1200 décharges illégales sont dénombrées dans la Campanie, région agricole de Naples où sévit « l'écomafia », une mafia d'entrepreneurs bénéficiant de la complicité des autorités locales et nationales. Le terme a été inventé par le personnage central du documentaire, Raffaele del Giudice, responsable de l'ONG Legambiente*. La Camorra, organisation mafieuse de la région, obtient les appels d'offres grâce à ses « services » d'élimination des déchets industriels, vendus à un prix exceptionnellement bas, mais qui lui rapporte environ 2,5 milliards d'euros par an… De fait, c'est bien d'une élimination sommaire de déchets toxiques dont il s'agit. Abandonnés en pleine nature, enfouis la nuit, brûlés à même le sol sur des terres agricoles, recouverts d'autres déchets pour les dissimuler…le documentaire montre également des blocs d'amiante, laissés en plein nature, et les tonnes de "percolat", le liquide résiduel issu de la percolation de l'eau à travers les déchets. Les industriels du Nord du pays se débarrassent à bon compte des résidus d'usines, métaux lourds, plomb, arsenic, etc, parfois mélangés à des engrais. Conséquence : toute une région –l'une des plus fertiles d'Italie- et ses habitants sont contaminés par des taux de dioxine atteignant des niveaux hautement toxiques. Le film montre des troupeaux de moutons décimés peu à peu par cette pollution de l'air et du sol et des agriculteurs aux abois, qui n'ont pas d'autre choix que de
consommer leurs produits contaminés. Des milliers de vaches et de brebis ont du ainsi être abattues. Mais ce procédé n'empêche pas, au final, que des produits contaminés arrivent sur le marché européen. «
Aujourd'hui, excepté le Val d'Aoste, toutes les régions italiennes sont touchées par ce trafic illicite, explique Peppe Ruggiero, l'un des trois auteurs du documentaire.
Le problème concerne donc tout le territoire mais aussi une grande partie des pays d'Europe. Les produits agricoles napolitains contaminés par la dioxine finissent sur toutes les tables ».
Corruption généraliséeAussi invraisemblable que cela puisse paraître, ces décharges illégales existent depuis 15 ans à Naples, sans que personne n'ait réussi à faire évoluer le système et sauver une région qui meurt à petit feu. «
Le passé a démontré que toute mesure prise par l'Etat concernant la situation des déchets a été un échec. Après 15 ans de délégations extraordinaires, les citoyens n'y croient plus », observe Andrea d'Ambrosio, co-auteur de Biutiful Cauntri. Corruption généralisée, complicité des autorités, inertie de la justice, cynisme absolu de ces « entrepreneurs »…La colère des habitants est à la hauteur de leur impuissance. «
Il nous faudrait un cataclysme », lâche l'un deux, désespéré par ce crime silencieux. La Campanie est désormais appelée le « triangle de la mort », en raison du taux de tumeurs le plus élevé d'Italie. Aucun contrôle ni mesures de sécurité n'ont été pris malgré l'alerte donnée par les ONG, la société civile et des magistrats. Ce trafic illégal a fait certes l'objet d'enquêtes mais le délit d'association mafieuse n'a pas été étendu au domaine environnemental. Un projet de loi sommeille au Parlement italien depuis 1998 et la création, par le gouvernement italien en 2006, de l'Observatoire des crimes environnementaux, n'a pas enrayé le sacrifice d'une région entière aux intérêts de l'éco mafia. *
Legambiente est l'ONG environnementale la plus importante d'Italie. Elle a été créée en 1980 et compte 115 000 militants.
Biutiful Cauntri, d'Esmeralda Calabria, Andrea d'Ambrosio et Peppe Rugiero.
2008 - 83 minutes. Sortie le 16 juillet