Les prix à la
consommation français sont entrés en territoire négatif en mai, a indiqué ce matin l'INSEE, en faisant état d'une contraction de -0,3% sur un an. Il faut remonter à 1957 pour retrouver une baisse annuelle des prix, précise l'institut statistique, qui a précisé que l'indice avait progressé de 0,2% entre avril et mai. En données harmonisées avec nos partenaires européens, les prix se sont accrus de 0,1% en mai par rapport à avril, mais sont également en retrait de -0,3% sur un an. L'indicateur d'inflation sous-jacente, qui mesure l'évolution des prix sans les tarifs réglementés et les produits à prix volatils (énergie, certains aliments), progresse de 0,1% sur le mois et de 1,6% sur un an. L'indice corrigé des variations saisonnières baisse de 0,1 %. L'IPCH (indice harmonisé avec le reste de l'Europe) progresse de 0,1 % (-0,3% sur un an).
"La légère hausse mensuelle de l'IPC (I12.SI - actualité) traduit le renchérissement saisonnier des autres services et des produits frais, ainsi que celui des produits pétroliers. Les fins de promotions sont à l'origine de l'augmentation des prix des autres produits manufacturés ; les services de santé et de communications enregistrent des hausses tarifaires. De manière saisonnière, les tarifs du chauffage urbain diminuent. Les prix de l'alimentation hors produits frais et de l'habillement - chaussures sont stables", explique l'INSEE.
Christine Lagarde, la Ministre de l'Economie, a rappelé dans un communiqué diffusé par Bercy que le repli de l'inflation au cours des derniers mois reflète surtout l'influence de la chute du prix du pétrole depuis l'été 2008. Même s'ils ont recommencé à croître, les prix de l'énergie restent significativement inférieurs à ceux de l'année précédente. Ainsi les produits pétroliers, malgré une progression de 0,4% entre avril et mai, restent inférieurs de -26,5% à ceux de mai 2008. La Ministre ajoute que le passage en négatif de l'inflation en mai "constitue certes une nouveauté économique", mais qu'elle "devrait rester temporaire" et "ne traduit nullement une entrée en déflation de notre économie". Cela est démontré par l'indice d'inflation sous-jacente qui se maintient à +1,6%, comme en avril et en mars. La déflation, une baisse durable des prix, est redoutée par les économistes notamment parce qu'elle neutralise les effets des politiques monétaires des banques centrales. La période de déflation la plus célèbre est celle qui a suivi la crise de 1929 aux Etats-Unis, durant la "Grande Dépression". Christine Lagarde en a profité pour rappeler que le repli temporaire des prix agit comme un facteur de soutien à la consommation dans le contexte difficile de la remontée du chômage.
Pour Tullia Bucco, économiste chez Unicredit (Milan: UCG.MI - actualité) , la baisse des prix repose avant tout sur une base favorable, essentiellement sur les produits alimentaires et l'énergie. La résistance de l'indicateur sous-jacent repose de son côté sur une hausse du prix des télécommunications inattendue (+1,7% entre avril et mai). "Nous pensons que l'inflation française restera en territoire négatif pour deux mois supplémentaires, le rythme du retrait dépendant de l'évolution des cours pétroliers à venir", commente-t-elle, anticipant une nouvelle contraction à -0,4% en juillet. La France n'est pas le seul pays à connaître une telle situation. L'Espagne et l'Irlande sont également concernées, alors que l'Allemagne a fait état de prix stables le mois dernier. Dans la Zone Euro, l'inflation est également attendue à zéro en mai, selon la majorité des économistes.