PARIS (Reuters) - Les
banques françaises s'apprêtent à publier des résultats trimestriels en nette baisse du fait de nouvelles dépréciations liées à la crise des marchés du crédit et de l'environnement peu favorable pour les activités de banque d'
investissement.
Mais les analystes interrogés par Reuters notent qu'aucune d'entre elles n'a éprouvé le besoin d'avancer la publication de ses comptes pour annoncer des mauvaises nouvelles et anticipent dans l'ensemble une bonne résistance des autres métiers, notamment de la banque de détail en France.
Ils prévoient que seule Natixis sera dans le rouge, la filiale des Banques populaires et des Caisses d'épargne payant ainsi le prix de sa petite taille et du poids relativement important (plus de 40%) de ses activités de banque de financement et d'investissement (BFI).
Et ils font valoir que, à l'inverse de plusieurs de leurs concurrentes étrangères, leur base de fonds propres permettra d'absorber les nouvelles dépréciations attendues.
"Les banques françaises sont suffisamment solides financièrement pour affronter les risques connus aujourd'hui", a écrit ainsi CA Cheuvreux dans une étude récente.
Lehman Brothers pense de même et estime que leurs perspectives sont favorables malgré la crise, les comptes du premier trimestre devant, selon l'intermédiaire, refléter aussi la solidité de leurs réseaux français et l'expansion de leur activité de banque de détail à l'international.
"NOUVELLES FRONTIÈRES"
"Les banques françaises paraissent plus résistantes que leurs concurrentes ayant des activités de banque d'investissement. De plus, l'économie française et les 'nouvelles frontières' des banques françaises en Italie ou dans les pays émergents offrent de meilleures perspectives que celles des banques d'investissement ou des banques britanniques", a souligné Lehman dans une étude.
Comme les trimestres précédents, BNP Paribas devrait s'en tirer mieux que les autres en raison d'une exposition moindre de sa banque d'investissement à l'immobilier américain via les produits structurés (CDO).
Mais elle devra gérer comme ses concurrentes la comparaison avec une base du premier trimestre 2007 particulièrement forte.
De plus, la première banque française par la capitalisation boursière, qui pensait en début d'année faire aussi bien en 2008 qu'en 2007 en termes de revenus pour sa banque de financement et d'investissement (BFI), a reconnu depuis que cet objectif serait difficile à tenir en raison d'un mois de mars très difficile.
La Société générale, ébranlée en début d'année par l'affaire Jérôme Kerviel, qui lui a coûté près de cinq milliards d'euros, a indiqué de son côté que le premier trimestre avait été satisfaisant dans les métiers épargnés par la crise, notamment l'activité clientèle de ses dérivés actions, le métier phare de sa banque d'investissement.
PORTE-FEUILLE DIVERSIFIÉ
Si l'on combine les dépréciations et les provisions spécifiques, la crise du crédit a coûté l'an passé plus de 10 milliards d'euros à l'ensemble des banques françaises, sans compter le milliard d'euros consacré à la recapitalisation du rehausseur de crédit CIFG par les Banques populaires et les Caisses d'épargne après son rachat pour une somme symbolique à leur filiale Natixis.
Des dépréciations supplémentaires de l'ordre d'un milliard d'euros sont attendues chez Crédit agricole SA, dont la BFI devrait être en perte, comme chez Société générale au premier trimestre, contre seulement 250 millions en moyenne chez BNP Paribas, selon les analystes interrogés par Reuters.
Natixis devrait pour sa part être en perte pour le deuxième trimestre consécutif - (-128 millions d'euros après -900 millions au quatrième trimestre 2007) - du fait de dépréciations estimées autour de 560 millions d'euros.
Les revenus de la banque devraient être divisés par près de deux, selon les analystes interrogés, alors que des reculs plus modérés sont attendus chez BNP Paribas (-9%), Société générale (-11%) et Crédit agricole SA (-12%), trois groupes qui bénéficient d'un portefeuille d'activités plus diversifié, notamment des filiales étrangères dans la banque de détail et les services financiers spécialisés.