UN AN APRES ...Le 15 septembre 2008, la planète finance implosait après le dépôt de bilan de
Lehman Brothers, quatrième
banque d'investissement de
Wall Street à l'issue de l'explosion finale de la crise des subprimes que la banque avait titrisé à grande échelle comme ses consoeurs d'ailleurs mais à l'inverse d'autres sauvées par le
Trésor ou la
Fed car "
too big, to fail", au nom de l'aléa moral cette fois, les autorités avaient décidé de "
faire un exemple" tout en sauvant
Merrill Lynch. Décision funeste aux effets désastreux : destruction de valeur, disparition d'institutions, bouleversement du système bancaire, 500 Mds de dollars de transactions impossible à dénouer, effondrement de la confiance, gel des transactions, paralysie du crédit. Dans la foulée
AIG est néanmoins sauvée par la
Fed pour 85 Mds de dollars au motif que c'était un acteur vital pour le système financier. Las, le mal était fait les banques centrales en concertation interviennent, les ventes à découvert sont interdites à
Londres et à
Wall Street pour enrayer la baisse qui à l'issue de ce funeste week end atteint -4,7% au
SP500, -3,8% au
CAC40 pour culminer respectivement à -32% et -29% le 27 octobre. Entre-temps,
Henry Paulson aura concocté un plan de 700 Mds de dollars pour racheter aux banques leurs actifs "toxiques", la
Fed aura accordé aux survivantes
Goldman Sachs et
Morgan Stanley le statut de banques de dépôts refusé à
Lehman Brothers pour leur permettre d'accéder aux aides publiques,
Washington Mutual, la plus grosse caisse d'épargne américaine, aura fait faillite,
Fortis sera provisoirement "sauvé" au prix de 11,2 Mds d'euros par la
Belgique, la Hollande et le Luxembourg, la
Banque d'Angleterre aura alloué 100 Mds de sterlings aux banques avides de liquidités, le
Royaume-Uni aura nationalisé
Bradford&Bingley,
Paris, Bruxelles et Luxembourg auront apporté 6,4 Mds d'euros à
Dexia, l
'Allemagne aura sauvé in extremis
Hypo Real Estate,
Gordon Brown aura lancé un plan de soutien aux banques immédiatement imité, le gouvernement français créant lui une structure destinée à gérer ses participations dans les banques ... mais traduction de la méfiance réciproque des banques entre elles, le taux
euribor interbancaire atteindra un sommet de 5,39% illustrant le gel de ce marché relayé par les inondations monétaires de la
BCE. Le
G7 prendra des mesures pour rassurer les déposants et tenter de débloquer le crédit tandis qu'un sommet de la zone euro adoptera une approche enfin coordonnée avec des mesures de soutien au système bancaire qui se multiplieront, la
BCE assouplira ses règles de refinancement, la
France injectera 10,5 Mds de capital dans 6 grandes banques, le
FMI accordera des prêts d'urgence quasiment tous azimuths et les plans de relance fleuriront du
Japon aux
Etats-Unis en passant par la
Chine, la
Corée, l'
Europe en désordre et se préparera un inédit
G20 représentant 85% du
Pib mondial pour le 15 novembre.A la fin de cette terrible année 2008 le
Dow Jones aura perdu -33,8% et le
CAC40 -42,6%! En outre, à la crise financière s'ajoutera la récession qui certes était attendue à l'issue du choc des matières premières, catalyseur de la crise économique en même temps que l'effondrement de l'
immobilier américain, mais que la déroute financière allait aggraver.
... LE TRAIN DE LA REPRISE ...Aujourd'hui, changement de climat, les espoirs de sortie de crise tendent à se concrétiser et les marchés boursiers retrouvent les niveaux atteints à la mi-octobre 2008 après la déroute initiée par la faillite de
Lehman Brothers. A l'issue de 6 séances de hausse accompagnée cette fois-ci d'une augmentation des volumes de transactions ( à 3,7 Mds par jour) le
CAC40 termine la semaine à 3734,89 points en hausse hebdomadaire de +3,78%, de +16% sur l'année ce qui limite le recul sur douze mois à -12,1% tandis que sur cinq ans l'équilibre est recouvré (+0,25%).Plus mitigé en fin de semaine avec un marché atone, le bilan est cependant positif de +1,69% pour le
SP500 qui gagne +15,4% sur l'année perdant toutefois encore -16,7% sur douze mois et encore -7,4% sur cinq ans.L'indice
MSCI Monde quant à lui aura engrangé +63% depuis mars 2009. Le train de la reprise des marchés s'accélère alimenté par des nouvelles économiques positives telles qu'une nouvelle progression des indicateurs avancés de l'
OCDE qui bien que n'ayant pas retrouvé leur niveau de juillet 2008 satisfont les investisseurs d'autant que l'
Europe renoue avec une croisance graduelle de sa production industrielle, que la
Chine confirme son embellie et ses objectifs de reprise à +8%, malgré un repli de ses exportations, avec un indicateur
PMI au plus haut depuis août 2007. Aux
Etats-Unis les données publiées furent plus mitigées voire contradictoires : un recul poursuivi des crédits à la
consommation (-4,2% en un an) voisine avec un rebond de l'indicateur de confiance du Michigan et une hausse des importations qui pourrait recouvrir un renforcement de la demande intérieure d'autant que les stocks des grossistes ont poursuivi leur repli.
