C'est un procès pas comme les autres, c'est celui des artisans créateurs', a prévenu d'entrée de jeu Me Pascal Créhange, l'avocat de World Tricot, une petite entreprise de Lure (Haute- Saône), vendredi 6 novembre, au tribunal de commerce de Paris. L'affaire est rarissime : ce petit fabricant de tricot accuse la très célèbre maison de haute couture française Chanel de 'contrefaçon', de 'rupture abusive de relation contractuelle', et lui demande 2,5 millions d'euros de dommages et intérêts.
Avec l'aide de la Fondation Emmaüs, Carmen Colle a créé World Tricot pour réinsérer des femmes, essentiellement des émigrées, sans emplois. Sa PME artisanale spécialisée dans la maille de luxe travaille très vite pour les grands noms de la couture dont Dior, Christian Lacroix, Givenchy et Kenzo. Puis Chanel devient progressivement son plus gros client.
En mars 2005, Mme Colle, qui se promène dans les rues de Tokyo, reconnaît en vitrine d'un magasin Chanel l'un de ses motifs sur une veste fabriquée par une entreprise italienne, Mely's. Et décide, après plusieurs lettres à la direction de Chanel restées sans réponse, d'assigner le groupe.
Quatre années de procédures et de vaines médiations plus tard, l'affaire a été longuement plaidée, pendant quatre heures. Avec un demi-gilet crocheté blanc à ganse noire comme pièce à conviction montrée aux cinq magistrats - au lieu de trois habituellement. 'L'assemblage des motifs, des coquilles renversées, des brides reliées à des fleurs est unique', a plaidé Me Créhange, assurant que son client en a été à l'origine. Témoignages et bordereaux de livraison à l'appui pour prouver que la PME n'a reçu aucune instruction de son client.
'DÉNIGREMENT' DE LA GRIFFE
Dans ce dossier, les expertises se sont succédé, Chanel a même fait analyser au microscope les mailles litigieuses. Les experts ont conclu, selon l'avocat de World Tricot, à 'une copie servile' et ont constaté une 'gémellité' flagrante des motifs. Cette ligne de vêtements aux motifs de crochet a été déclinée en veste, robe, jupe, top... En tant que propriétaire intellectuel de cette création, World Tricot réclame sa part. Gérard Delile, l'avocat de Chanel, a reconnu 'le savoir-faire technique d'exception de World Tricot mais pas son savoir-faire de création'. Il a voulu réduire à néant le schéma 'David contre Goliath', qui tend à faire croire que 'parce que l'on est petit on est forcément dans son droit'. En lire plus sur LeMonde.fr
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