Ceux qui avaient enterré un peu vite le poste de Premier ministre en sont pour leur frais.Écrasé, parfois humilié, par un président omniprésent, ramené au grade de simple "collaborateur", ou, dans le meilleur des cas, de coordinateur de l'action gouvernementale, François Fillon retrouve une dimension politique et des couleurs dans l'opinion.Le Premier ministre voit sa cote de popularité grimper, et est applaudi par des députés déboussolés et inquiets.Modérateur et confident, le chef du gouvernement se permet même le luxe d'être celui qui annonce de "bonnes" nouvelles : hausse du minimum vieillesse, lundi de Pentecôte férié, (petit) coup de pouce aux fonctionnaires.François Fillon désamorce les conflits, fait le tri dans le rapport Attali, reçoit les chauffeurs de taxis, laisse passer les amendements des sénateurs UMP favorables aux OGM.L'hôtel Matignon n'est plus Fort Alamo assiégé, mais un cabinet de câlinothérapie.Le souvenir de Raffarin, puis de Villepin, punching-balls d'une majorité n'osant pas cogner sur Jacques Chirac, semble loin...Les élus UMP qui ne juraient que par Nicolas Sarkozy il y a un an expriment crûment leur désillusion.Et la peur de perdre les municipales n'explique pas tout.Comme les Français, ils ont cru eux aussi à la rupture.Ils pensaient que le Président allait les écouter, les associer.Ils s'estiment aujourd'hui méprisés, dépossédés de leur pouvoir de contrôle et de proposition, au profit de cabinets privés, de commissions thématiques "indépendantes" ou de conseillers élyséens envahissants.Par étonnant dès lors que, décontenancés par le flottement actuel au sommet de l'exécutif, les parlementaires se tournent vers celui qui est seul responsable devant eux, le Premier ministre.Dans le rapport de force qui les oppose au chef de l'État, ils ont intérêt à jouer la carte François Fillon, sans doute pas dupe de la situation.Décidément une semaine très politique.