Le gouvernement français semble décidé à prouver par l'absurde qu'il est urgent de privatiser EDF : c'est l'interprétation la plus indulgente qu'on peut donner aux bavures à répétition dont l'Etat actionnaire se rend coupable de longue date vis-à-vis du géant français de l'électricité.
La tradition est ancienne : les représentants de l'Etat au conseil d'administration du groupe approuvent tout ce que leur soumet le PDG du moment, et s'affirment surpris, et même choqués, quand les ratages deviennent impossibles à dissimuler.
Aujourd'hui, le gouvernement envisage gaillardement d'approuver le principe d'un coup d'arrêt aux ambitions américaines d'EDF - dix mois à peine après les avoir au contraire encouragées.
Les pouvoirs publics démentent mollement qu'une décision ait été prise, mais les signaux s'accumulent. Henri Proglio, qui va bientôt prendre la tête d'EDF, a de sérieux doutes sur l'intérêt de l'opération qui vit, en décembre 2008, l'électricien consacrer 4,5 milliards de dollars (3,05 milliards d'euros) à l'achat de la moitié des activités nucléaires de Constellation Energy, le partenaire américain avec lequel il veut construire des centrales aux Etats-Unis. Le groupe français cherchait alors à se débarrasser de Warren Buffett, le milliardaire américain qui avait lancé une offre à la hussarde sur Constellation. EDF l'avait emporté en proposant un prix deux fois supérieur au sien.
Mais ses projets se sont depuis enlisés dans le marais réglementaire américain. M. Proglio refuse que la stratégie du groupe devienne otage des décisions du gouverneur du Maryland, où Constellation a son siège. Le nouveau PDG préférerait concentrer les énergies d'EDF sur l'Europe. C'est son choix, raisonnable, et qui devrait soulager les actionnaires minoritaires d'EDF - peu nombreux, l'Etat possédant près de 85 % du groupe.
Mais il va être difficile, pour l'Etat et ses représentants, de prétendre que l'opération Constellation n'avait aucun sens et était trop coûteuse. Le gouvernement nomme six des dix-huit membres du conseil d'administration d'EDF, qui sont ses représentants. C'est lui aussi qui choisit six autres administrateurs, dits 'indépendants', le dernier tiers du conseil étant composé de représentants syndicaux. Or dès 2008, tout le monde ou presque - à l'exception, visiblement, du conseil - avait dit que l'opération était risquée. Il est vrai qu'EDF est endetté à hauteur de 37 milliards de dollars - plus de deux fois son résultat brut d'exploitation - et que le groupe doit vendre des actifs pour alléger sa structure financière. Mais le problème pesait déjà sur les comptes d'EDF il y a dix mois.En lire plus sur LeMonde.fr
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