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vendredi 18 juillet 2008, 22h13
Une nouvelle fuite d'uranium relance la controverse

PARIS (Reuters) - Onze jours après un premier incident à Tricastin, une fuite d'uranium qui durait depuis plusieurs années a été signalée jeudi à l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) par une usine du groupe Areva, à Romans-sur-Isère (Drôme).

Ce nouvel incident a suscité de vives réactions des écologistes et conduit le ministre de l'Ecologie, Jean-Louis Borloo, à annoncer une "remise à plat" des dispositifs d'information et d'analyse.

Pour Anne Souyris, porte-parole des Verts, la France est "la plus grande poubelle nucléaire mondiale" et ces deux incidents "le prouvent une fois de plus."

Areva et le ministre de l'Ecologie ont assuré que cette nouvelle fuite n'avait eu aucune conséquence sur l'environnement et la santé humaine. L'ASN a classé l'incident au niveau 1 de l'échelle internationale de gravité des événements nucléaires, qui en compte sept.

"Ne surdimensionnons pas, il y a 115 petites anomalies par an. (..) On est sur des sujets sans effet sur l'environnement et sans effet sur la santé", a dit Jean-Louis Borloo à la presse.

L'incident fait suite à la découverte le 7 juillet dernier d'une première fuite dans une autre filiale d'Areva près de la centrale nucléaire de Tricastin, entre Drôme et Vaucluse.

Greenpeace estime que "derrière ces incidents à répétition se dessine la faillite de toute une filière dangereuse, coûteuse et inutile".

L'organisation Sortir du nucléaire a réclamé la démission d'Anne Lauvergeon, présidente du directoire d'Areva et des élus locaux ont dénoncé la lenteur de la réaction du groupe, le premier incident étant survenu le 7 juillet.

"Je crois que nous avons sous-estimé l'émotion suscitée par cet événement autour du Tricastin", a reconnu la dirigeante d'Areva, qui s'est rendue vendredi sur le site et a promis des indemnisations aux agriculteurs autour du site.

ÉTUDE SUR LES NAPPES PHRÉATIQUES ET LES DÉCHETS

Néanmoins, Anne Lauvergeon a insisté sur le fait qu'aucun des deux incidents survenus dans les installations de son groupe n'avait eu "d'impact sur la santé des personnels et des riverains."

La "patronne" d'Areva a été accueillie au Tricastin par une dizaine de militants antinucléaires réclamant sa démission.

La nouvelle fuite découverte lors d'une opération d'entretien durait depuis 2006, dit l'exploitant, la société franco-belge FBFC, qui fabrique du combustible nucléaire à partir d'uranium. La date n'est pas confirmée officiellement.

La canalisation qui reliait un atelier de fabrication de combustible à une station de traitement n'était pas conforme à la réglementation, "qui demande une capacité de résistance aux chocs suffisante pour éviter toute rupture, a constaté l'ASN.

L'ASN estime entre 700 et 800 grammes la quantité d'uranium enrichi qui aurait quitté la canalisation pour un caniveau en béton. Areva assure que la fuite est circonscrite au site.

"Le dispositif de surveillance montre que cet incident n'a eu aucun impact sur l'environnement. La tuyauterie défaillante a été fermée par les équipes", explique le groupe dans un communiqué.

Le 7 juillet, une fuite était survenue à l'usine de retraitement Socatri, autre filiale d'Areva, sur le site de la centrale de Tricastin, après le débordement d'une cuve de rétention lors d'une opération de nettoyage.

Après cet incident, des taux anormaux d'uranium ont été relevés dans l'environnement. Incidemment, les écologistes ont aussi attiré l'attention sur un site où sont stockés des déchets d'un ancien site militaire, apparemment sans précaution.

Des mesures restrictives sur l'eau ont été prises à la suite de la fuite de Tricastin dans plusieurs communes.

La Socatri ayant mis plus de huit heures à signaler l'incident à l'ASN, qui à son tour n'a informé les autorités locales que six heures plus tard, l'affaire a suscité la polémique.

L'ASN a saisi la justice sur ce point et Areva a annoncé jeudi le remplacement du directeur général de la Socatri. Mais pour certains écologistes, il s'agit d'un "fusible" et la responsabilité d'Anne Lauvergeon est engagée.

Jean-Louis Borloo a demandé à l'IRSN d'effectuer une étude des nappes phréatiques à proximité de toutes les centrales nucléaires françaises, et y a ajouté le sujet des déchets.

A Bruxelles, Ferran Tarradellas, porte-parole du commissaire européen à l'Energie Andris Piebalgs, n'a pas exclu l'envoi d'inspecteurs sur les sites concernés. Les Etats de l'UE doivent en théorie alerter leurs partenaires en cas de fuite.

Thierry Lévêque, édité par Gérard Bon

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