SEMAINE DE CORRECTION ...Il convenait que cela arrive ... et pour une fois la semaine fut donc différente des autres tant en terme boursier qu'économique. Dans la configuration présente, il fallait un catalyseur imprévu pour être à même de calmer le marché. Il intervînt, on le verra.Après une progression quasi linéaire depuis le point bas de mars, sans repli intermédiaire, le
CAC40, au souffle devenu court, enregistre trois séances de recul et signe une sorte de conslidation horizontale à -2,5% en deçà de son point haut du 17 septembre (3835,27 points), cela sans intensité, ni pression vendeuse particulière. Les volumes de transactions, loin de s'amplifier se sont avérés inférieurs à ceux des semaines haussières à moins de trois milliards quotidiens. Toujours est-il que l'essoufflement l'a emporté et a rompu l'impressionnante série d'appréciation.Au final, le
CAC40 abandonne -2,3%à 3739,14 points et reste en hausse annuelle de +16,2% pour -10,2% sur les douze derniers mois. L'indice demeure en zone positive sur cinq ans à +2,3% , soit la perte de la semaine.A
Wall Street la morosité était également présente après +54% de hausse sur mars. Le
SP500 effectue sa plus mauvaise performance hebdomadaire depuis juillet en perdant -2,24% pour encore +15,6% sur l'année et -13,9% en douze mois. Mais sur cinq ans son recul est de -5,4% avec pour l'heure une performance trimestrielle ressortant encore à +14% contre +15% au deuxième trimestre ... relativisons donc !
... PENDULES A L'HEURE ...Tout le monde sait que "
les arbres ne montent pas jusqu'au ciel", les investisseurs ne l'oubliaient pas mais la force du mouvement de hausse les fascinait et entravait toute tentative de consolidation. Il fallait donc un déclencheur imprévu et contrariant. Il est apparu, de fait, là où il n'était pas attendu, c'est à dire sur le front des informations économiques.Souvenons-nous, les publications attendues, peu nombreuses, devaient être bonnes au cours de la semaine dernière or elles s'avérèrent, particulièrement aux
Etats-Unis, globalement défavorables aussi bien en statistiques (
immobilier, commandes de biens durables) qu'en indicateurs ( Conference Board, Fed de Richmond). Il n'y eut que l'
emploi hebdomadaire et surtout la confiance des ménages vue par l'Université du Michigan pour occulter les autres données.A l'évidence, ce fut insuffisant et le doute quant à la vigueur de la reprise débutante s'est insinué et l'a emporté.Moins décevantes, les nouvelles européennes ont certes confirmé la reprise avec un indicateur
PMI composite supérieur à 50, "frontière" de la croissance, pour la première fois depuis 14 mois. Nonobstant, par pays, la situation s'est avérée contrastée, bonne en
France par exemple mais médiocre en
Allemagne. Sans remettre en cause la fin de la récession, l'impression a prévalu que la reprise allait s'effectuer à un rythme ralenti. Est-ce un point d'arrêt des extrapolations les plus optimistes ? En tout cas un petit goût amer s'est donc fait jour et les pendules se sont en quelque sorte remises à l'heure : les chiffres attestant la fragilité de la
conjoncture mais ne remettant nullement en cause la reprise technique que nous escomptons pour les prochains mois.Cette impression d'ensemble est confortée par l'évolution modérée des matières premières aucunement en augmentation, de même que celle de l'indice
Baltic Dry, représentatif des taux de fret maritime et bon "marqueur" du commerce mondial. Malgré une tension renouvellée avec l
'Iran, le
baril de pétrole perd -8% sur la semaine à 66 dollars tandis que l'once d'
or chute de 22,5 dollars à 991,5 dollars. Corrélation inverse, le billet vert se reprend légèrement (
euro/dollar : 1,467 vs. 1,4715).
