Les cours du caoutchouc ont retrouvé un niveau satisfaisant au second semestre, soutenus par la baisse de la production et les signes de reprise du marché automobile, déclare le directeur général adjoint de la Société internationale de plantation d'hévéas (SIPH).
Cette filiale du groupe franco-ivoirien SIFCA, détenue à 20% par le manufacturier français de pneumatiques Michelin, table toutefois sur un chiffre d'affaires 2009 en baisse par rapport à l'année précédente.
Le chiffre d'affaires 2009 devrait être "forcément moins élevé" qu'en 2008, a dit Olivier de Saint-Seine lors d'une interview à Reuters. "C'est difficile d'être au-dessus de l'année dernière, on est obligés d'être en dessous", a-t-il souligné. La SIPH avait publié un CA 2008 de 269,2 millions d'euros.
L'activité du groupe a pâti au premier semestre des niveaux atteints par les cours du caoutchouc naturel, qui sont retombés en décembre 2008 à leur plus bas niveau depuis trois ans.
Entre leurs sommets de juillet 2008 et la fin novembre de la même année, les cours ont chuté de 52%.
"On avait vu une année 2009 qui pouvait être catastrophique (pour le groupe, ndlr), et finalement on a eu des cours qui se sont mieux tenus et qui atteignent aujourd'hui des niveaux qui sont bons", a souligné le DG adjoint de la SIPH.
Ce rebond s'explique essentiellement par une production plus faible que prévu qui a joué favorablement sur les prix ainsi que par l'impact des aides publiques à l'automobile, notamment en Chine, premier consommateur mondial de caoutchouc. (Pour en savoir plus: )
"L'augmentation de la production automobile est toujours un bon signe, même si ce qui est important en consommation de caoutchouc naturel c'est surtout le pneu poids lourds, génie civil et aviation", note-t-il. Le secteur automobile représente 70% des débouchés du secteur.
La production de caoutchouc a pâti d'un hivernage -- saison de production réduite -- plus long que d'habitude, ainsi que de conditions climatiques défavorables en Thaïlande et en Indonésie, les deux premiers producteurs mondiaux qui extraient à eux deux plus de la moitié du caoutchouc naturel du globe.
Selon le Groupe international d'études sur le caoutchouc (IRSG), la production mondiale avait décru de 3,7% sur un an à fin juin.
INCERTITUDE SUR L'ÉVOLUTION DES COURS
Mais, Olivier de Saint-Seine note que l'incertitude demeure sur la poursuite du rebond des cours, qui évoluaient mardi à 223 yens le kg (1,65 euro) en livraison octobre sur le marché futures de Tokyo.
"On ne voit pas une reprise telle que ça puisse vraiment 'booster' les prix. Ceci dit, personne dans la profession n'envisageait de voir remonter les cours au-dessus de deux dollars (1,35 euro, ndlr)", a-t-il déclaré, précisant que le seuil de rentabilité de la SIPH se situe entre 0,90 et un euro le kg.
Disposant de plantations d'hévéas dans quatre pays, Côte d'Ivoire, Nigeria, Ghana et Liberia, la SIPH produit 120.000 tonnes de caoutchouc chaque année, soit près d'un tiers de la production du continent africain (400.000 tonnes). Michelin, partenaire de la SIPH depuis 2002 et actionnaire depuis 2006, représente à lui seul 40% des ventes du producteur.
Mais les géants du caoutchouc se trouvent plutôt en Asie du Sud-Est, avec notamment dans un marché où les prix se décident à Tokyo ou à Singapour.
La SIPH, fondée en 1905 sous le nom de "Société indochinoise de plantations" a dû quitter les actuels Vietnam et Cambodge après la décolonisation pour se recentrer sur l'Afrique.
Interrogé sur d'éventuelles acquisitions en Asie, Olivier de Saint-Seine a souligné que son groupe, quoique très peu endetté, souhaitait d'abord se concentrer sur sa croissance organique et le développement de ses installations africaines.
"Si on a(vait) une bonne opportunité en Extrême-Orient, je ne dis pas qu'on ne la regarderait pas", a-t-il concédé, rappelant que la SIPH prévoyait de replanter annuellement 1.500 à 2.000 hectares d'hévéas sur ses 49.000 hectares de plantations.
Le groupe doit publier en novembre ses résultats du troisième trimestre, après une baisse de 21,8% de son chiffre d'affaires au premier semestre par rapport aux six premiers mois de 2008, et une chute de 85% de son résultat net part du groupe sur la même période.
A la Bourse de Paris, le titre SIPH a clôturé en baisse de 2,21% à 37,21 euros. Depuis le début de l'année, l'action s'adjuge 160%.
Édité par Jean-Michel Bélot