PARIS (AFP) - Le journaliste d'Auto Plus poursuivi dans le cadre de l'information pour espionnage industriel sur plainte de Renault (Paris:
FR0000131906 -
actualité) a été mis en examen jeudi notamment pour "recel d'abus de confiance" et "révélation du secret de fabrique", à l'issue d'une garde à vue de 48 heures.
Déféré dans la matinée devant un juge du tribunal de Versailles, Bruno Thomas, 45 ans, a été libéré avant midi et placé sous contrôle judiciaire.
Il a été mis en examen pour cinq chefs: "recel d'abus de confiance", "contrefaçon par édition ou reproduction d'écrit de dessin ou toute autre
production au mépris des lois et règlements relatifs à la propriété de son auteur et recel", "contrefaçon par diffusion d'oeuvre de l'esprit au mépris des droits d'auteurs et recel", "acquiescement aux sollicitations de corruption et complicité de ce chef" et "révélation du secret de fabrique et recel".
Il risque un maximum de cinq ans de prison.
L'information judiciaire avait été ouverte à la demande de Renault le 24 août 2007 après le dépôt d'une plainte contre X en juillet 2007 pour "espionnage industriel".
Elle avait été provoquée par la publication dans Auto Plus d'informations et de photos inédites de la prochaine Mégane, modèle de milieu de gamme très important pour le constructeur français, ne devant être commercialisé que trois ans plus tard.
Dans cette affaire, un salarié de Renault, soupçonné d'avoir divulgué les informations confidentielles, a été mis en examen vendredi et placé sous contrôle judiciaire.
Des sources judiciaires, qui n'ont pas révélé les motifs précis de la poursuite du salarié de Renault, ont précisé qu'il travaillait au Technocentre de Guyancourt (Yvelines), qui élabore les nouveaux modèles.
Aucune information n'a pu être obtenue sur ses fonctions chez Renault, qui a toutefois déclaré qu'il avait été "mis en examen à la suite d'une enquête interne".
Selon le directeur de la rédaction d'Auto Plus, Laurent Chiapello, joint par l'AFP, Bruno Thomas était jeudi "très fatigué, à la suite de plusieurs heures d'interrogatoires, y compris la nuit".
"Toute cette affaire nous paraît complètement démesurée, déconnectée de la réalité du métier de journaliste", a-t-il ajouté. "Il n'a fait que son travail, c'est-à-dire trouver des informations inédites pour mieux informer le lecteur".
Interrogé sur Europe 1, il a affirmé que cette mise en examen n'empêchera pas le journal de continuer à publier des informations sur des futurs modèles avant leur commercialisation
"Ca fait partie de notre métier de journal automobile de présenter en avant première de façon exclusive les futurs modèles des constructeurs"., a-t-il déclaré.
Dans un communiqué, le président de l'Association française de la presse automobile, Denis Astagneau, a déclaré: "Qu'on aille fouiller les tiroirs, les disques durs et les poubelles de ce journal et que l'on prive un journaliste de liberté pour lui faire avouer ses sources d'information, cela tient de l'inquisition".
"Il y a plus de 50 ans, la même mésaventure était survenue à l'Auto Journal, auquel la direction de Citroën reprochait de s'être procuré les plans de la DS 19. Cet épisode a davantage profité à la notoriété du journal qu'aux dirigeants automobiles et à la justice", a-t-il souligné, observant: "On croyait ces moeurs judiciaires révolues".
Mardi toute la journée, la rédaction d'Auto Plus à Paris a été l'objet d'une perquisition dans le cadre de ce dossier, avec saisie de photos et copies de disques durs d'ordinateurs.
La ministre de la Culture, Christine Albanel, s'est dite mercredi "mal à l'aise" face à la garde à vue d'un journaliste. Elle a estimé "urgent" que le projet de loi sur la protection des sources soit discuté au Sénat.
Interrogé par l'AFP, un syndicaliste de Renault, qui demande à rester anonyme, a dit: "On savait que Renault avait porté plainte et qu'ils voulaient absolument savoir qui était le salarié qui avait fait ça".