CHUTE D'ENTRAIN ...Une semaine prudente et en zig-zag s'est achevée après de nouveaux records annuels: le plafonnement l'a emporté. Cette chute d'entrain doit beaucoup au fait accompli des anticipations confirmées. Les résultats des entreprises se sont une nouvelle fois généralement avérés supérieurs aux estimations mais c'était déja acté dans les cours et seules les contreperformances étaient remarquées et sanctionnées. Il y eut aussi le match micro-économie, favorable au marché, et macro-économie au palmarès moins florissant. Ballottées entre des influences contraires, des données parfois erratiques, les bourses de valeurs ont trébuché vendredi pour terminer la semaine à
Paris sur une performance hebdomadaire quas-étale. Le
CAC40 abandonne -0,5% à 3808,24 points pour une hausse annuelle de +18,3%, de +15% sur douze mois ou +5,5% sur cinq ans sans omettre un rebond de quelque +50% sur le point bas du 9 mars dernier.
Wall Street soumis à l'avalanche des résultats trimestriels s'est également évertuée à opérer un tri et à défaut de fortes convictions sur le futur proche (cf.
Amazon ou
Microsoft ...), les entreprises n'ont pu déclencher de nouvelles appréciations tandis que l'économie envoyait des signaux ambigüs conduisant à des dégagements et à des prises de bénéfices. Le
SP500 perd -0,7% sur la semaine mais s'apprécie encore de +19,5% sur l'année, de +19,9% sur douze mois tout en étant toujours en recul de -1,4% sur les cinq dernières années.
... ENTRE CONFIRMATIONS ET DECEPTIONS ..."Savoir ce qui va soutenir la croissance après les actions entreprises est une question cruciale" selon les propos de
Lawrence Summers qui ajoute que "la faiblesse de l'économie reste un problème". Après une période d'anticipations positives croissantes vue par les indicateurs avancés, vinrent les coïncidents et enfin les données objectives au travers des statistiques. Le déroulé s'est avéré conforme, presque parfait, justifiant les réactions des investisseurs mais aujourd'hui, force est de constater une certaine "normalisation" du processus de rebond. La reprise, cyclique et technique, pointe effectivement mais accompagnée d'une inflexion de rythme et cela induit d'étranges interrogations de la part des intervenants. Il est vrai que les informations publiées au fil des semaines peuvent parfois porter au doute.Ainsi, la semaine dernière aux
Etats-Unis, a-t-on pris connaissance de données immobilières incertaines (indice
NAHB et permis de construire décevants) soulignant le caractère délicat de la stabilisation à l'oeuvre dans un secteur indispensable à la matérialisation d'une reprise durable de l'économie. Or les fondamentaux sectoriels demeurent fragiles et le rebond soutenu par des béquilles provisoires telles qu'un crédit d'impôt au primo-accédant. Ce dernier s'achève en novembre et provoque donc un emballement d'achats d'opportunité sans probable lendemain qui entraîne des ventes de logements anciens, au plus haut depuis juillet 2007, dans un contexte malsain de "
foreclosure sales" (prix médians à -8,5%) relatif à la hausse des saisies. Par ailleurs, le front de l'
emploi et donc de la
consommation, poursuit cahin-caha un lent redressement parfois en trompe l'oeil. Au total, sur la semaine les nouvelles américaines n'ont guère fait preuve de vaillance à l'exception toutefois de l'indicateur avancé du
Conference Board au mieux depuis octobre 2007 après six mois de hausse dont la dernière est la plus forte depuis 1983. Par solde, comme l'illustre le "
Beige Book" de la
Fed, voisinent léger mieux conjoncturel et faiblesse de l'emploi ce qui n'est pas propre aux Etats-Unis.En
Europe, les données publiées furent nettement plus encourageantes, confirmant la reprise au travers des indicateurs
PMI manufacturiers et des services, des indices
IFO allemand (septième progression) ou français
Insee et des commandes à l'
industrie dans un contexte de fin de déstockage. Le scenario est conforme ... si ce n'est que, d'une part, la situation intra-européenne est très contrastée. Le "coeur" de l'économie (75% du
Pib) s'avère "dynamique" avec une performance française remarquable (cf. consommation) tandis qu'une partie "patine" (cf.
