La vertu solidaire de l'assurance-vie
Quant à eux, les Français ont plébiscité ces vingt dernières années l'assurance-vie en euros. Contrairement à l'assurance-vie en unités de compte, ce système a l'avantage d'organiser une certaine solidarité entre générations d'épargnants. Durant les bonnes années, les assureurs accumulent des excédents en distribuant des rendements aux épargnants inférieurs à la rentabilité de leur portefeuille, ce qui permet de puiser dans cette réserve durant les mauvaises années pour offrir un rendement supérieur à celui de leur portefeuille. Il faut mettre au crédit des entreprises d'assurances qui ont assumé le risque d'avoir rempli leur mission en accumulant avant la crise des réserves correspondant à environ 10 % de la valeur de leurs actifs, globalement 2,5 fois plus que les minima requis par la réglementation prudentielle. Grâce aux ponctions dans ces réserves, l'assurance-vie a rapporté globalement plus de 4 % net l'an dernier comme en 2007, malgré la crise.
Comment le secteur devrait-il réagir à la détérioration des ratios de solvabilité des assureurs, qui constitue le pendant naturel de cette solidarité intergénérationnelle dans le contexte actuel ? Etant donné la perspective de long terme à laquelle cette solidarité l'autorise, la part de 20 % traditionnellement détenue par les assureurs en actions (pour leur activité en euros) nous paraît constituer une stratégie qui reste extrêmement prudente. Reste alors la question de la politique de participation aux bénéfices versée aux assurés. En accord avec nos modèles, la baisse des réserves devrait inciter les assureurs-cigales à réduire le niveau des taux garantis pour 2009, comme ce fut le cas au début de cette décennie suite au crash des technologiques. De ce point de vue, les engagements du secteur pour cette année semblent généreux dans le contexte actuel. Sont-ils la conséquence d'une situation financière effectivement moins tendue dans le secteur de l'assurance que dans celui de la banque ? Sinon, il ne faudrait pas que la politique de réassurance implicite de l'ensemble des intermédiaires financiers par l'Etat crée l'amorce d'une fuite en avant de l'ensemble du marché.