NEW YORK (Reuters) -
Wall Street aura du mal à rebondir dans les jours qui viennent si le pétrole poursuit son envolée et si la saison des résultats trimestriels, qui débute avec Alcoa et General Electric, déçoit d'emblée les investisseurs.
Les estimations de bénéfices pour le trimestre avril-juin ont été régulièrement revues à la baisse au fil des indicateurs économiques décevants et des avertissements de plusieurs grandes sociétés de la cote, comme United Parcel Service.
Sur la semaine écoulée, qui n'a compté que trois séances et demie avant le long week-end du 4 juillet, fête nationale aux Etats-Unis, l'indice Dow Jones a perdu 0,5%, le Standard & Poor's 500 1,2% et le Nasdaq Composite 3%.
Le Dow a fini mercredi plus de 20% en dessous de son plus haut historique d'octobre, un seuil qui marque le début du marché baissier ("bear market"). L'indice phare s'est un peu redressé jeudi, une séance abrégée au cours de laquelle le S&P 500 a lui aussi brièvement pénétré en territoire baissier.
Alcoa, le premier producteur américain d'aluminium, sera mardi la première entreprise du Dow Jones à publier ses comptes pour la période avril-juin. General Electric, une autre valeur du Dow considérée en outre comme un baromètre de l'ensemble de l'économie américaine, présentera les siens vendredi.
Et les investisseurs attendent avec appréhension le tableau que ces deux groupes dresseront de la conjoncture économique mondiale et de leurs perspectives d'activité.
Parallèlement, le président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, doit s'exprimer à deux reprises au cours des prochains jours, mardi lors d'une conférence sur l'immobilier et jeudi devant la commission des Services financiers du Congrès.
Mais c'est le bien le prix du pétrole qui devrait rester la principale préoccupation des investisseurs.
"Les actions sont devenues dépendantes de l'évolution du pétrole et on ne sait tout simplement pas ce que va faire le pétrole. On reste donc sur la touche pour l'instant", explique Brian Gendreau, stratège d'ING Investment Management Americas à New York, qui a récemment révisé son opinion sur les actions américaines à "neutre".
GE DECEVRA-T-IL ENCORE ?
Les résultats de General Electric, deuxième capitalisation boursière américaine derrière le géant pétrolier Exxon Mobil, seront particulièrement surveillés, en raison de la diversité de ses activités, de son exposition aux marchés du crédit via sa branche de services financiers et de sa capacité établie à répondre aux attentes de Wall Street.
Les analystes interrogés par Reuters Estimates anticipent en moyenne un bénéfice trimestriel en léger repli à 5,33 milliards de dollars, soit 54 cents par action, contre 5,4 milliards de dollars l'an dernier.
Le moindre écart entre ce consensus et le résultat publié par GE pourrait avoir un impact sensible sur le marché, à la hausse comme à la baisse.
"GE a pour habitude de réaliser exactement le consensus de Wall Street", explique Fred Dickson, stratège de D.A. Davidson & Co. "S'il rate le chiffre (du bénéfice par action) ne serait que d'un cent, ce sera comme s'il l'avait manqué de 1.000 kilomètres."
Les investisseurs se souviennent encore du choc provoqué il y a trois mois par les résultats du groupe: GE avait annoncé une baisse de 6% de son bénéfice trimestriel et un bénéfice par action (BPA) de 44 cents, soit sept de moins que le consensus.
L'action GE avait chuté de près de 13% en une séance, sa plus forte baisse depuis près de 20 ans, amputant la valeur boursière du groupe d'environ 45 milliards de dollars.
Au-delà des chiffres, les investisseurs surveilleront les déclarations de GE sur les mois à venir, explique Andre Bakhos, président de Princeton Financial Group.
Les investisseurs "ne veulent pas entendre parler de ralentissement des grandes économies", prévient-il. "Ils ne veulent pas entendre parler de révision à la baisse des prévisions de chiffre d'affaires. Cela ne ferait qu'exacerber les craintes déjà élevées de récession sur le marché."
Alcoa, lui, est attendu principalement sur l'évolution de la demande industrielle hors des Etats-Unis, notamment en Asie et en Amérique du Sud, poursuit-il.
Sur le front macroéconomique, Wall Street suivra principalement vendredi la première estimation de l'indice de confiance Reuters-Université du Michigan pour le mois de juillet, attendu une nouvelle fois en baisse.
Auparavant, le marché aura pris connaissance des chiffres de ventes des grandes chaînes de distribution pour juin, y compris ceux de Wal-Mart, numéro un mondial du secteur.
Version française Marc Angrand