Les prix à la consommation en Allemagne ont enregistré en juin une hausse inattendue, montrent les estimations publiées vendredi, ce qui tend à montrer que la zone euro résiste pour l'instant à la menace de la déflation.
Les prix de détail dans l'ensemble du pays ont augmenté de 0,1% sur le mois qui s'achève par rapport à juin 2008, et de 0,4% par rapport à mai.
Cette première estimation, calculée sur la base des données de six Länder, intervient après la stagnation des prix enregistrée en mai, la première depuis la réunification du pays en 1990. Ce chiffre est considéré par nombre d'observateurs comme une indication de l'inflation dans l'ensemble de la zone euro, qui avait été nulle pour la première fois le mois dernier.
La Banque centrale européenne (BCE) a déclaré que la zone euro pourrait connaître une brève période de baisse des prix au cours des prochains mois, sans que cela l'engage dans une tendance prolongée à la déflation.
En Allemagne, la nette remontée des prix des produits pétroliers et des carburants et le relèvement de la fiscalité du tabac peuvent expliquer la hausse des prix en juin.
Les économistes et analystes interrogés par Reuters avaient dit tabler en moyenne sur une baisse de 0,1% sur un an de l'indice des prix calculé aux normes nationales et de 0,2% aux normes harmonisées européennes IPCH.
"La récente hausse de l'essence et du diesel a apparemment laissé des traces", a déclaré Thilo Heidrich, économiste chez Postbank, qui avait tablé sur une baisse des prix dès ce mois-ci. "Mais on devrait voir les prix reculer au plus tard en juillet. Le taux d'inflation sera sans doute négatif dans les mois suivants, avant une remontée à la fin de l'année."
DÉFLATION OU RÉÉQUILIBRAGE ?
Ces signes d'une baisse moins marquée qu'attendu des prix dans la zone euro pourraient conforter les analystes qui estiment que la BCE n'aura pas besoin d'abaisser son principal taux d'intérêt, déjà fixé à 1%, son plus bas niveau historique, ni d'augmenter ses rachats d'actifs sur les marchés, dont le montant global est fixé à 60 milliards d'euros.
Mais d'autres notent qu'une fois exclus l'impact de la hausse des produits pétroliers et celui de la fiscalité, les statistiques ont encore de quoi préoccuper la banque centrale.
"Les capacités excédentaires de production explosent et le chômage a commencé à remonter. Il y a bel et bien des éléments dans les chiffres des Länder qui prouvent que l'inflation de base reste orientée à la baisse", souligne Jennifer McKeown, analyste de Capital Economics.
"Les perspectives d'inflation semblant identiques dans le reste de la zone euro, il y a toutes les raison de penser que la BCE devra mener une politique de soutien plus audacieuse."
Aux yeux de plusieurs dirigeants de la BCE, la baisse attendue des prix au cours des prochains mois ne correspondra pas forcément à une tendance déflationniste mais plutôt à un rééquilibrage après la hausse record des prix pétroliers enregistrée l'an dernier.
L'Allemagne, première économie de la zone euro, devrait subir cette année sa plus grave récession depuis la Seconde Guerre mondiale: le gouvernement anticipe une contraction de 6% du produit intérieur brut (PIB).
Marc Jones, version française Dominique Rodriguez et Marc Angrand