La consommation des ménages français en produits manufacturés a baissé en mai, à l'exception des ventes de voitures, seul segment en hausse, témoignant de la morosité du climat économique avant les soldes d'été qui démarrent mercredi.
Les dépenses des ménages en produits manufacturés, qui représentent environ le quart de leur consommation totale, ont diminué de 0,2% le mois dernier après une hausse de 0,5% en avril, elle-même révisée en baisse par rapport à une estimation initiale de +0,7%, selon des données publiées mardi par l'Insee.
Vingt-et-un économistes interrogés par Reuters s'attendaient en moyenne à une augmentation de 0,2% en mai.
Même si les dépenses en produits manufacturés ne constituent pas un indicateur très fiable de la consommation des biens et services dans son ensemble, les données de l'Insee suggèrent une faible hausse de la consommation privée au deuxième trimestre, après celle de 0,2% au premier trimestre.
Seules les ventes de voitures ont augmenté en mai, de 2,4% après une progression de 3,7% en avril, une hausse due à la "prime à la casse" gouvernementale, mais l'Insee souligne que cette estimation est fragilisée par l'entrée en vigueur d'un nouveau système d'immatriculation.
Les dépenses pour l'équipement du logement (électronique grand public, électroménager, meubles) ont baissé de 0,8%, pénalisées par un effet de substitution - les consommateurs ont plutôt acheté des voitures - et par la faiblesse du marché immobilier.
Celles de textile-cuir ont baissé de 1,4%, reflétant un comportement attentiste avant les soldes d'été.
Sur un an, la consommation en produits manufacturés s'affiche en baisse de 1,6% avec des reculs de 1,4% pour l'équipement du logement et de 4,8% pour l'habillement, alors que les achats d'automobiles ont progressé de 1,5%.
RALENTISSEMENT EN VUE
"Les achats de voitures bénéficient de la prime à la casse et le reste dégringole, c'est presque devenu habituel entre deux périodes de soldes", observe Olivier Gasnier, économiste chez Société générale, qui prévoyait pour sa part un recul de 0,6%.
"Et cela se confirme sur les variations annuelles, on est sur une tendance lourde où il n'y a plus que la voiture qui soutient la consommation," ajoute-t-il.
Or, les mesures d'incitation à l'achat de voitures entrées en vigueur en décembre sont par nature temporaires, et les perspectives pour les prochains mois seront encore assombries par la montée du chômage et la fin de la désinflation.
"On est en plein dans la phase d'accélération de la montée du chômage et on sait très bien que cela ne va pas s'arrêter de suite," souligne Bruno Cavalier, chez Oddo. "C'est évidemment un facteur qui vient tempérer l'appétit ou tout simplement la capacité de dépense."
L'Insee, dans sa note de conjoncture publiée le 19 juin, prévoit un taux de chômage à 10,1% en France métropolitaine à la fin 2009, en hausse de 2,5 points en un an et à son plus haut depuis dix ans (plus de détails ).
Les chiffres des demandeurs d'emplois de mai seront publiés jeudi et le lendemain sortira l'enquête de conjoncture de l'Insee auprès des ménages qui devrait confirmer que le chômage reste leur principale préoccupation.
L'inflation devrait parallèlement revenir en territoire positif au deuxième semestre après être passée sous zéro en mai pour la première fois depuis 1957, ce qui pèsera aussi sur le pouvoir d'achat des ménages.
L'Insee, dans sa note de conjoncture, anticipe des hausses de seulement 0,1% de la consommation des ménages aux troisième et quatrième trimestres.
"Avec des ventes stables en juin, on aurait une progression totale de 0,2% au deuxième trimestre, comme au premier," calcule Dominique Barbet chez BNP Paribas.
Il n'exclut cependant pas une hausse en juin grâce au début des soldes et au versement, au début du mois, d'une prime de 150 euros aux ménages modestes, comme annoncé par le président Nicolas Sarkozy lors du sommet social de février.
Véronique Tison, édité par Yves Clarisse