Selon l'Agence allemande à l'environnement, l'alimentation et la
consommation représentent près de 40% des émissions produites individuellement en Allemagne. C'est pourquoi la chaire de Marketing de l'Université Johannes Gutenberg de Mayence a menée une enquête auprès d'un échantillon de 1000 consommateurs. Cette enquête montre que plus des trois quarts des consommateurs souhaitent pouvoir acheter des produits neutres en carbone, particulièrement dans les domaines de l'
automobile, des transports et de l'énergie. Or, seul un cinquième des consommateurs ont pu acheté des produits neutres en CO2 en raison d'une offre industrielle insuffisante – et ce, alors que 55% des consommateurs se disent prêts à payer un prix plus élevé pour ce type de produits et de services si l'offre s'avérait satisfaisante. Stefanie Regier de l'entreprise 2hm & Associates GmbH, coauteur de l'étude, souligne tout l'avantage économique et financier pour les entreprises s'engageant de manière explicite pour la réduction des émissions de CO2. Or, «
les entreprises jusqu'ici n'ont pas utilisé les opportunités de développement de produits et de services économes en CO2, » relève l'auteur de l'enquête. «
Il convient donc de rattraper ce retard le plus rapidement possible afin de satisfaire les exigences des consommateurs ». Mais un tel pas signifie pour les entreprises de développer une stratégie durable intégrant les aspects écologiques dans leurs recherches de bénéfices. Les entreprises se positionneraient ainsi sur le marché comme des
marques crédibles et solides.
Parmi les industriels communiquant actuellement sur leur engagement carbone, la marque de bière Krombacher bénéficie de la plus grande crédibilité. Près de 60% des sondés estiment que l'engagement du brasseur allemand pour la réduction du CO2 est crédible, contre respectivement 43% pour le constructeur automobile Audi, 35% pour la Deutsche Post et 14% pour le quotidien populaire Bild. Reconnaître la neutralité carbone comme opportunité commerciale Afin de mettre en valeur, en Allemagne, les opportunités commerciales liées à l'engagement et à la communication carbone, un projet pilote vient d'être lancé, impliquant six entreprises allemandes, projet encadré notamment par l'Institut sur la recherche climatique de Postdam (PIK), l'Öko-Institut de Freiburg et la WWF.
L'inspiration du projet vient de l'initiative britannique, le Product Carbon Footprints (PCF), et vise à terme une harmonisation internationale des méthodes d'acquisition de données climatiques. Car, en l'absence d'uniformisation de données, « on court le risque, pour nous, consommateurs, de nous égarer au lieu de nous procurer la certitude d'acheter des produits neutres en carbone », relève Christian Hochfeld, de l'Öko-Institut de Freiburg. Dans un premier temps, les entreprises participant au projet laissent mesurer le taux d'émissions nécessaires à la production, l'utilisation et le traitement des déchets engendrés par leurs produits. Dans un deuxième temps, prenant appui sur la base des données relevées, le potentiel de réduction des émissions dans toute la chaîne de production est calculée, ainsi qu'une meilleure rentabilité dans l'utilisation des matières premières. Parallèlement au potentiel financier engendré par une économie en énergie et en matière première, il s'agit également pour les entreprises de discerner l'avantage compétitif des produits affichant un bilan carbone le plus neutre possible, dans un contexte où le nouveau marché ouvert par ces produits est qualifié par les participants de prometteur. Pessimisme En Grande-Bretagne, ce sont 15 entreprises qui participent au programme PCF, les consommateurs bénéficiant en outre d'un label pouvant orienter leurs achats. Selon l'Öko-Institut, le projet est en discussion en Autriche et en Suisse. En France, le secteur de la grande distributrion s'est engagé à étiquetter 90 000 produits de consommation courante pour 2010. Le groupe Casino vient de lancer préalablement son "indice carbone" pour une dizaine de produits (voir article lié). Enfin, le britannique Tesco promet d'étiqueter les 70 000 produits de ses supermarchés. En Allemagne, les échos demeurent pour le moins circonspects. Une grande incertitude règne sur l'éventuelle introduction d'un label climat sur les produits de grande consommation. « Par rapport à l'état actuel du marché « Carbon Label », nous voyons encore de grandes améliorations à faire en matière de la valeur informative, de la relève des données ainsi qu'en matière de transparence et d'efficacité », note Norbert Fedtke du lessivier Henkel. Même son de cloche chez le torréfacteur Tchibo: « Il est nécessaire de d'abord vérifier à quel point un tel label aiderait effectivement à informer nos clients sur la valeur écologique et durable de nos chaînes de production ».