Les compagnies aériennes européennes vivent au-dessus de leurs moyens. La faiblesse des bénéfices mettra certaines d'entre elles dans l'incapacité d'assumer les lourdes dépenses d'investissement qu'elles ont planifiées, même si une augmentation de capital devrait leur permettre de joindre les deux bouts. Air France a déjà émis pour 660 millions d'euros d'obligations convertibles. Lufthansa et British Airways pourraient bientôt suivre son exemple.
Lufthansa affiche en apparence une bonne santé financière. Fin mars, le montant de ses actifs liquides et quasi-liquides s'élevait à 5,2 milliards d'euros. Mais la compagnie allemande a prévu de consacrer, au cours des trois prochaines années, 8 milliards d'euros à l'acquisition de nouveaux avions et à la croissance externe. Elle devrait ainsi, par exemple, racheter ce qui reste de la britannique BMI. Elle souhaite aussi se ménager une réserve liquide de 2,5 milliards d'euros.
Si les investissements devaient être répartis de façon homogène sur la période, ils absorberaient la totalité des liquidités existantes. Il faudrait alors que Lufthansa trouve 1,8 milliard d'euros, au bas mot, si elle veut maintenir son programme d'investissement, car les bénéfices que l'entreprise produit ne suffiront pas à faire le compte. Les analystes estiment que, cette année, il lui manquera environ 500 millions d'euros.
La compagnie allemande a pris ses premières dispositions, la semaine du 30 juin, en lançant un emprunt de 750 millions d'euros. Ce faisant, elle laisse filer son endettement brut à 5,9 milliards d'euros, soit un montant égal à 3,8 fois son excédent brut d'exploitation. Or, selon les recommandations de l'agence de notation Moody's, il est souhaitable que ce multiplicateur reste inférieur à 3,5 si l'on veut continuer à faire partie du club des emprunteurs de qualité. L'agence a fait passer la perspective de Lufthansa à 'négative' en juin.
L'émission de nouvelles actions ferait reculer la menace d'une dégradation de sa cote de solvabilité. De fait, la compagnie allemande avait déjà fait appel à ses actionnaires en mettant en vente une tranche d'actions de 750 millions d'euros en 2004. Le montant dont elle a besoin aujourd'hui dépendra de son aptitude à réduire davantage ses coûts.
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