Les géants BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), principales locomotives du récent rebond des marchés émergents, sont déjà bien valorisés à court terme, de l'avis de gérants spécialisés, qui misent toujours sur une plus forte croissance de cette classe d'actifs dans les prochaines années.
L'indice MSCI des marchés actions émergentes a rebondi de 56% depuis son plus bas de début mars dernier, davantage que l'indice MSCI mondial, en hausse de 37% sur la période.
Les indices des pays BRIC tirent particulièrement la croissance: la Bourse de Moscou a grimpé de 64% depuis mars dernier, celle de Shanghaï de 40%, celle de Sao Paulo de 37% et celle de Bombay de 79%.
Cette évolution s'explique d'abord par la bonne résistance de géants émergents comme la Chine ou l'Inde à la crise mondiale, dont la croissance devrait dépasser dans les deux cas les 7% cette année, alors que d'autres émergents plus petits comme le Mexique et la Corée du Sud sont à la peine.
Dans le cas du Brésil et de la Russie, où les indices boursiers sont à forte pondération en valeurs liées aux matières premières, le rebond du cours de ces dernières a soutenu les marchés.
"Les émergents, en particulier les BRIC, conservent un potentiel de croissance plus fort que les pays développés, qui connaissent de surcroît une crise de crédit", explique Patrice Lemonnier, responsable de la gestion actions émergentes chez Crédit agricole Asset Management (CAAM).
"Les grands émergents, qui ont assaini leurs comptes publics depuis les crises asiatique et russe de la fin des années 1990, disposent de plus grandes marges de manoeuvre pour relancer la machine. En moyenne, leurs déficits publics par rapport au Produit intérieur but avoisinent les 5%, contre 10% dans les pays développés".
DYNAMIQUE ENTRE BRIC
Une dynamique économique est aussi à l'oeuvre entre les BRIC, qui ont tenu symboliquement le 16 juin dernier leur premier sommet en Russie. La Chine est ainsi devenue par exemple le premier client du Brésil au premier semestre 2009, captant près de 14% du total des exportations brésiliennes, devant les Etats-Unis (près de 11%).
"La période a été marquée par l'essor des exportations de matières premières, comme le fer et le soja, vers la Chine, alors que celles de produits manufacturés vers les Etats-Unis ont reculé", explique Carlos Quenan, économiste chez Natixis.
Il table sur une récession inférieure à 1% au Brésil en 2009 et sur environ 2% de croissance en 2010, grâce notamment à une bonne résistance de la consommation des ménages et à la baisse historique du taux d'intérêt de référence de la banque centrale, sous les 10%.
Patrice Lemonnier, de CAAM, est à surpondérer sur la construction au Brésil, pour profiter de cette baisse des taux et des perspectives d'achats de logements, dans un pays où l'endettement privé reste assez faible, à 55%, contre près de 220% aux Etats-Unis.
Les gérants sont sélectifs car les marchés actions des BRIC ont déjà fortement rebondi. "Le Brésil, la Russie et l'Inde sont déjà bien valorisés, dans un scénario de retour de la croissance mondiale fin 2009, début 2010", estime Martial Godet, responsable de la gestion marchés émergents de BNP Paribas Asset Management. "Le marché chinois garde lui une capacité d'appréciation de 10%, si on prend en compte la valorisation des actifs (fair value)".
Après un léger retour en grâce des valeurs défensives en juin, comme celles de la distribution et la santé, face à des valeurs cycliques, notamment des matières premières, qui avaient beaucoup monté, jouer les valeurs financières des émergents est, selon lui, un bon thème d'investissement, en particulier pour 2010-2011.
De son côté, Wojciech Stanislawski, gérant spécialiste des marchés émergents chez Comgest, continue, sans thème d'investissement spécifique, à cibler des champions comme l'opérateur télécoms sud-africain MTN, sur un continent africain qui s'équipe en mobiles.
Le gérant a aussi des positions importantes sur China Life, plus grand assureur vie chinois. "Avec toutes les mesures de Pékin pour développer la consommation domestique, on devrait assister à une baisse de l'épargne en Chine mais aussi, dans le même temps, à une plus grande sophistication de cette épargne. China Life, qui dispose d'un réseau énorme peut en profiter en proposant de nouveaux produits", explique-t-il.