Exactement un an après avoir dévoilé un plan de relance massif de 4.000 milliards de yuans (392 milliards d'euros), la Chine se targue aujourd'hui du succès de sa politique offensive face à la crise financière.
L'objectif d'une croissance de 8% en 2009, que certains économistes avaient jugé farfelu, est en passe d'être atteint. Et, la plupart des analystes s'accordent à dire que la croissance devrait être encore plus élevée, voire nettement plus élevée, en 2010, et la Chine devrait supplanter cette année-là le Japon au rang de deuxième puissance économique mondiale.
La Chine contribue davantage à la croissance mondiale que les Etats-Unis, la zone euro ou le Japon et le bond de ses importations a permis de limiter le recul du commerce mondial.
"Il y a un mouvement inexorable vers l'est-asiatique et en particulier vers la Chine", commente Vikram Nehry, chef économiste de la Banque mondiale pour cette région. "La Chine devient un élément central de l'économie mondiale".
La Chine, pour résumer, avance de nouveau à pas de géant mais pour combien de temps?
Les déséquilibres au coeur du modèle économique chinois - excès d'investissements, excès d'épargne, consommation trop faible - s'appliquent parfaitement à la maxime de l'économiste américain Herbert Stein: "Quelque chose qui ne peut pas durer éternellement s'arrêtera".
Un exemple illustre cette loi économique: l'excès de crédit aux Etats-Unis qui a déclenché la crise financière mondiale.
Comme ce fut le cas aux Etats-Unis, le principal risque pour la Chine serait de conserver une politique excessivement accommodante trop longtemps.
Pourtant, le ministre des Finances Xie Xuren a réaffirmé ce week-end que la Chine n'avait pas l'intention de changer de cap.
BULLE
"Il y a toujours de nombreux facteurs incertains au coeur de la reprise économique mondiale actuelle, donc tous les pays devraient maintenir une continuité et une stabilité de leur politique macroéconomique", a-t-il dit à l'occasion de la réunion des ministres des Finances du G20 en Ecosse.
Une nouvelle vague d'investissements est d'ores et déjà programmée pour 2010 car le gouvernement n'a pour l'instant mis en oeuvre que la moitié de son plan de relance.
La Chine a d'importants besoins en infrastructures mais les prêts octroyés par les banques ont déjà bondi de 33% au cours de l'année écoulée pour financer ce boom des investissements. Herbert Stein hausserait les sourcils.
"Il est temps de commencer à ralentir le rythme de croissance du crédit", souligne Tarhan Feyzioglu du bureau du Fonds monétaire international à Pékin.
Les banques centrales durcissent en général leur politique monétaire pour empêcher l'inflation, mais ce n'est pas le cas en Chine où les pressions sur les prix restent faibles.
"En Chine, le risque est que l'excès d'investissement et de crédit entraîne un excès de capacité et au final des prêts improductifs ce qui pourrait affaiblir le système financier", explique Tarhan Feyzioglu.
L'autre risque pour la Chine, comme pour le reste de l'Asie, est d'assister à une ruée vers les actifs notamment immobiliers et boursiers sur fond d'offre abondante de crédit.
NUAGES À L'HORIZON 2011?
"Nous considérons qu'il existe un risque élevé que les autorités ne soient pas en mesure de durcir (leur politique) de manière énergique, provoquant une bulle financière, probable selon nous, et amplifiant les conséquences négatives d'ici quelques années", souligne Mingchun Sun, économiste de Nomura.
Ce risque traduit le dilemme auquel sont confrontés les autorités chinoises.
Le gouvernement peut influer sur le marché immobilier en jouant sur la réglementation en matière de crédit mais ses mains sont en grande partie liées en ce qui concerne la politique monétaire. Comme la Chine insiste pour plafonner fermement le cours du yuan, elle est dans les faits alignée sur la politique de taux d'intérêt zéro des Etats-Unis alors que son économie est en bien meilleure posture.
La façon dont Pékin va piloter sa politique de change sera par conséquent l'un des principaux enjeux de l'année prochaine.
"C'est un sujet difficile, mais il faut se demander si la Chine a eu suffisamment de croissance pour laisser sa monnaie trouver son propre niveau face aux autres devises et notamment le dollar", explique Simon Linnett, vice-président de la banque Rothschild & Sons.
Reprenant une opinion largement répandue, Alicia Garcia-Herrero, chef économiste pour les économies émergentes chez BBVA, estime que la Chine devrait laisser le yuan s'apprécier à compter du milieu de l'année prochaine.
L'inflation étant maîtrisée, la banque centrale ne sera pas obligée de durcir sensiblement sa politique monétaire.
"Cela signifie que sa politique sera trop expansionniste", souligne-t-elle. "2010 sera une année de bonnes nouvelles mais on créera des problèmes pour 2011".
Version française Gwénaelle Barzic