LONDRES (AFP) - Le numéro un minier mondial BHP Billiton (London:
BLT.L -
actualité) , qui avait jusqu'à mercredi pour dire s'il voulait toujours acheter son compatriote anglo-australien et rival Rio Tinto (Stuttgart:
855018 -
actualité) , a répondu en augmentant sa première offre, sans paraître troublé par l'irruption du Chinois Chinalco au capital la semaine dernière.
BHP Billiton, qui avait suggéré en novembre de racheter Rio Tinto pour 3 actions BHP contre une Rio, a porté la proportion à 3,4 actions BHP pour une Rio, valorisant sa proie à 147,4 milliards de dollars.
Le directeur général Marius Kloppers a considéré lors d'une conférence de presse que l'offre révisée était "extrêmement intéressante" pour les actionnaires de Rio. Il a noté que, dans les semaines précédant la première offre, le titre Rio Tinto -- affaibli à l'époque par le rachat du producteur d'aluminium canadien Alcan (AL.TO - actualité) -- ne dépassait pas 2,4 actions BHP.
BHP Billiton a fait valoir également qu'avant novembre, les actionnaires de Rio n'auraient été propriétaires que de 36% du groupe combiné, tandis que la proposition actuelle leur en donne 44%.
Rio Tinto, qui avait d'emblée rejeté la première offre, la jugeant insuffisante, a cette fois déclaré qu'il allait "examiner soigneusement" celle-ci, tout en enjoignant ses actionnaires à ne rien faire en attendant.
Comme la première fois, Rio Tinto n'a pas contesté la logique d'un rapprochement, qui serait le troisième plus gros rachat de tous les temps, à change courant.
Pendant la bulle des communications, en 2000-2001, seuls le Britannique Vodafone et l'Américain AOL avaient fait mieux en rachetant respectivement Mannesmann pour 203 milliards de dollars et Time Warner (NYSE: TWX - actualité) pour 182 milliards, selon un classement établi par le cabinet Thomson Financial.
Avec une capitalisation de plus de 300 milliards de dollars, le nouveau groupe serait dans les tous premiers mondiaux, avec les Gazprom, Wal-Mart ou Microsoft (NASDAQ: MSFT - actualité) , et n'aurait plus de rival dans le paysage minier mondial.
Or, cette influence inquiète les Chinois, grands consommateurs de matières premières, qui ne veulent pas voir un groupe seul avoir une telle influence sur les prix.
Ils sont entrés dans la bataille vendredi, le groupe minier Chinalco achetant en partenariat avec l'Américain Alcoa - rival malheureux de Rio Tinto dans le rachat d'Alcan - 12% de Rio Tinto plc cotée à Londres, soit 9% du groupe total. Le consortium sino-américain est désormais le premier actionnaire de Rio Tinto.
On ne connaît pas encore les intentions de Chinalco. Des rumeurs de presse lui prêtent de vouloir contre-attaquer sur l'offre de BHP Billiton, même si le président Xiao Yaqing a assuré mardi à Sydney "n'avoir pas de projets d'accroître sa part".
Chinalco et Alcoa (NYSE: AA - actualité) ont en tout cas assuré mercredi qu'ils allaient "ensemble, suivre de près" l'affaire, notant en particulier "qu'une offre doit refléter la valeur fondamentale de l'entreprise".
Or, ils ont payé leurs titres 60 livres par action, soit 3,9 fois le prix de l'action BHP Billiton mercredi après-midi à la Bourse de Londres.
M. Kloppers, 45 ans et qui réalise cette tentative de fusion géante quatre mois seulement après son entrée en fonction, s'est dit peu surpris par l'irruption du duo Chinalco-Alcoa, disant s'attendre "à des contacts entre les parties", au moins parce qu'il s'agit d'actionnaires.
Il a assuré que l'offre présentée mercredi était "la seule et l'unique", sans vouloir cependant promettre qu'elle ne serait plus améliorée. BHP Billiton a négocié un financement de 55 milliards de dollars pour ce rachat, et ne voit pas d'ennuis de régulations impossibles à surmonter. L'offre formelle aux actionnaires ne sera pas effective avant la fin de cette année, a cependant indiqué le dirigeant.