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Faire du profit est essentiel pour la bonne continuation de l'entreprise, mais ce n'est pas le but en soi. En tout cas, pas pour Alnatura », déclare Götz Rehn dans un colloque tenu à Francfort sur la
consommation responsable. «
Il s'agit pour nous de donner un sens au profit que génèrent nos activités ». Götz Rehn, qui se fait le porte-parole d'une économie au service des individus, a développé son entreprise en soutenant l'expansion de l'agriculture biologique via un « fond de transition ». Une partie des bénéfices générés par la vente des produits Alnatura est redistribuée vers ce fond, destiné à conseiller et accompagner les agriculteurs voulant passer de l'agriculture conventionnelle à l'agriculture biologique. Ces agriculteurs pourront ensuite vendre leurs produits bios à Alnatura, qui les distribue dans ses rayons. Les bénéfices iront ensuite alimenter le fond, et ainsi de suite…. La méthode s'avère fructueuse puisque l'entreprise ne cesse de grandir depuis 25 ans. Ainsi, pour l'exercice 2007/2008, son chiffre d'affaires a bondi de 24% pour atteindre les 304 millions d'euros. Alnatura emploie plus de 1200 salariés et 106 stagiaires. Descendant d'une lignée prestigieuse de médecins, Götz Rehn a été formé dans une école Waldorf (pédagogie axée sur la création et la liberté des individus), dont on retrouve certains éléments dans l'organisation de l'entreprise. En particulier la place faite aux activités artistiques et à la formation. Des séances de créations artistiques ou théâtrales ainsi que des conférences sont proposées aux salariés - qui ne sont pas tenus d'y assister. «
On peut s'imaginer l'entreprise Alnatura comme une mini-université », sourit Götz Rehn. «
Parce que nous ne sommes pas que des consommateurs, mais des créateurs avant tout. Et il s'agit de nourrir notre esprit créatif ».
Le bio ne connaît pas la criseLa crise semble épargner Alnatura, tout comme le secteur de l'alimentation bio en général. «
La crise a surtout provoqué une chose : elle éloigne l'acheteur occasionnel de produits bios et renforce le consommateur soucieux d'éthique et d'équité dans sa politique d'achat », relève-t-on au siège de la Fédération de l'
industrie alimentaire biologique (BÖLW) à Berlin.
« Ces consommateurs procurent ainsi une base stable au marché du bio allemand ». Le secteur a effectivement connu une hausse de 10% en 2008 pour atteindre un chiffre d'affaires de 5,8 milliards d'euros. Au total, le marché du bio allemand occupe une part de marché de 3,5% dans l'alimentation, contre 1,7% en France. Selon la BÖLW, ce sont les chaînes de supermarchés bios qui contribuent à l'essor du secteur en Allemagne, un essor pourtant freiné par le nombre toujours insuffisant d'exploitations agricoles biologiques. Et ce, alors que l'Allemagne est le troisième pays européen en terme de surface agricole biologique, derrière l'Italie et l'Espagne. 57% des légumes bios vendus en Allemagne proviennent de la production nationale. L'essor de ce marché a également conduit les discounters comme Aldi et Lidl proposant à leurs tours leurs propres gammes de produits écologiques. L'offre reste limitée -entre 50 et 60 produits -, une goutte d'eau comparée aux 6000 références vendues chez Alnatura. Il n'empêche, l'arrivée des discounters sur le marché a permis la démocratisation d'un secteur encore synonyme de luxe. De fait, les prix du bio ont sensiblement baissé. Si les discounters offrent les prix les plus bas, les chiffres du BÖLW montrent que ceux des chaînes de produits bios sont similaires aux prix des supermarchés traditionnels.