Les prêts accordés aux entreprises et aux ménages de la zone euro ont enregistré en mai leur plus faible croissance historique, soulignant la nécessité de mesures de soutien au crédit telles que l'injection massive de liquidités réalisée la semaine dernière par la Banque centrale européenne (BCE) ou les rachats d'emprunts d'Etat qu'elle s'apprête à effectuer.
Pour l'instant, les banques des Seize ont laissé en dépôt auprès de la BCE la moitié environ des 442 milliards d'euros de liquidités à un an qu'elle leur a allouées la semaine dernière dans le cadre de la première opération de ce type sur cette échéance. En date du 29 juin, leurs dépôts à la BCE atteignaient 242 milliards, le montant le plus élevé depuis janvier.
De tels chiffres pourraient relancer le débat sur l'éventuelle nécessité d'une baisse supplémentaire des taux d'intérêt. Le principal d'entre eux, le taux de refinancement, est fixé à 1%, contre 4,25% en septembre dernier.
La banque centrale prévoit aussi de racheter pour 60 milliards d'euros d'obligations sécurisées, afin d'encourager les établissements financiers à prêter.
"Ce que nous observons là, c'est la confirmation que la BCE a raison d'être très prudente sur les perspectives de reprise (de l'économie de la zone euro)", a commenté Marco Valli, économiste d'UniCredit à Milan.
"Le crédit va rester limité pendant un certain temps et il est probable qu'au cours des prochains mois, le taux d'évolution du crédit au secteur privé en rythme annuel sera négatif", a-t-il ajouté.
"TOUJOURS PAS D'ASSOUPLISSEMENT DU CREDIT"
La croissance en rythme annuel des prêts au secteur privé est tombée à 1,8% en mai contre 2,3% en avril; il s'agit du chiffre le plus bas enregistré depuis le début du suivi de cette statistique en 1992.
"Cela montre qu'il n'y a toujours pas d'assouplissement des conditions du crédit très tendues auxquelles sont confrontés entreprises et particuliers", souligne Howard Archer, économiste d'IHS Global Insight.
La croissance de la masse monétaire M3 de la zone euro, la mesure la plus suivie de l'offre monétaire disponible, a ralenti à 3,7% sur un an en mai, contre +4,9% en avril, alors que le marché tablait sur une hausse de 4,6%. Il s'agit du chiffre le plus faible enregistré depuis avril 1997.
La croissance de la masse monétaire M1, une mesure moins large que M3, affiche elle aussi un ralentissement mais elle demeure relativement élevée, à 7,9% sur un an en mai contre 8,4% en avril, ce que certains observateurs jugent encourageant.
"On peut considérer cela comme une indication d'un point d'inflexion mais cela ne nous dit rien sur l'ampleur du redressement", estime Michael Schubert, économiste de Commerzbank.
La BCE doit entamer en juillet ses rachats d'obligations sécurisées mais elle n'a pas encore dévoilé les modalités de ces rachats. Elle pourrait apporter quelques indications sur ce dossier jeudi à l'occasion de sa réunion mensuelle de politique monétaire, notamment sur la répartition des rachats par pays, sur une éventuelle délégation aux banques centrales nationales, ou sur les maturités des titres qu'elle prévoit de racheter.
Version française Marc Angrand