... LE PLUS FACILE EST FAIT ...Nous avons ici à maintes reprises décrit le processus qui a autorisé l'enclenchement de la reprise des marchés d'actions, à savoir une forte et continue baisse de l'aversion au risque générée par le recul des taux des
obligations privées (
corporate) conduisant à une valorisation trop modeste des actions. Souvenons-nous, nous souligniions il y a des semaines que si cette aversion au risque était revenue sur ses niveaux de juillet 2008, avant la chute de
Lehman Brothers ( point d'orgue !), ce n'était pas le cas des indices, très en retard ! Dès lors sur un point de départ décoté la hausse pouvait prospérer, ce qu'elle a fait et malgré les apparences sans excès global (cf. "
CAC40 : les 4000 points en valeur d'équilibre".Nous arrivions toutefois dans des zones de valorisation proches des moyennes à long terme notamment sur les secteurs cycliques, mais sans exagération manifeste. La nécessité d'une pause salutaire venait plutôt de la linéarité du mouvement de hausse et au fil des semaines les clignotants de "
surachat" scintillaient, délivrant ainsi des messages d'alertes techniques. Le "momentum" devenait favorable à une consolidation, pour autant, ce n'est pas la fin de la "fête" mais tout simplement ... un changement de rythme et d'étape. Les marchés ont rattrapé, puis anticipé le regain de vitalité de l'économie et des bénéfices à partir d'un recul 2009 intégré. Le plus "facile" a été fait avec virtuosité et maintenant les investisseurs se trouvent confrontés à un avenir plus incertain où pour le moment les attentes bénéficiaires, cette fois-ci en progression, demanderont à être confirmées en 2010 pour justifier la poursuite de la hausse. Notre conviction retient une évolution calquée sur celle du "consensus" des résultats, donc fatalement moins vive et régulière que lors de la phase précédente. Cela ne signifie en rien que la phase haussière actuelle est terminée : remémorons-nous la séquence 2003-2007 au cours de laquelle la progression des bénéfices neutralisait celle des cours ! Au final, apparaîtra courant 2010, le questionnement sur la pérennité de la reprise économique ... mais ceci sera une autre histoire.
... FAIRE MENTIR LES PROVERBES ?"
Septembre mauvais mois boursier" ... dit-on mais c'est aussi une fin de trimestre donc propice aux arbitrages de portefeuilles et aux rotations thématiques et sectorielles aussi les informations à venir devront-elles être analysées avec plus d'attention qu'auparavant puisque les marchés semblent vouloir faire preuve de plus de discernement.La semaine macro-économique s'animera dans sa seconde partie. Aux
Etats-Unis interviendra la publication jeudi de l'important et influent indicateur
ISM manufacturier prévu à 55 après 52,9 en août. De ce chiffre peut dépendre un retour d'optimisme ou non concernant la vigueur de la reprise. Mais il y aura aussi, l'indice
Case Schiller des prix immobiliers aux côtés des promesses de vente de logements et les dépenses de construction, les chiffres définitifs du
Pib du deuxième trimestre, puissent-ils ne pas être revus en baisse. Le revenu, les dépenses et le taux d'épargne donneront le pouls de la demande intérieure ainsi que les chiffres de l'emploi et des commandes industrielles. Du côté des indicateurs, il y aura la confiance des consommateurs du Conference Board, le sondage ADP sur l'emploi et le PMI de Chicago. Rude semaine donc et de nature à conforter les inquiétudes apparues la semaine dernière ou à les infirmer !Quoique moins "riche" en
Europe la semaine macro-économique révélera, outre les prix à la production, l'indice des prix de détail sans doute de retour à une inflation ... positive eu égard au point de comparaison 2008. Nous prendrons aussi connaissance des indicateurs de climat des affaires et de sentiment économique pour la zone euro.Alors ce lundi pourra laisser place aux commentaires, déchiffrage et exégèse d'un
G20 pérennisé, paré d'habits neufs mais apparaissant déja ravaudés après les tonitruantes déclarations l'ayant précédé car bien dépourvu de moyens contraignants d'application. Car si il y eut bien des avancées ( soutien de la croissance, anti-protectionnisme, transfert de droits de vote au
FMI, action concertée sur les normes bancaires et les fonds propres, soutien à la régulation de "haut niveau" sans omettre l'emblématique question des bonus...) il y eut bien peu de quantification, de calendrier si ce n'est lointain. Alors après 5000 Mds de dollars de soutien aux économies pour s'extirper de la première crise de la mondialisation , renvoyer les demandes de solutions au
Comité de Bâle, au
CSF et aux
banques centrales peut apparaître pusillanime ... "aurait pu mieux faire" mais est-ce une surprise ?
Patrick Leguil est Directeur de Recherche de VP Finance.