L'Espagne a approuvé vendredi la création d'un fonds de soutien à la restructuration du secteur bancaire, qui pourrait être doté de 99 milliards d'euros, pour inciter à des fusions dans un secteur financier et éviter que les problèmes de solvabilité de petits établissements ne nuisent à la confiance dans les grandes banques cotées.
"Certaines institutions pourraient rencontrer des problèmes si la crise internationale continuait", a déclaré la ministre espagnole de l'Economie, Elena Salgado, lors d'une conférence à l'issue du conseil des ministres au cours duquel a été signé le décret de création du "Fonds pour la restructuration ordonnée des banques" (FROB).
La loi va maintenant passer devant le Parlement mais le texte ayant été négocié avec le principal parti d'opposition conservateur, il devrait être approuvé sans trop de difficultés.
Les banques espagnoles, très contrôlées, ont traversé sans trop d'encombres la première phase de la crise mondiale mais des établissements de petite et moyenne taille risque d'essuyer des pertes en 2010 en raison l'accumulation des défauts de paiement, conséquence d'une récession prolongée qui devrait porter le chômage à plus de 20%.
Le fonds de sauvetage recevra dans un premier temps neuf milliards d'euros, dont les trois quarts seront apportés par l'Etat et le solde par une agence privée de garantie des dépôts. Le fonds pourra emprunter jusqu'à dix fois ce montant initial.
CONTROVERSES POLITIQUES
Cette nouvelle structure sera contrôlée par la Banque d'Espagne et pourra fournir des liquidités afin de financer une restructuration ou un apport de capital, pour éviter des problèmes de solvabilité dans un secteur très encombré.
Le fonds permettra à la banque centrale d'intervenir dans les banques, d'en racheter des actions et de passer outre des instances politiques ou des gouvernements régionaux qui ont longtemps empêché la consolidation du secteur des caisses d'épargne.
Des oppositions entre le gouvernement socialiste, des gouvernements régionaux et des partis politiques au sujet du contrôle du fonds par la Banque d'Espagne ont retardé le projet durant des mois.
L'urgence de mettre en place ce fond s'est fait sentir avec encore plus d'acuité après l'abaissement le 15 juin dernier par l'agence Moody's de sa note de crédit sur 25 banques espagnoles.
Le gouverneur de la Banque d'Espagne, Miguel Angel Fernandez Ordonez, estime de son côté que de grandes banques comme Santander et BBVA restent saines mais il s'attend à ce que des établissements de petite ou moyenne taille aient besoin d'un soutien financier.
Les banques sollicitant volontairement des fonds auront jusqu'à cinq ans pour rembourser les sommes empruntées.
Le cabinet d'études PriceWaterhouseCoopers prévoit lui que le système financier espagnol va avoir besoin de 25 à 70 milliards d'euros de recapitalisation et suggère que les banques dans leur ensemble réduisent leur taille, de 12.000 agences ou 35.000 employés.
Version française Stanislas Dembinski