Les investisseurs ont salué vendredi l'annonce d'une augmentation de capital d'UBS, tout en estimant que la banque suisse ne sortirait pas de l'ornière tant qu'elle subirait des sorties nettes de capitaux et qu'elle n'aurait pas réglé son contentieux avec le fisc américain.
UBS, première banque privée du monde et l'une des plus affectées par la crise financière, a fait savoir jeudi soir qu'elle voulait placer 293,3 millions d'actions nouvelles à 13 francs pièce auprès de quelques gros investisseurs institutionnels, ce qui lui permettrait de lever environ 3,8 milliards de francs (2,5 milliards d'euros).
UBS a aussi dit s'attendre à une perte nette au deuxième trimestre en raison de charges liées à sa dette et à des mesures de restructuration déjà annoncées.
La banque prévoit cependant d'améliorer son résultat opérationnel grâce à une amélioration des conditions dans la banque d'investissement et de moindres pertes et dépréciations.
L'autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA) a jugé l'apport d'argent frais suffisant, tout en ajoutant qu'UBS devait réduire son exposition aux risques.
"Nous pouvons dire que la banque est bien capitalisée (...) Elle est désormais prête à affronter un scénario économique défavorable", a dit à Reuters le directeur de la FINMA, Eugen Haltiner.
La FINMA a laissé entendre qu'il fallait qu'UBS se renforce encore avant que l'Etat retire les six milliards de francs qu'il y a injectés en octobre pour permettre son sauvetage.
La Banque nationale suisse a aussi salué l'initiative d'UBS, un porte-parole de l'institution déclarant qu'elle répondait aux attentes.
RATIO TIER 1 PORTÉ À 11,9%
Des analystes ont estimé que l'augmentation de capital avait été décidée sous la pression de la FINMA, qui a commencé à instaurer des critères plus stricts que les standards minimum internationaux, demandant ainsi un ratio de fonds propres Tier 1 d'au moins 12% d'ici 2013 contre un minimum de 8% requis jusqu'au déclenchement de la crise financière en 2007.
UBS a indiqué que l'augmentation de capital lui permettrait de porter son ratio Tier 1 à 11,9% contre 10,5% le 31 mars.
Credit Suisse, en avril, avait affiché un ratio Tier 1 de 14,1%, ce qui en faisait l'une des banques les mieux capitalisées d'Europe.
L'action UBS, en hausse de plus de 2% dans les premiers échanges boursiers, perdait 3,5% dans l'après-midi. Sa concurrente Credit Suisse, qui a aussi été secourue par l'Etat, prenait en revanche 3,5%, tandis que l'indice sectoriel européen DJ Stoxx était quasiment stable.
Bank of America-Merrill Lynch a abaissé son objectif de cours sur le titre UBS, de 17,30 à 16,20 francs, tout en maintenant sa recommandation à "neutre".
Derek de Vries, analyste chez Merrill Lynch, a estimé que, pour que son conseil devienne positif, il fallait qu'UBS renoue avec des flux nets positifs d'argent frais, que l'Etat se retire, que le litige avec la justice américaine soit réglé et que la communication de la direction sur la stratégie du groupe soit plus claire.
"La décision de lever 3,8 milliards de francs sur le marché ne modifie pas notre thèse et nous continuons à nous inquiéter à propos d'un certain nombre de sujets", a-t-il résumé.
UBS a précisé jeudi que son afflux net d'argent frais était négatif jusqu'à présent au deuxième trimestre en gestion de fortune et gestion d'actifs.
UBS a accepté en février de payer une amende de 780 millions de dollars et de dévoiler l'identité de 300 clients américains en échange de l'abandon de poursuites pénales.
Selon le New York Times, le Département de la Justice pourrait renoncer à la procédure visant à forcer UBS à dévoiler les identités de 52.000 citoyens américains soupçonnés d'évasion fiscale. La décision pourrait tomber avant le 13 juillet, date à laquelle est prévue une audience sur le dossier.