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La politique de la BCE divise les économistes réunis à Aix-en-Provence
Par Antoine AGASSE et Isabelle TOURNE
dim 06 jui, 19h08  Envoyer par mail  Envoyer via Y! Messenger  Blog via Yahoo! 360  Imprimer

L'inflation dans la zone euro. Evolution de juin 2007 à juin 2008
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AIX-EN-PROVENCE (AFP) - Aux rencontres économiques d'Aix-en-Provence, la politique monétaire de la Banque centrale européenne divise les économistes, même si tous reconnaissent la difficulté voire l'inanité de sa tâche, entre crise financière et regain d'inflation.

Trois jours après la dernière hausse de taux de la BCE, son président, Jean-Claude Trichet, a déclaré dimanche, lors de ces rencontres, avoir "eu le sentiment, en prenant cette décision" d'assurer "la stabilité des prix à moyen terme".

La stabilité des prix "protège les plus démunis", a expliqué M. Trichet.

Pour le président du Conseil d'analyse économique, Christian de Boissieu, ce relèvement, "même modique", était au contraire "inopportun".

"Jusqu'à présent les banques centrales avaient plutôt bien géré la crise", concède le professeur de l'Université Paris I. Mais "la BCE aurait pu attendre un peu" avant de porter son taux directeur de 4% à 4,25%.

"Il y avait encore un peu de marge au niveau du calendrier", a-t-il dit, car la crise financière n'est pas terminée et la hausse des prix alimentaires et des matières premières n'a pas encore engendré une inflation des salaires et des prix des entreprises.

En outre, l'impact de cette politique monétaire sur l'euro est "un peu embêtant pour la compétitivité des entreprises".

Pour Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS, "les banquiers centraux sont confrontés à un dilemme": d'un côté, les risques d'une récession économique, consécutifs à la crise du crédit. De l'autre, l'inflation "parce qu'on est dans une situation de hausse continue des matières premières".

"A partir du moment où l'inflation repart, je crois qu'une politique de frappe préventive comme celle que veut mettre en oeuvre la BCE est adaptée", estime-t-il.

L'économiste "souscrit à l'analyse de la BCE", selon laquelle le plus grand risque serait d'entrer dans une spirale inflationniste, où les hausses des salaires succèdent aux hausses de prix. Une fois apparue, il est trop tard et trop coûteux de l'arrêter.

"On est installé durablement dans un cycle de hausse des prix des matières premières, qui se traduit par un appauvrissement des pays consommateurs et un enrichissement des pays producteurs", ajoute-t-il.

Prenant acte de cette situation, Jean-Claude Trichet demande en somme aux salariés de se serrer la ceinture pour éviter la spirale inflationniste, résume Patrick Artus, chef économiste chez Natixis (Paris: FR0000120685 - actualité) .

"Le combat de Trichet est beau et désespéré. Il a raison, mais comme il a raison tout seul, ça ne sert à rien", assène-t-il.

"S'il n'avait rien fait, cela aurait été pire: les marchés financiers auraient pensé qu'il n'était pas sérieux, que l'inflation progressait et qu'il s'en moquait". Mais "dans des économies devenues très ouvertes, la BCE a perdu le contrôle de la situation économique et monétaire de la zone euro", souligne l'économiste.

"Jusqu'à présent, toutes les crises précédentes se réglaient entre pays riches", rappelle Patrick Artus.

Désormais, alors que 90% de la création de monnaie vient des pays émergents ou producteurs de pétrole et 80% de la croissance de la demande mondiale de pétrole de la Chine, ce sont ces pays qui déterminent les prix du pétrole et la politique monétaire, explique-t-il.

"On a globalisé les économies, on a globalisé les marchés financiers, en face de ça, il faut des institutions globales et une coordination des politiques mondiales", avance l'économiste qui plaide pour un "super-FMI", ouvert aux pays émergents et doté d'un "vrai mandat global".



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