23,7% lundi. Son titre perdait à nouveau plus de 7% mardi matin à l'ouverture à la Bourse de Bruxelles.
La cotation de l'action Dexia a été pour sa part suspendue.
Née en 1996 de la fusion du Crédit Local de France et du Crédit Communal de Belgique, Dexia, qui emploie 37.000 personnes dont 10.000 en Belgique, est spécialisée dans les prêts aux collectivités locales.