WASHINGTON (AFP) - La
banque d'affaires américaine Merrill Lynch (NYSE:
MER -
actualité) a enfoncé les pronostics les plus pessimistes en annonçant jeudi une perte nette de 4,89 milliards de dollars au deuxième trimestre, plombée par 9,75 milliards de dépréciations supplémentaires.
Un an plus tôt, la banque new-yorkaise avait dégagé un bénéfice de 2,07 milliards de dollars, là aussi après intérêts minoritaires.
Par action, la perte nette s'établit 4,97 dollars, alors que les analystes ne la voyaient pas dépasser 1,91 dollars.
La banque à l'enseigne du taureau enregistre ainsi son quatrième trimestre consécutif dans le rouge, après 2,2 milliards au 3ème trimestre 2007, 9,8 milliards au 4ème trimestre 2007 et 2,1 milliards au 1er trimestre 2008.
Dans les échanges électroniques suivant la clôture de la Bourse de New York, l'action était fortement sanctionnée, perdant jusqu'à 9%. Depuis mercredi, le marché avait pourtant été rasséréné par les résultats moins mauvais qu'attendu des banques JPMorgan Chase et Wells Fargo.
Le PDG de Merrill John Thain a qualifié ces résultats de "décevants", lors d'une conférence téléphonique. "Nous avons connu un trimestre difficile, particulièrement en juin".
Le groupe a expliqué que ses bonnes performances à l'exploitation avaient été réduites à néant par toute une série de dépréciations: 3,5 milliards sur son portefeuille de produits dérivés adossés à des actifs (ABS CDO), 2,9 milliards du fait de son exposition aux rehausseurs de crédit, 1,7 milliard sur ses investissements dans des banques américaines et 1,3 milliard sur ses investissements dans l'immobilier.
Du fait de l'importance de ces pertes, Merrill Lynch a accusé un produit net bancaire négatif de 2,1 milliards de dollars sur ces trois mois, contre +9,5 milliards un an plus tôt.
Mais les dépréciations et la vente d'une partie des actifs à risques ont conduit à une réduction "significative" de l'exposition de la banque aux produits financiers les plus toxiques de son portefeuille, a assuré la banque.
Et "notre coeur de métier reste très solide", a fait valoir le PDG.
Avec ces résultats, Merrill Lynch confirme qu'elle est bien l'un des établissements dans le monde qui a le plus souffert de la crise du "subprime".
Pour autant, Merrill Lynch a assuré que sa position de liquidité n'était pas menacée, puisque sa trésorerie atteignait le montant "record" de 92 milliards.
"Nous sommes extrêmement liquides", a insisté John Thain, ajoutant que "nous avons plus que remplacé le capital que nous avons perdu".
Merrill Lynch a confirmé jeudi la cession de ses 20% dans l'agence de presse financière Bloomberg, qui doit lui rapporter 4,425 milliards. L'acheteur est Bloomberg Inc., la holding de contrôle du fondateur Michael Bloomberg.
Merrill Lynch a également indiqué avoir signé un accord non contraignant pour céder "une participation de contrôle" dans sa filiale Financial Data Service (FDS) à un acquéreur non nommé. La transaction s'effectuerait sur la base d'une valeur d'entreprise supérieure à 3,5 milliards de dollars.
Quant aux 49% détenus par Merrill dans le fonds d'investissements BlackRock (NYSE: BLK - actualité) , la banque a indiqué avoir "décidé de ne rien vendre de (cette) participation".
Merrill Lynch a par ailleurs indiqué avoir supprimé 4.200 emplois depuis le début de l'année, pour l'essentiel aux Etats-Unis, soit plus que les 4.000 initialement prévus. Ces départs l'ont obligée à passer une provision de 445 millions de dollars avant impôts.
Ces mauvais résultats ont valu à Merrill Lynch d'être dégradée dans la foulée par l'agence de notation Moody's de "A1" à "A2".
"Les options de la direction de vendre des actifs et de lever plus d'argent frais pour compenser les pertes sont désormais réduites au vu de l'environnement difficile qui affecte les marchés", a jugé Moody's.
L'agence concurrente Standard (SNDH.PK - actualité) and Poor's a pour sa part annoncé maintenir les notations de Merrill, mais a souligné que "les provisions publiées sont bien plus lourdes qu'anticipé, ce qui reflète les pressions sérieuses qui continuent d'affecter le marché des produits liés à l'hypothécaire".