C’est l’hémorragie : en recul une cinquième semaine de suite, Paris creuse encore ses plus bas annuels. Compte tenu de ce nouveau repli hebdomadaire, de 2,98% à 4.266 points, le
Cac 40 (Paris: actualité) accuse vendredi soir une perte de 24% depuis le début de l’année.
Malgré la multiplication des signes de dégradation de la
conjoncture, les cours du pétrole ont poursuivi leur envolée. Le baril de brut léger a ainsi touché un nouveau record à 145,85 dollars jeudi. A la veille de l’Independence Day, qui marque aux Etats-Unis le début de la saison des départs en vacances, et son traditionnel pic de
consommation. La publication de
stocks hebdomadaires décevants aux Etats-Unis, ainsi que de nouvelles tensions autour du dossier nucléaire iranien, ont également tiré les cours à la hausse. Mais sur le fond, l’Agence internationale de l’énergie a elle aussi justifié la flambée des cours. D’après les dernières prévisions de l’AIE, publiées en cours de semaine, l’offre de pétrole devrait rester tendue dans les prochaines années.
La hausse des cours de l’or noir alimentant l’inflation à travers le globe, la réunion de la
Banque centrale européenne était particulièrement attendue. Jeudi, la BCE a comme prévu relevé d’un quart de point son taux de refinancement à 4,25%, essentiellement pour prévenir tout effet de second tour susceptible de déclencher une spirale inflationniste. Mais s’ils avaient largement intégré cette décision, les marchés craignaient qu’elle marque le début d’un cycle de resserrement monétaire. Dans ces conditions, Jean-Claude Trichet, le président de la banque européenne, s’est voulu rassurant. Sans exclure une nouvelle hausse des taux en Europe, il n’a pas non plus laissé anticiper de nouveau tour de vis dans l’immédiat. Un statu quo semble ainsi à l’ordre du jour dans le court terme, ce qui a notamment freiné l’euro face au dollar, aux alentours de 1,57 dollar contre euro vendredi.
Pourtant, l’actualité statistique est restée morose aux Etats-Unis. Les chiffres de l’emploi pour le mois de juin ont laissé une impression mitigée. 62.000 emplois ont été supprimés en juin, ce qui est globalement conforme aux 60.000 suppressions attendues par le consensus. Mais dans le même temps, le taux de chômage a été confirmé à 5,5%, là où un léger repli à 5,4% avait été anticipé. De plus, le nombre d’emplois perdus en mai et avril a largement été revu à la hausse, de 52.000 au total. Confirmant la poursuite d’une dégradation du marché de l’emploi outre-Atlantique, le Département du Travail a annoncé l’enregistrement de 404.000 personnes au chômage la semaine dernière, contre 384.000 pour le consensus. Par ailleurs, l’indice ISM d’activité dans le secteur des services est repassé en juin en dessous de la barre des 50 séparant contraction et expansion de l’activité, à 48,2 contre 51,7 en mai. Les analystes avaient espéré 51. En contrepartie, l’ISM du secteur manufacturier a rebondi au-dessus des 50 à 50,2 en juin, alors qu’il était attendu en repli. L’ISM manufacturier ne représente toutefois que 20% environ de l’activité. De plus, ces deux indices ont été marqués par une dégradation de leur composante
emploi, avec une nette percée du sous-indice des prix.
Sur le front des entreprises,
ArcelorMittal (Amsterdam: NSCNL0001MT7.AS - actualité) termine la semaine en queue de peloton, emporté par les craintes d’un ralentissement économique généralisé, qui grèverait la demande de produits en acier. Chutant de 15,90% en
Bourse, le sidérurgiste a aussi été pénalisé par une information rapportée par la presse selon laquelle Lakshmi Mittal envisagerait de prendre part à la bataille boursière autour du groupe minier Rio Tinto (London:
RIO.L -
actualité) , afin de s’assurer des approvisionnements en minerai de fer plus importants. Rio Tinto fait déjà l’objet d’une offre de la part de l’australien BHP Billiton (London:
BLT.L -
actualité) , le valorisant à 101 milliards d’euros. Malgré cette forte correction, ArcelorMittal reste la troisième meilleure performance du Cac 40 depuis le début de l’année (+0,7%), derrière
Vallourec (+3,4%), qui cède pour sa part 12,9% sur la semaine, et
Alstom (+0,9%), en hausse de 1,4% ces cinq dernières séances.
Autre compartiment en difficulté, la construction et le
BTP, lourdement pénalisé par les signes d’essoufflement de l’immobilier en Europe. Du côté des fabricants de matériaux de construction,
Lafarge (Paris: FR0000120537 - actualité) se replie de 10,4%, tandis que
Saint-Gobain cède 10,8% et
Schneider 6,4%.
A l’inverse,
France Télécom s’est adjugé la plus forte progression de la semaine et grimpe de 13,5%. L’action de l’opérateur téléphonique a pleinement bénéficié de l’abandon de son offre de 26 milliards d’euros sur son homologue scandinave TeliaSonera (Stockholm:
TLSN.ST -
actualité) , faute d’accord sur les termes financiers avec la direction du groupe. Dans la foulée, Merrill Lynch (NYSE:
MER -
actualité) est notamment passé de « neutre » à « acheter » sur la
valeur. Morgan Stanley (
SPU -
actualité) et HSBC (London:
HSBA.L -
actualité) ont également recommandé l’achat. Autre titre à caractère défensif délaissé,
Sanofi (Paris: FR0000120578 - actualité) -Aventis confirme son retour en grâce aux yeux des investisseurs et gagne 6% sur la semaine. Le titre a profité de l’annonce, mercredi, de la victoire juridique d’AstraZeneca aux Etats-Unis et d’une étude d’Oddo Securities selon laquelle les mauvaises nouvelles sont désormais dans les cours.
Enfin, les bancaires ont connu un parcours mouvementé, clôturant la semaine généralement dans le rouge.
Société Générale et
BNP Paribas (Paris: FR0000131104 - actualité) se replient respectivement de 0,5% et 1,5% sur cinq jours.
Crédit Agricole et
Dexia ont été un peu plus chahutés, abandonnant respectivement 3,9% et 4,3%. Après avoir repris des couleurs jeudi, après plusieurs commentaires rassurants sur les risques de nouvelles augmentations de capital, ainsi que les commentaires de Jean-Claude Trichet, qui a déclaré que le « crédit bancaire n’est pas significativement impacté par les tensions financières », les valeurs du secteur ont rechuté vendredi, Goldman Sachs (NYSE:
GS -
actualité) ayant abaissé ses objectifs de cours sur plusieurs établissements européens, dont les quatre présents au Cac 40. A l’inverse, JPMorgan a estimé mercredi que le pire est passé pour les banques européennes, ajoutant que de nouvelles augmentations de capital ne seront pas nécessaires. Le secteur est donc encore loin de faire l’unanimité.