PARIS (AFP) - En annonçant le versement d'une avance de 200 euros sur l'augmentation à venir des petites retraites, Nicolas Sarkozy a tenté de répondre, à un mois des municipales, à l'insatisfaction des Français sur le pouvoir d'achat, à l'origine de la chute de sa cote de confiance.
Après plusieurs semaines de sondages défavorables, le chef de l'Etat a saisi l'occasion d'une réunion à l'Elysée avec les partenaires sociaux pour commencer à satisfaire l'une des principales promesses de sa campagne présidentielle, l'augmentation de 25% d'ici cinq ans des pensions les plus modestes.
"J'ai décidé, en accord avec le gouvernement et le Premier ministre, de tenir l'un de mes engagements phare de la campagne présidentielle, c'est-à-dire la revalorisation des petites retraites. Et donc pour 600.000 retraités qui ont des petites retraites, une prime de 200 euros sera versée", a-t-il déclaré à la presse à l'issue de la réunion.
"Ca sera, en quelque sorte, un à-valoir sur la revalorisation (à venir) de ces petites retraites (...) c'est la première étape d'une réforme que j'ai toujours appelée de mes voeux", a-t-il poursuivi.
Le président a précisé que l'avance promise de 200 euros, qu'il a qualifiée de mesure de "justice sociale", serait financée "par le fonds de solidarité". Selon l'Elysée, elle devrait être versée "dans le courant avril".
Cette annonce intervient alors que la popularité de Nicolas Sarkozy a subi ces dernières semaines une sérieuse dégringolade due en grande partie, à en croire les instituts de sondage, à l'inquiétude persistante des Français sur question du pouvoir d'achat.
La semaine dernière, Frédéric Dabi (Ifop) avait ainsi relevé que la chute de la cote de confiance de celui qui s'était présenté comme le "président du pouvoir d'achat" était particulièrement sensible dans les classe populaires, les ouvriers ou employés et les 50-64 ans qui, selon lui, "ont eu une grosse déception sur le montant des pensions".
Conscients de l'urgence, le chef de l'Etat et le gouvernement, qui s'étaient jusque-là contentés d'affirmer que leurs promesses seraient tenues, ont décidé de passer rapidement à l'action.
Dès dimanche, le plus proche collaborateur de Nicolas Sarkozy, le secrétaire général de l'Elysée Claude Guéant, a lancé la contre-offensive en promettant dans "peu de semaines" une augmentation du minimum vieillesse, l'allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA) versée aux personnes de plus de 65 ans les plus défavorisées.
Le Premier ministre François Fillon lui a emboîté le pas mardi lors de la séance des questions à l'Assemblée nationale en assurant que "les engagements du président de la République seraient intégralement tenus". Avant de lâcher mercredi matin, sur RMC et BFM-TV, qu'il allait "proposer" pour 2008 une augmentation de 5% du minimum vieillesse.
A un mois d'élections municipales qui s'annoncent délicates pour la majorité, l'annonce du chef de l'Etat n'a suscité que des critiques dans les rangs de l'opposition.
"Ce n'est pas cette obole qui pourra réconcilier Nicolas Sarkozy avec les personnes âgées et les citoyens", a déploré le président du groupe PS à l'Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault. "La pression des municipales ne doit pas être étrangère à cette annonce. La manoeuvre est grossière et ne trompera personne", a renchéri le premier secrétaire du PS François Hollande.
Quant au Parti communiste français, il a dénoncé le "grand bluff" du gouvernement, estimant que "les retraités pauvres le resteront".