MARCHES DEBOUSSOLES ...A l'issue d'une semaine erratique et, aux
Etats-Unis amputée d'une séance, les marchés sont apparus déboussolés, voire déstabilisés. A
Paris, dans des volumes déja estivaux, le
CAC40 a reculé pour la quatrième semaine consécutive, finissant la semaine à 3119,51 points (-0,3%). De ce fait la performance annuelle est à nouveau négative (-3%) et en baisse de -26,9% sur les douze derniers mois. Le marché oscille entre 3100 et 3200 points et les investisseurs s'adonnent à une rotation rapide des thèmes d'investissement, reflet de leur incertitude. Sur une semaine de quatre séances le
SP500 perd -2,45% à l'issue, jeudi, de sa plus forte baisse depuis le 20 avril (-2,9%) et termine en deçà des 900 points à 896,4 points. Le
SP500 repasse aussi en territoire négatif sur l'année (-0,76%) et perd -29% en douze mois.
... AU GRE DES STATISTIQUES ...Toujours dans l'attente d'une concrétisation de l'amélioration économique annoncée par les indicateurs avancés et anticipée par les marchés boursiers, les investisseurs sont déçus par les statistiques publiées. Ils en viennent donc à douter de la survenance de la reprise et de son ampleur. Pourtant les enquêtes et indicateurs poursuivent leur amélioration (cf.
ISM manufacturier aux
Etats-Unis, sentiment économique et
PMI synthétique en
Europe) qui certes ne signifient pas encore la reprise mais seulement le ralentissement de la baisse de l'activité ainsi que nous l'écrivons depuis de nombreuses semaines. Les marchés étaient allés, comme souvent, trop vite en besogne !Aux
Etats-Unis comme en
Europe le chômage est monté à 9,5% et c'est le thème de l'
emploi qui a terni l'ambiance. C'est surtout aux
Etats-Unis que les chiffres de l'emploi confrontés de plus à une dégradation très sensible de l'indice de confiance du
Conference Board, à une nouvelle baisse, quoique ralentie, des prix de l'
immobilier (-18,1%) et des dépenses de construction (-11,6%) ont frappé les esprits. Dorénavant depuis décembre 2007, la crise a détruit 6,5 millions d'emplois soit l'équivalent de tous les emplois créés lors du défunt cycle de croissance antérieur, entraînant une progression du chômage de +92% sur 18 mois. En outre le nombre d'heures travaillées s'est inscrit à son plus bas depuis 1964 et les salaires, stables sur le mois, ont modéré leur progression annuelle à +2,7% vs +3,1% le mois précédent. Il est vrai que de plus en plus d'entreprises "testent" une baisse des salaires plutôt que de licencier et c'est ainsi qu'en plus d'un chômage accru la masse salariale s'est repliée de -0,7%. Cette poussée continue du chômage pèse sur la
consommation (cf. ventes au détail -0,4% en mai en
Europe) qui est une composante majeure de la demande (72% du Pib aux
Etats-Unis) et fait craindre une reprise d'autant plus molle qu'elle risque de se produire sans création d'emplois.Toutefois ne perdons pas de vue qu'aux
Etats-Unis malgré cette très délicate situation, la moyenne mensuelle des destructions d'emplois a reculé au deuxième trimestre à -492 000 contre -691 000 au premier. En outre, les commandes industrielles ont enregistré en mai leur plus forte progression mensuelle depuis juin 2008. C'est dire que malgré tout la situation cesse d'empirer outre-Atlantique alors qu'en Chine la reprise est déja à l'oeuvre.
... INDECISION. La semaine macro-économique qui débute n'est guère intense avec aux
Etats-Unis,l'
ISM services, les crédits à la consommation, l'indicateur de confiance du Michigan et le commerce extérieur et en
Allemagne, les importantes commandes industrielles, les prix de détail, le commerce extérieur et la production industrielle, comme en
France aussi pour ces deux derniers.C'est du côté micro-économique que les observateurs porteront leurs analyses avec aux
Etats-Unis le début de la saison de résultats trimestriels,
Alcoa comme à l'accoutumée ouvrant le bal. Rappelons que depuis peu pour la première fois depuis 2007, le nombre des révisions à la hausse des
Bpa l'emporte sur celui des révisions à la baisse, ce, aux
Etats-Unis où toutefois un recul de -35% est encore attendu en moyenne pour ce trimestre échu. Pour 2009 la baisse escomptée est de -11% (-15% en
Europe) ce qui recouvre une inflexion haussière dès le second semestre. Les prochaines publications et déclarations des entreprises crédibiliseront-elles ces anticipations ? C'est essentiel à la poursuite de la hausse une fois achevée la consolidation en cours, légitime après des hausses de l'ordre de +15% en
Europe comme aux
Etats-Unis, de +20% au
Japon et de +50% dans les pays émergents. L'attentisme pourrait perdurer quelque temps sans que le ressac l'emporte violemment.
Patrick Leguil est Directeur de Recherche de VP Finance.