La Bourse de Paris, comme l'ensemble des marchés européens, s'est nettement retournée en cours d'après-midi jeudi terminant en hausse, les derniers indicateurs économiques et résultats de sociétés ayant renforcé la confiance des investisseurs dans la reprise mondiale.
La productivité aux Etats-Unis au troisième trimestre a progressé à son rythme le plus rapide depuis six ans, alors que les inscriptions hebdomadaires au chômage ont atteint un plus bas depuis janvier, laissant entrevoir un plancher pour la décrue de l'emploi.
Le maintien, comme prévu, par la Réserve fédérale et les banques centrales européennes de taux d'intérêt particulièrement bas, a conforté ce sentiment de confiance.
Le CAC 40 a franchi le seuil des 3.700 points en clôture, avec un gain de 1,05% à 3.708,73 points, après un rebond de 2,4% la veille. L'indice venait de corriger de près de 8% en trois semaines, après un "rally" de plus de 55% depuis le 9 mars.
Au-delà de l'optimisme sur la macroéconomie, le marché a été soutenu par des résultats meilleurs qu'attendu de BNP Paribas à Paris (+3,29% à 54,360 euros), et de Deutsche Telekom à Francfort (+2,32% à 9,500 euros), alors que Capgemini, qui a déçu, a perdu 4,68% à 30,970 euros.
"Les récentes statistiques nous confirment qu'il y a beaucoup de raisons de croire qu'un nouveau cycle économique est enclenché, avec une incertitude qui a encore diminué ces derniers jours", note Tristan Abet, stratégiste de CA Cheuvreux.
"Les résultats de sociétés restent bons et sont généralement au-dessus des attentes, malgré des chiffres d'affaires en baisse, ce qui est logique dans la mesure où on était encore en récession au cours des trois derniers mois", ajoute-t-il.
OPPORTUNITÉ D'ACHAT
Selon des stratégistes, la correction des trois dernières semaines a correspondu avant tout à des prises de profits, après un rally de plus de 55% depuis le point bas du mois de mars.
"La théorie de la correction technique est probablement justifiée: après un rally de 50%, on prend ses profits", estime François Chevallier, stratégiste pour la Banque Leonardo, qui considère la récente correction comme une opportunité d'achat.
"L'aversion au risque n'est pas remontée, le redressement des indices des directeurs d'achat en Europe et aux Etats-Unis se poursuit et le consensus sur les résultats en Europe remonte depuis un mois: tous ces éléments me donnent confiance dans la tendance des marchés, ce qui nous ramène à des considérations techniques pour expliquer la correction", ajoute-t-il.
"Les indicateurs économiques de la semaine ont été en ligne ou meilleurs que prévu et les récentes publications de résultats ont été bonnes. Le recul de ces derniers temps ressemble donc avant tout à une vague de prises de profits", estime également David Thébault, responsable des ventes chez Global Equities.
Il ajoute qu'avec la forte baisse attendue des "bonus" cette année, les traders sont bien souvent tentés de lever le pied.
"La réaction des marchés reflète la volatilité, la fragilité du sentiment des investisseurs, d'où des prises de profits qui peuvent être assez violentes", ajoute Tristan Abet. "Mais il n'y pas de raison de croire que les marchés remettent en question le scénario de reprise économique qui, au contraire, est renforcé."
LE DOLLAR INQUIÈTE
Toutefois, malgré l'enthousiasme des deux dernières séances, certains investisseurs restent sur la défensive en attendant les chiffres de l'emploi aux Etats-Unis qui seront publiés vendredi.
Au-delà, l'inquiétude s'attache à la chute du dollar, qui risque de freiner la reprise de la croissance en Europe.
Philippe Weber, responsable des études et de la stratégie chez CPR Asset Management, est plus réservé quant à la reprise.
"Je suis un peu nerveux sur la durabilité de la reprise qui me semble aller un peu vite. Il y a encore pas mal de problèmes à régler: le chômage est élevé, l'utilisation des capacités est extrêmement basse et la distribution de crédit atone", dit-il.
"Que la Bourse ait remonté par rapport au point de panique de mars, c'est tout à fait normal. Que cela aille si vite, c'est moins normal. Qu'il y ait de la volatilité et de l'incertitude, me paraît assez naturel: la visibilité, notamment sur les politiques monétaires et budgétaires, reste faible", ajoute-t-il.
Juliette Rouillon édité par Marc Joanny