Espagne ou
Irlande). D'autre part, en
Europe aussi la reprise s'avère pour l'heure sans emplois, ce qui est certes classique à ce moment du cycle mais qui ferait peser un risque à terme pour le développement naturel de la croissance si cela devait perdurer or le débat sur ce point se développe.La
Chine, comme
l'Inde, poursuit la démonstration de l'absence de découplage grâce notamment, à la mi-2008, au plan de relance massif (environ 13% du
Pib sur deux ans) qui a radicalement inversé la politique jusqu'alors mise en oeuvre. Le
Pib progresse de +8,9% en rythme annuel lors du troisième trimestre avec une production industrielle en accélération à +13,9% de même que les ventes au détail (+15,5%) qui pallient quelque peu la "fablesse" des exportations. En avance, la
Chine confirme le mouvement mondial.Il reste
une mais significative déception, à savoir la contre-performance britannique historique dont le
Pib recule (-0,4%) pour le sixième trimestre consécutif alors qu'une progression était escomptée. La déception est d'autant plus forte qu'elle acte l'inefficacité des remèdes utilisés par les pouvoirs publics (baisse de la tva) ou par la
Banque d'Angleterre ("assouplissement quantitatif" au prix de 175 Mds de livres d'achats d'actifs). L'économie du
Royaume-Uni paraît engluée avec des ménages surendettés dont la problématique s'avère assez voisine de celle du consommateur américain.En définitive, semaine après semaine, se confirment le mouvement de reprise, la question de son intensité voire de sa pérennité.
... LOCOMOTIVES ...La micro-économie joue le rôle de locomotive depuis plusieurs mois et justifie, grâce à la baisse de l'aversion au risque illustrée par la chute des taux "corporate", le mouvement de hausse des marchés d'actions. Le risque aurait été dans une contre-performance des pulications de résultats qui aurait contredit les expectations des analystes. Ce ne fut point la cas, bien au contraire. A ce jour sur quelque 200 résultats publiés au
SP500, 81% sont supérieurs aux prévisions versus une moyenne historique de 60% tandis que seulement 12% y sont inférieurs pour une moyenne de 20%. Certes, la prudence avait été manifeste mais il demeure que les entreprises ont remarquablement géré la crise, abaissant rapidement leur "point mort" au prix toutefois de forts dégâts en terme d'emploi. Pour l'heure, ces publications entraînent un rehaussement des prévisions. L'année 2009 est ainsi réappréciée à -9,7% au
SP500 (contre -10,5%) et 2010 à + 25,5%. Il en va de même en
Europe à respectivement -18,7% et +28,7%.Influence de
Darwin peut-être, mais la mutation des entreprises reprend avec des opérations de restructuration, le retour des "fusions et acquisitions" qui constituent d'incontestables animations des marchés.
... DONNEES PROBANTES RECHERCHEES.Le fait accompli, nous l'avons vu, a joué. Les investisseurs soulagés d'avoir eu raison d'accroître leur exposition au risque ont pour certains "
pris leurs bénéfices", pour d'autres réaménagé leur dispositif soit en direction d'actifs tels que l'
or, voire le
pétrole, ou en direction de titres plus défensifs. Ces mouvements ne sont pas contradictoires et relèvent d'un équilibre des différentes "poches" d'investissement dans le cadre des stratègies d'investissement. Le
dollar est la principale victime, consentante, de ces arbitrages en perdant contre l'
euro, qui flirte avec la parité de 1,5, environ 20% de sa valeur depuis le mois de mars. A ce jour, le investisseurs se montrent plus exigeants et recherchent des données probantes autorisant la poursuite d'une hausse historique mais sans exagération dans les valorisations atteintes. C'est pourquoi, par exemple, les observateurs se focalisent-ils plus sur l'évolution de l'activité des entreprises (chiffre d'affaire, carnets de commandes ...) que sur les résultats passés publiés qui doivent beaucoup aux efforts de gestion qui ne sauraient être indéfiniment extrapolés. Les investisseurs vont exiger des données tangibles de redressement durable avec en toile de fond la perspective des stratégies de sorties que les autorités devront assumer. Les hoquets ne manqueront pas et il faudra veiller aux contre-pieds. La phase aisée de hausse régulière et vive va s'achever laissant place à une hausse plus modérée, moins continue mais propice aux performances des plus talentueux des investisseurs.La semaine qui s'est ouverte demeure active en matière de résultats publiés, aux
Etats-Unis comme maintenant en
Europe. Le calendrier macro-économique, sans être chargé, est important tant sur le thème obsédant de l'emploi, de part et d'autre de l'Atlantique que sur celui, connexe, des ménages (dépenses, revenus, taux d'épargne, indicateur de confiance du Michigan pour les
Etats-Unis ainsi que consommation de même qu'en
France sur ce point). Les indicateurs habituels paraîtront (
Conference Board, Pmi de
Chicago pour l'
Amérique,
confiance dans l'industrie, les services et la consommation pour l'
Europe) ... seront-ils confirmés par les statistiques américaines des commandes de biens durables et la première estimation du
Pib du troisième trimestre ? En outre, l'
immobilier demeurera présent au travers de l'indice
Case-Shiller des prix des logements et des ventes de logements neufs.Voici donc une semaine intéressante sur tous les plans ...
Patrick Leguil est Directeur de Recherche de VP Finance.
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