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Ebranlement, douche froide, temporisation ou correction ?

lun 05 oct, 10h09
EBRANLEMENT ...   Le contraste a été violent. A l'issue du troisième trimestre 2009, les marchés d'actions regagnaient quelque +17% en moyenne. La bourse de Paris enregistrait quant à elle une progression record depuis le quatrième trimestre 1999 à +21%. En outre la semaine avait bien débuté avec le lundi un coup de chapeau post G20 de +2,3% mais ensuite ce furent quatre séances de recul et un vendredi à -1,9% a conduit le CAC40 à une baisse  hebdomadaire de -2,39% à 3649,9 points, ramenant la performance annuelle à +13,4% pour une chute de -10,6% sur les douze derniers mois et -3,1% sur cinq ans. Deuxième semaine de consolidation avec un retrait de quelque 5%, ce mouvement était attendu et souhaité. Mais pour la première fois depuis quatre semaines les indicateurs d'aversion au risque se sont repris (cf. VIX) devant le renouveau des préoccupations relatives au scenario de reprise aux Etats-Unis qui ont ébranlé la confiance des opérateurs. A Wall Street, le troisième trimestre, en hausse de +15%, a été le meilleur depuis le quatrième trimestre 1998 mais là aussi la place a connu une deuxième semaine de baisse avec un Dow Jones effaçant tous ses gains acquis depuis le 8 septembre. Le SP500, plus large et plus représentatif, perd sur la semaine -2,8%, -6,7% sur douze mois et -9,7% sur cinq ans mais demeure en progression de +13,5% sur l'année. ... DOUCHE FROIDE ... Une nouvelle fois, les données économiques américaines se sont avérées très contrastées. La révision du Pib du deuxième trimestre a affiché une moindre contraction de l'activité (-0,7% vs. -1%) et les informations immobilières ( prix des maisons, dépenses de construction, ventes de logements) furent bonnes mais cela fut vite occulté par une large batterie d'indicateurs très décevants, à commencer par le très attendu ISM manufacturier, en léger repli alors qu'une hausse était escomptée. Certes, le Pmi de Chicago avait averti de cette éventualité mais  il y eut aussi le repli marqué de la confiance des consommateurs selon le Conference Board. C'est toutefois du côté de l'emploi que provînt la douche froide. Là aussi, quelques avertissements se sont fait jour tout au long de la semaine avec un mauvais indicateur ADP relatif à l'emploi privé puis des demandes hebdomadaires d'allocations chômage en sensible hausse pour terminer avec un très mauvais rapport mensuel sur l'emploi. Non seulement les destructions d'emplois furent pires que prévues ( -263 000 contre -180 000) pour un vingt et unième mois de recul avec un taux de chômage de 9,8% au plus haut depuis juin 1983 mais en outre, la durée hebdomadaire de travail a reculé ce qui est inquiétant dans un contexte de reprise de l'activité où les entreprises devraient accroître cette durée avant d'envisager embaucher. En outre, la durée du chômage s'est allongée. De plus, le salaire horaire a enregistré sa plus faible appréciation depuis 2004 à +0,1% en septembre, confirmant la très faible progression du revenu personnel en août de +0,2%, alors que la consommation des ménages s'appréciait de +1,3% sous l'effet de la fin annoncée de la prime à la casse qui allait déboucher sur une chute des ventes automobiles de -35% le mois suivant.  Par solde, entre peu de revenus et beaucoup de consommation, le taux d'épargne des ménages tombait à 3% vs. 5,9% ce qui n'était pas de bon augure pour l'avenir car reflétant une situation intenable du consommateur américain dans l'obligation de sa désendetter et donc d'épargner plus. Ces informations n'invalident pas le scenario de reprise technique mais contribuent à contrer tout excès d'optimisme de la part des marchés prompts, on l'a vu, à s'emballer. Que les investisseurs s'interrogent sur l'ampleur et la vigueur de la reprise est sans doute même réconfortant dès lors que l'on peut douter de sa pérennité à l'horizon du second semestre 2010 (cf. notre thèse de "double dip"). A court terme, rappelons que paradoxalement alors que les investisseurs étaient en proie au doute, le FMI relevait ses hypothèses d'activité tant pour 2009 que pour 2010 (Monde: 2009e  -1,1 % vs. -1,4% en juillet et 2010e +3,1% vs. +2,5% ). Certes le contraste est fort entre la Chine à +9% et la zone euro à +0,3% où pourtant la convalescence est entamée ce que les informations de la semaine écoulée ont confirmé (hausse du sentiment économique, climat des affaires et PMI manufacturier final). ... TEMPORISATION OU CORRECTION ? Une pause, à l'issue d'un puissant rally ininterrompu (cf. indice MSCI Monde +70% depuis mars) ne saurait surprendre d'autant que la situation technique du marché se dégradait, nous l'avions ici souligné,  mais il convenait de trouver le détonateur du coup de blues. C'est fait, le recul est néanmoins modeste  (environ 5%) après une progression de +54% sur le point bas du 9 mars pour le CAC40, il intervient sans que la pression vendeuse soit très forte, les volumes de transactions sont la moitié de ceux de 2008 ou 2007. A court-terme les voyants techniques sont incontestablement au rouge et pourraient conduire un repli jusqu'à 3500, voire 3400 points au CAC40 sans remettre néanmoins en cause la dynamique haussière du marché. Il y a donc lieu de temporiser avant de revenir sur le marché. "Jouer" une correction serait toutefois se laisser aller au syndrome d'octobre ( jeudi noir de 1929 ou lundi noir de 1987 ...) à moins que la saison de publications des résultats du troisième trimestre ne s'avère mauvaise, à savoir extériorise une baisse des résultats supérieure à ce qu'attend le consensus des analystes, à savoir -24,7% en moyenne pour les entreprises du SP500 par rapport au troisième trimestre 2008. La semaine qui s'ouvre laisse en effet la vedette à la micro-économie dès le 7 octobre avec  l'ouverture de la saison , comme à l'accoutumée, par l'annonce des résultats trimestriels de Alcoa. Le calendrier macro-économique est maigre: ISM services et PMI services de part et d'autre de l'Atlantique, balances commerciales française, allemande et américaine, ainsi que production industrielle et pour l'Allemagne les commandes à l'industrie. Il y aura bien ce lundi les commentaires à  l'issue de la réunion du FMI à Istamboul qui aura consacré son nouveau rôle post-G20 de gardien de la stabilité économique et financière qu'il lui revient de surveiller alors que les participants ont adopté le "maintien des politiques de relance jusqu'à une reprise durable ... garantie (!) ".  Le marché devrait ainsi poursuivre sa recherche d'un second souffle et d'un regain d'appétence pour le risque quelque peu malmenée ces jours derniers avec un regain d'intérêt pour les refuges que sont les emprunts d'Etat ou l'or.

Patrick Leguil est Directeur de Recherche de VP Finance.

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