... LE DEBAT ... Pour l'heure les marchés demeurent insensibles au débat qui intervient sur l'évolution de la reprise actuelle et les stratégies à mettre en place. Or ce débat illustre l'absence de consensus et on y voit par exemple un important conseiller économique de l'Administration américaine,
Larry Summers demander de ne pas couper trop tôt le soutien public aux banques sous peine de renouveler l'expérience japonaise des années '90 qui risquerait de provoquer un gel des crédits tandis que
Timothy Geithner préconise, lui, un allègement du soutien aux banques pour "
passer à l'étape de la réparation de l'économie" . De son côté,
Dominique Strauss-Kahn rappelle que nous sommes toujours dans la crise car même si l'économie reprend subsiste une crise sociale tandis que la réforme de la régulation est trop lente et que l'on tarde à intégrer les pays émergents à la gouvernance mondiale. Il appelle aussi à la recherche de sources nouvelles de croissance car avec la défaillance probable du consommateur américain la reprise de l'activité ne pourra être que modérée. Face à tout cela, les banques centrales demeurent sereines et prudentes, elles observent l'évolution de la situation sans changer leurs dispositifs notamment en matière de taux.
... DILEMME ... Les liquidités en peine d'investissements demeurent très abondantes et dans un environnement de taux bas les choix se limitent aux opportunités des marchés financiers où réapparaissent des opérations de fusions-acquisitions (cf.
Kraft sur
Cadbury,
Vivendi sur le brésilien
GVT, les discussions entre le Japonais
Suntory et
Orangina ...) aux côtés de levées significatives d'émissions "
corporate" ( 13,5 Mds d'euros sur la semaine en Europe).Le
dilemme des investisseurs est manifeste, les marchés d'actions progressant de même curieusement que ceux de taux avec des rendements en recul depuis juin. L'emprunt américain à 10 ans se situe à 3,43% pour 4% en juin tandis que son homologue européen est à 3,24%. En dépit d'un déficit public américain de 1370 Mds de dollars en 11 mois, les adjudications du Trésor demeurent sursouscrites et n'entraînent aucune tension sur les taux LT. Il est vrai que la monétisation de la dette publique exige des taux bas ce qui est le cas comme si les marchés de taux anticipaient un scenario de reprise molle sans inflation et donc sans durcissement proche de la politique monétaire. Il y a donc une appétence maintenue y compris du système bancaire qui recycle ainsi ses abondantes liquidités accumulées quasi-gratuitement.Le paradoxe provient d'une analyse plus optimiste des marchés d'actions qui privilégient, eux, les perspectives de rebond des résultats attendus à +24,2% pour le
SP500 en 2010 après -10,5% cette année et à +26,7% à l'
EuroStoxx après -18% en 2009. Cette dichotomie peut-elle être durable ?
... DECROCHAGE ... Le fait de la semaine recouvre le décrochage du
dollar contre toutes les monnaies et particulièrement contre l'
euro à 1,458 soit un recul de -1,7% sur la semaine pour -4,3% sur l'année. Un rapport des
Nations-Unies en faveur d'un nouveau système international de réserves fondé sur un panier de devises a alerté le marché des changes d'autant que le
spread de rémunération est défavorable au billet vert tandis que l'appétit du risque, revenu, détrone le dollar-refuge. En face, l'
or, corrélation inverse, accumule les records de hausse en gagnant +1,1% sur la semaine à 1008,25 dollars l'once, +14,3% sur l'année et +31,4% sur douze mois ou encore +151% sur cinq ans. Certes la "
relique barbare" revient de loin mais cette envolée alors que la demande de joaillerie par exemple est au plus bas depuis ... cinq ans tient à une forte demande des investisseurs depuis le mois d'août avec un encours de
trackers en or physique passé à plus de 50 Mds de dollars.
... UNE SEMAINE RICHE A VENIR . De nombreuses données économiques seront publiées cette semaine aux
Etats-Unis avec les ventes de détail très attendues, les stocks des entreprises clignotant significatif, les prix à la production et de détail, la production industrielle et surtout le taux d'utilisation des capacités de production, la balance des capitaux et son financement, les mises en chantier et les permis de construire gages du futur. A côté de ces statistiques, des indicateurs d'activité tels que les
Fed de
New York et de
Philadelphie et le
NAHB des professionnels de l'immobilier. L'
Europe sera plus chiche avec quelques indices de prix (détail et production), de production industrielle assez attendue et l'indicateur allemand
ZEW.Lundi, premier anniversaire de la déroute,
Barack Obama prononcera un important discours sur les réformes financières et la nécessité de renforcer le système pour éviter la survenance de nouvelles crises semblables. Mardi,
Ben Bernanke délivrera à Washington "ses réflexions sur une année de crise".Quoique salutaire, une consolidation ne semble pas encore à l'ordre du jour !
Patrick Leguil est Directeur de Recherche de Banque Leonardo.Patrick Leguil est Directeur de Recherche de VP Finance.