La productivité aux Etats-Unis a progressé à son rythme le plus fort depuis six ans au troisième trimestre, tandis que les inscriptions hebdomadaires au chômage ont atteint un plus bas depuis janvier, laissant entrevoir un plancher pour la décrue de l'emploi.
Selon une première estimation publiée jeudi par le département américain du Travail, la productivité non-agricole a augmenté de 9,5% sur la période juillet-septembre, reflétant le rebond de la production après un mouvement de réduction des effectifs et des coûts.
Cette hausse est la plus élevée en rythme annuel depuis le troisième trimestre 2003. Au deuxième trimestre de cette année, elle avait été de 6,9% selon les chiffres révisés.
Les économistes interrogés par Reuters anticipaient en moyenne une hausse de 6,4% de la productivité (qui mesure la production horaire par salarié) après celle de 6,6% annoncée auparavant pour le deuxième trimestre.
De leur côté, les inscriptions hebdomadaires au chômage se sont établies à 512.000, au plus bas depuis la semaine close le 3 janvier, contre 532.000 (révisé de 530.000) la semaine précédente et 523.000 attendu par les économistes.
Les chiffres de la productivité "montrent une résistance et une croissance, même s'il y a aussi une connotation négative à voir que moins de travailleurs parviennent à faire plus", a déclaré Peter Kenny, de Knight Equity Markets.
"Plus l'on s'approche d'un modèle plus efficace, plus cela prendra de temps pour parvenir au plein-emploi. Attendez-vous à ce que le chômage augmente avec la hausse de la productivité", a-t-il ajouté.
À la suite de la publication de ces chiffres, le Dow Jones s'adjugeait 1,86% vers 15h50 GMT à Wall Street, tandis que le Nasdaq prenait 2,26%.
VERS UNE REPRISE DES EMBAUCHES ?
Dans le secteur manufacturier, la hausse de la productivité a atteint 13,6%, un chiffre sans précédent.
La production non-agricole globale a rebondi de 4% sur la période juillet-septembre, après une baisse de 1,1% sur avril-juin.
La productivité a nettement progressé au cours des deux derniers trimestres, à la faveur de mesures de réduction des coûts dans les entreprises.
Ce rebond marqué incite de nombreux observateurs à conclure que les entreprises ne disposent plus guère de marges de manoeuvre alors que l'économie amorce une phase de reprise, ce qui devrait logiquement les conduire à augmenter de nouveau leurs effectifs.
La Réserve fédérale des Etats-Unis a exprimé mercredi une confiance accrue dans le début de reprise économique, en réaffirmant son engagement à maintenir des taux d'intérêt proches de zéro pendant "une période prolongée".
Elle a toutefois jugé que la croissance resterait lente en raison de la faible consommation des ménages, bridée par "la poursuite des suppressions d'emplois, la faible croissance des revenus, la dévalorisation du patrimoine immobilier et le resserrement du crédit".
"La combinaison d'un très puissant gain de productivité et d'un faible coût du travail (...) maintient l'inflation à distance. Cela renforce la capacité de la Fed à rester attentiste pendant une 'période prolongée'", note Richard DeKaser, de Woodley Park Research.
RECUL DES COÛTS UNITAIRES DU TRAVAIL
Selon les chiffres de l'emploi publiés jeudi, la moyenne mobile sur quatre semaines des inscriptions hebdomadaires recule à 523.750 contre 526.750 (révisé) la semaine précédente. C'est son niveau le plus bas depuis la semaine au 10 janvier, une performance qui laisse entrevoir une prochaine stabilisation sur le marché du travail.
Même si le nombre d'inscriptions a reflué depuis les niveaux atteints en mars, il reste élevé et les analystes estiment qu'il faudra attendre de le voir retomber autour de 400.000 pour observer une création d'emplois dans l'économie américaine.
Autre signe d'amélioration: le nombre de personnes percevant régulièrement des indemnités ressort en baisse à 5,749 millions lors de la semaine au 24 octobre (dernière semaine pour laquelle ces chiffres sont disponibles) contre 5,817 millions la semaine précédente.
Indicateur de l'évolution de l'inflation et des pressions sur les profits des entreprises, les coûts unitaires du travail ont reculé de 5,2%, après une baisse de 6,1% au deuxième trimestre.
Les économistes tablaient sur une baisse de 4% des coûts unitaires.
Par rapport au troisième trimestre 2008, la productivité non-agricole est en hausse de 4,3% et les coûts unitaires du travail en baisse de 3,6%.
Version française Jean Décotte