L'encours de crédit octroyé aux ménages, aux entreprises et aux collectivités locales devrait croître en France de seulement 1,3% en 2009 en raison de la baisse de la demande de prêts, puis progresser de 3,2% en 2010, prévoit mardi la société d'études économiques BIPE.
Se calant sur une prévision d'une contraction de 2,8% du PIB français en volume pour 2009, le BIPE s'attend à une chute de 8,8% des investissements des entreprises et à une baisse de 6,7% de ceux des ménages, entraînant chez ces derniers une forte baisse de la demande de prêts immobiliers.
La production de crédit à l'habitat pour les ménages "s'est effondrée", a constaté Elisabeth Waelbroeck-Rocha, vice-présidente du BIPE, lors de la présentation d'une étude sur le crédit bancaire en France commandée par la Fédération bancaire française (FBF).
Les prêts aux particuliers destinés à l'acquisition d'un bien immobilier ont chuté, d'après les chiffres du BIPE, de 35% au premier trimestre 2009 par rapport à la même période en 2008, les ménages reportant à plus tard les transactions pour profiter d'un éventuel recul des prix de l'immobilier.
"La baisse de la demande résulte logiquement d'un attentisme plus grand des ménages qui ont été habitués au début des années 2000, et pendant plusieurs années d'ailleurs, à des hausses de prix sur le marché immobilier de plus de 10% par an", a expliqué Elisabeth Waelbroeck-Rocha.
"Cet attentisme provoque un certain report des achats immobiliers des ménages", a-t-elle ajouté.
Le crédit à la consommation est lui aussi en net repli, à -8,7% au 1er trimestre 2009 en glissement annuel.
Dans une autre étude publiée mardi, l'association française des sociétés financières (ASF) a de son côté fait état d'un plongeon de 21,1% au mois de mai du crédit à la consommation en France, un huitième mois consécutif de baisse.
OBJECTIF GOUVERNEMENTAL DE 3% À 4% DE HAUSSE MENACÉ EN 2009
Du côté des entreprises, le BIPE note que la production de crédit s'est contractée, en glissement annuel, de 13,6% à fin mars 2009 en raison d'une diminution tant des investissements que des opérations de fusions et d'acquisitions.
En 2008, la croissance des crédits aux entreprises avait déjà été divisée par deux, tombant à +7% fin 2008 contre +15% fin 2007.
Avec une croissance du crédit de seulement 1,3% cette année, l'objectif d'une hausse de 3% à 4% à des encours de crédit demandé par le gouvernement français en échange de son aide au secteur bancaire sera loin d'être atteint.
Constatant une baisse de la demande de prêts, principalement dans l'immobilier, Georges Pauget, le président de la FBF, a lui-même prévenu que cet objectif risque de ne pas être atteint.
"La partie va se jouer sur l'immobilier, puisqu'il compte pour moitié dans le portefeuille de crédit des banques", a déclaré le patron de la FBF dans une interview mardi aux Echos. "Si ce marché ne repart pas en octobre, nous ne pourrons pas atteindre les 3%".
Pour le BIPE, l'encours du crédit à l'habitat aux particuliers n'augmentera cette année que de 0,5% pour atteindre 703,7 milliards d'euros en France, mais il devrait progresser de 2,3% en 2010.
Ecartant toutefois tout scénario de "credit crunch", c'est-à-dire de pénurie du crédit, le BIPE estime que le ralentissement du crédit en France est "moins brutal" et "moins prononcé" que dans certains pays comme la Grande-Bretagne et les Etats-Unis.
"Entre début 2007 et fin 2008, la croissance du crédit habitat, en glissement annuel, passe de 9% à -0,4% aux Etats-Unis, de 11% à 3% au Royaume-Uni, et seulement de 14% à 7% en France", écrit par exemple le BIPE.
L'endettement des ménages français est aussi, selon la société d'études économiques, "plus raisonnable" avec un taux d'endettement de 72% du revenu disponible brut en France contre 89% en Allemagne, 130% aux Etats-Unis et de 170% au Royaume-Uni.
Edité par Marc Angrand