PARIS (AP) - Inquiets par la perspective de devoir rogner leurs marges sous la pression accrue des chaînes de supermarchés, représentants du monde agricole et de l'
industrie agroalimentaire sont venus défendre vendredi devant Nicolas Sarkozy une modification de la loi de modernisation de l'économie (LME) destinée à mieux encadrer les négociations entre la grande
distribution et ses fournisseurs. La LME, qui a pour ambition de faire baisser les prix des produits de grande
consommation en renforçant la concurrence, permet notamment aux fournisseurs et à la grande distribution de négocier totalement les prix. Les plus petits fournisseurs de l'agroalimentaire se sont mobilisés pour obtenir des garanties sur ce point, craignant de ne pouvoir résister à une pression accrue de leurs clients de la grande distribution. Alors que les grandes surfaces ont pris l'habitude de faire payer aux fournisseurs des services comme la présence des produits en tête des rayons ou dans les catalogue, les producteurs souhaitent notamment que ces accords soient désormais détaillés sur les factures pour limiter les abus et pouvoir les dénoncer. "Nous demandons que, dans les contrats que nous passons avec les distributeurs, les ristournes (...) soient identifiées pour qu'elles soient vérifiables", a expliqué Jean-René Buisson, président de l'Association nationale des industries
alimentaires (ANIA) à la sortie de l'entretien. Le gouvernement assure que la loi permettra d'identifier clairement les ristournes obtenues par les clients et que les abus seront plus sévèrement sanctionnés. Mais les producteurs veulent obtenir une réécriture de l'article 21 du projet de loi sur la question afin de prévoir un cadre plus rigide et d'éviter que la question ne soit renvoyée à des décrets ultérieurs. Jean-Michel Lemétayer, le président de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), a aussi renouvelé sa proposition de créer un "observatoire des marges" pour assurer la transparence sur la question des prix. "Le consommateur, ce qu'il veut, c'est comprendre le prix du produit qu'il achète", a-t-il estimé. Les producteurs espèrent ainsi démontrer que ce sont les commerçants qui empochent la plus grande part des profits. "La majorité des petites et moyennes entreprises de l'agroalimentaire font entre 0,5% et 1% de
résultat net quand la distribution, sur un chiffre d'affaire énorme, fait 2%", a avancé Jean-Michel Lemétayer. Le président de la République leur a répondu qu'il "était favorable à cette transparence et à l'observatoire des marges", a assuré M. Lemétayer. Pourtant, Nicolas Sarkozy ne semble pas s'être engagé très franchement sur l'évolution du texte de loi que réclament ses interlocuteurs. Après avoir espéré que le gouvernement amenderait son texte, les producteurs s'en remettent désormais à des amendements qui seront présentés la semaine prochaine par les parlementaires, a précisé M. Lemétayer. "On va essayer de faire en sorte qu'un ou deux amendements puissent être entendus sur l'indispensable reconnaissance des contreparties apportées par les distributeurs à leurs fournisseurs et puis aussi, et le président en est d'accord, sur l'observatoire des marges". Le projet de loi de modernisation de l'Economie de Christine Lagarde sera débattu à l'Assemblée à partir du 27 mai. Le gouvernement table sur une adoption définitive au début du mois de juillet. AP lp/cov/mw