jeudi 3 juillet 2008, 16h05
Reuters

Nicolas Sarkozy défend sa politique nucléaire

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LE CREUSOT, Saône-et-Loire (Reuters) - Nicolas Sarkozy a défendu jeudi sa politique nucléaire civile, lors d'une visite au Creusot où ArcelorMittal et Areva fabriquent des pièces maîtresses du réacteur de nouvelle génération EPR.

Le président de la République a confirmé à cette occasion son intention de lancer la construction d'une deuxième centrale EPR en France, après celle de Flamanville, au grand dam des militants anti-nucléaires.

Les années 2007-2008 feront date parce que "ce sont celles où le monde aura réellement pris conscience que le XXIe siècle finira sans pétrole", a-t-il déclaré dans un discours dans la salle des fêtes du Creusot.

Les chocs pétroliers des années 1970 "n'ont rien à voir avec la brutalité de ce troisième choc pétrolier", a-t-il poursuivi. La hausse des prix actuelle "ne s'arrêtera pas, indépendamment de ce qu'on appelle la spéculation."

"L'ère du pétrole accessible à tous c'est fini", a-t-il ajouté. "Les pays qui feront le plus tôt ce constat-là ont une chance de s'en sortir, ceux qui le feront le plus tard n'ont aucune chance de s'en sortir."

Face à ce constat, il a aligné les chiffres : chaque EPR remplaçant une centrale à gaz ou au charbon fait économiser deux milliards de m3 de gaz par an ou réduit de 11 millions de tonnes les émissions de CO2 ; "l'électricité qui sort d'un EPR coûte 30 à 50% moins cher que l'électricité qui sort d'une centrale à gaz ou d'une centrale au charbon" ...

Le ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo présentera avant la fin de l'année au Parlement un exercice de programmation pluriannuelle des investissements en production électrique.

"On peut devenir, nous les Français, exportateurs d'électricité alors qu'on n'a pas de pétrole et qu'on n'a plus de gaz, c'est une chance historique de développement", a lancé le chef de l'Etat, qui a souligné que la France était un des quatre seuls pays au monde à maîtriser l'ensemble de la filière.

Il a estimé que la France avait besoin de former 1.200 ingénieurs nucléaires par an à partir de 2010.

En matière de sûreté nucléaire, un des arguments des anti-nucléaire, il a fait valoir qu'un "système prometteur" de désactivation d'une centrale de l'extérieur était à l'étude.

Il a en revanche regretté la fermeture il y a quelques années du surgénérateur expérimental Superphénix, qui permettait de faire du combustible en recyclant des déchets.

Il a défendu sa politique d'exportation du nucléaire civil français. Il a ainsi réaffirmé qu'il fallait rendre cette énergie "accessible pour tous les pays qui le veulent" - "Le nucléaire peut être une arme de paix parce que le nucléaire c'est une arme au service du développement", a fait valoir le président.

Il a précisé à ce propos qu'il avait demandé à la P-DG d'Areva, Anne Lauvergeon, et à son homologue d'EDF, Pierre Gadonneix "d'avoir une stratégie offensive".

TOLLE DES ANTI-NUCLÉAIRES

Il a justifié sa décision de lancer dès 2009 le chantier d'un deuxième EPR en France, avec début des travaux en 2011, par les délais d'études et de construction - environ sept ans, alors que le mandat d'un président n'est que de cinq ans. "Vous prenez une décision sur une centrale nucléaire. Admettons que vous ne soyez pas réélu, vous ne l'inaugurez même pas !" a-t-il ironisé.

"En même temps, pendant les sept années, vous en avez des manifestations sur le pouvoir d'achat, le pétrole cher, les gens qui n'en peuvent plus", a souligné Nicolas Sarkozy.

Il a assuré qu'il entendait développer aussi les énergies renouvelables parallèlement au nucléaire : "On peut faire les deux (...) Ce n'est pas le nucléaire ou le renouvelable, c'est le nucléaire et l'énergie renouvelable."

Le projet de plan européen de lutte contre le réchauffement climatique impose à la France 23% d'énergies renouvelables dans sa consommation énergétique en 2020, a-t-il rappelé. "C'est un enjeu immense. Ça consiste à doubler notre effort en 12 ans."

Il a ainsi déclaré que la France allait se doter d'un "centre de rang mondial" dédié aux nanotechnologies.

Le discours du chef de l'Etat et l'annonce d'un deuxième EPR en France n'en ont pas moins suscité des réactions très vives dans le camp des anti-nucléaires.

La secrétaire nationale des Verts Cécile Duflot a ainsi déploré que la France devienne le "show-room du nucléaire pour le VRP Sarkozy et Areva", au "mépris" de l'avenir des Français.

Elle rappelle l'opposition "la plus ferme" des Verts à la construction de l'EPR, "inutile, dangereux et coûteux" et demande de "stopper cette aberration industrielle".

"Le gouvernement s'entête dans l'impasse nucléaire quand les enjeux climatiques et la crise pétrolière nécessitent sobriété et efficacité énergétiques, et politique ambitieuse en matière d'énergies renouvelables", ajoute-t-elle.

Le réseau "Sortir du nucléaire" a dénoncé une "tromperie" et lancé un appel à manifester le 12 juillet à Paris contre les projets nucléaires de Nicolas Sarkozy, la veille du sommet de lancement de l'Union pour la Méditerranée.

"Un des objectifs principaux du président français (lors de ce sommet) sera de trouver des débouchés pour l'industrie nucléaire française", explique "Sortir du nucléaire".

La construction d'un deuxième EPR en France est "une décision stupide" et "totalement inutile", qui "disqualifie Nicolas Sarkozy sur les dossiers énergétiques et climatiques" a pour sa part déclaré l'organisation écologiste Greenpeace, qui "condamne sans appel" cette annonce.

Quant aux Jeunes Verts, ils proposent de construire le deuxième EPR à Neuilly, la ville de Nicolas Sarkozy.

Emmanuel Jarry, édité par Pascal Liétout

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