PARIS (AFP) - Un automobiliste de 36 ans a été condamné mercredi à sept ans de prison ferme pour avoir provoqué la mort de quatre jeunes gens dans un accident d'une extrême violence, à la veille de Noël 2006 en plein Paris, alors qu'il était sous l'emprise de l'acool et du cannabis.
Le tribunal correctionnel de Paris a assorti cette condamnation -- "exemplaire" pour les défenseurs des victimes -- d'une annulation du permis de conduire avec interdiction de le repasser avant un délai de dix ans, attribuant près de 500.000 euros de dommages et intérêts aux familles.
Luis Filipe Vieira Policarpo, reconnu coupable du délit d'homicide involontaire avec circonstances aggravantes -- conduite sous l'emprise de l'alcool et du cannabis --, a également écopé de contraventions d'un montant total de 1.050 euros, notamment pour un excès de vitesse et un feu rouge non respecté.
L'enquête avait mis en évidence que cet entrepreneur paysagiste domicilié dans l'Essonne conduisait sa Mercedes avec un taux d'alcoolémie de 1,16 g/l, après avoir partagé un joint au cours de la soirée, et que sa vitesse dépassait les 130 km/h au moment de l'accident, survenu le 23 décembre 2006 vers 04H30 avenue d'Italie (XIIIe).
Sur un carrefour de cette grande artère, il avait refusé la priorité, en grillant un feu, à une Polo transportant six jeunes originaires de Seine-et-Marne. Quatre d'entre eux, âgés de 17 à 20 ans, avaient été tués sur le coup et les deux autres blessés, dont une adolescente de 17 ans, victime d'une grave fracture du bassin.
Plusieurs parents de victimes se sont félicités mercredi d'un jugement conforme aux réquisitions du procureur, qui avait demandé le 23 janvier au tribunal de "ne pas descendre en dessous de sept ans" ferme, en insistant sur le "cumul extraordinaire de fautes" du chauffard.
"Ca ne serait pas convenable de ne pas prendre en compte l'immense souffrance de ces familles endeuillées", avait expliqué le procureur lors d'une audience à l'ambiance très pesante, où le prévenu avait fait face pendant cinq heures à des parents en pleurs.
"Pour une fois, on a pris conscience que non seulement l'alcool mais aussi le cannabis sont de grands dangers au volant", a réagi le père d'un adolescent de 17 ans tué dans l'accident. "J'espère que ça donnera à réfléchir à tous ceux qui peuvent faire ça de temps en temps".
Me Jean Jaskiewicz, son avocat, a déclaré qu'il s'agissait d'"une peine exemplaire, peut-être une des plus sévères jamais prononcées dans un tel cas".
Il est difficile de comparer cette condamnation avec d'autres dossiers d'accidents mortels dont la justice a été saisie, tant les faits sont exceptionnels, ont souligné plusieurs experts interrogés par l'AFP.
"Les procès sont rares dans les accidents entre deux voitures particulières car très souvent le conducteur responsable est également tué", a fait valoir Claude Got, médecin et membre du comité d'experts auprès du Conseil national de sécurité routière.
Sur l'année 2006, le professeur Got a recensé un seul autre cas d'accident au bilan d'au moins quatre tués dont le conducteur responsable a survécu.
M. Vieira Policarpo, né à Madère et enfant de l'assistance publique, était un récidiviste de la conduite sous l'emprise de stupéfiants. Cette infraction lui avait déjà valu une condamnation à 500 euros d'amende et la perte de quatre points de permis en 2004.
"Pour un comportement aussi asocial il faudrait pouvoir l'écarter définitivement de la route", a estimé la présidente de la Ligue contre la violence routière, Chantal Perrichon.