L'Insee a confirmé vendredi une contraction de 1,2% du produit intérieur brut français sur les trois premiers mois de l'année, avant une amélioration attendue au deuxième trimestre mais qui ne marquera pas encore la fin de la récession.
L'institut de la statistique, dans ses comptes nationaux détaillés, a en revanche révisé légèrement le chiffre du quatrième trimestre, à -1,4% au lieu de -1,5%, sans remettre en cause le scénario du pic de la récession atteint à l'hiver 2008/2009.
Pour le deuxième trimestre clos fin juin, dont les chiffres ne seront pas connus avant la mi-août, l'Insee table sur une atténuation de la contraction à -0,6% et anticipe encore -0,2% au troisième trimestre avant une stabilisation en fin d'année, selon sa note de conjoncture publiée le 19 juin.
Sur l'ensemble de 2009, l'Insee prévoit une contraction de 3% du PIB, sans précédent depuis 60 ans - une projection qui est également celle du gouvernement et d'institutions internationales comme le FMI et l'OCDE. L'Insee n'a pas de prévision pour 2010 mais le gouvernement espère une reprise de 0,5%, tandis que le FMI et l'OCDE sont plus prudents.
LA CONSOMMATION RÉSISTE
Au premier trimestre, le PIB a été soutenu par la consommation des ménages, en hausse de 0,2%, alors que les autres composantes de la richesse nationale ont baissé.
L'investissement a reculé de 2,4% après -2,5% au quatrième trimestre, sous le coup d'une baisse de 3,4% de l'investissement des entreprises non financières (après -2,8%) tandis que l'investissement des ménages, essentiellement en logement, s'est replié de 1,6% à 2,6%.
La forte contraction du volume des échanges extérieurs s'est par ailleurs poursuivie avec une chute de 6,4% des exportations, après -4,7% au quatrième trimestre, tandis que les importations ont baissé de 5,3% (après -3,2%). Au total, le solde extérieur a retranché 0,1 point à l'évolution du PIB en janvier-mars après une contribution de -0,3 point lors des trois mois précédents.
Du côté des stocks, la contribution a été légèrement révisée à -0,7 point (au lieu de -0,8), soit une ponction équivalente à celle du quatrième trimestre, à comparer à une contribution de -0,4 pour la demande intérieure hors stocks.
Confrontées à une chute de la demande et au gel des marchés du crédit après la faillite de la banque américaine Lehman Brothers en septembre, les entreprises ont drastiquement ajusté leurs stocks et leur production, enfonçant le pays dans la récession.
"Le phénomène de déstockage s'est poursuivi à vive allure au premier trimestre," constate Alexander Law, économiste chez Xerfi. "La bonne nouvelle, c'est que cela devra bien finir par s'interrompre un jour, voire commencer à s'inverser dès cette fin d'année."
LE POUVOIR D'ACHAT RALENTIT
La dernière enquête de conjoncture de l'Insee dans l'industrie, publiée mardi, a montré un début de retour à la normale pour les stocks en juin, mais avec des carnets de commandes qui restent désespérément dégarnis.
"Un début de restockage au moins partiel impulserait une reprise qui ne serait hélas que technique (...) car la demande aussi domestique qu'étrangère demeure au point mort," note Alexander Law, pour qui "la meilleure issue possible" à cette année serait une baisse du PIB limitée à 3%.
La statistique détaillée du premier trimestre montre aussi que le revenu disponible brut des ménages a stagné (+0,0% après +0,4% au quatrième trimestre) mais leur pouvoir d'achat a légèrement augmenté (+0,4%) grâce à la modération de l'inflation. Cette hausse marque toutefois un net ralentissement par rapport au quatrième trimestre, quand elle avait été de 1,0%.
Le taux d'épargne des ménages a modérément progressé à 15,9% contre 15,8% au quatrième trimestre.
L'Insee a également annoncé une hausse de 0,4 point du taux de marge des entreprises non financières, à 37,5%, due à une pression moindre des salaires réels alors que près de 200.000 emplois ont été détruits dans le secteur privé entre janvier et mars.
Véronique Tison, édité par Sophie Louet