NEW YORK (AFP) - Après la faillite de la
banque californienne Indymac,
Wall Street s'attend à de nouvelles défaillances de banques et plusieurs victimes désignées semblent installées dans une dangereuse spirale, avec effondrement de leur cours boursier et fuite de leurs clients.
"Le pire est à venir dans le secteur financier. Le conseil que j'ai à donner à un investisseur est de se tenir loin des valeurs bancaires", déclare à l'AFP Stuart Plesser, analyste à l'agence de notation Standard & Poor's.
Les titres des
banques américaines ont subi ces dernières semaines une déroute, qu'est venue accélérer la mise sous tutelle de l'état d'Indymac vendredi soir. Avec ses 32 milliards de dollars d'actifs, cette banque est la plus grosse à faire faillite aux Etats-unis depuis 24 ans.
Un an après le début de la crise du "subprime", la suspicion est désormais générale sur le secteur. Les investisseurs se demandent: "à qui le tour?"
Dans le sillage d'Indymac, entre 100 et 150 banques pourraient mettre la clé sous la porte dans les 12 et 18 mois à venir, selon les estimations.
Selon Research Associates of America, un groupe de réflexion financé par les syndicats, dix banques américaines croûlent sous un montant de mauvaises créances supérieur à leurs réserves financières. La première de la liste, ANB Financial, une banque de l'Arkansas, a d'ores et déjà fait faillite.
Si les gros établissements comme Citigroup (ASFZ.PK - actualité) et Merrill Lynch (NYSE: MER - actualité) ne sont pas les premiers concernés, les banques commerciales de petite ou moyenne taille sont plus menacées. Parmi les noms cités: Marshall & Ilsley, Sun Trust Bank, First Horizon National (NYSE: FHN - actualité) , BankUnited Financial (NASDAQ: BKUNA - actualité) , National City... et même des banques à réseau national comme Washington Mutual (NYSE: WM - actualité) et Wachovia (AWO - actualité) .
Washington Mutual, qui a encore perdu lundi 34% de sa valeur (et 93% sur l'année), a dû assurer qu'elle était "bien capitalisée" et en mesure de faire face à ses engagements après une récente augmentation de capital. National City, une banque de Cleveland, a perdu pour sa part 18% sur la journée.
A l'origine du problème: l'effondrement de l'immobilier aux Etats-Unis. Très actives sur le marché hypothécaire, les banques régionales sont confrontées à une multiplication des défauts de paiements des promoteurs. S'y ajoutent les impayés des particuliers, sur leurs prêts étudiants ou automobiles.
Les autorités sont bien intervenues d'urgence dimanche pour soutenir les organismes du refinancement hypothécaire Freddie Mac (NYSE: FRE - actualité) et Fannie Mae (NYSE: FNM - actualité) , mais ceux-ci étaient jugés trop centraux dans l'économie du pays pour faire faillite. Ce ne sera pas le cas des banques régionales, si grosses soient-elles.
"Les clients et investisseurs de ces banques doivent se poser la question de savoir si celles-ci sont vraiment en bonne santé et s'inquiéter de leur épargne", explique Christopher Thornberg de Beacon Economics.
Depuis 2007, seules six institutions bancaires ont été mises sous tutelle des pouvoirs publics, selon les chiffres de l'institution fédérale garantissant les dépôts bancaires, la FDIC, sur son site internet.
"La majorité des banques sont hors de danger et solides", a affirmé lundi la présidente de la FDIC Sheila Bair, interrogée sur la chaîne CNBC. Mais les analystes font remarquer que Indymac ne faisait pas partie de la liste gouvernementale des 90 banques en difficulté au 31 mars 2008.
Si on est encore loin de la débâcle des années 80 et 90, qui avait contraint les autorités américaines à renflouer plus de 1.000 institutions financières, pour un coût de 125 milliards de dollars pour le contribuable, le système financier américain semble déjà fortement ébranlé.
Le secteur bancaire a essuyé des pertes de plus de 300 milliards de dollars depuis le début de la crise du "subprime". Et des dépréciations d'actifs supplémentaires sont annoncées à l'occasion de la publication des résultats du deuxième trimestre, qui commencent cette semaine.