L'annonce du lancement d'un grand emprunt national par Nicolas Sarkozy accentue un recentrage sur
les enjeux intérieurs avant les échéances électorales de 2010 et 2012, estiment des économistes.
Ils soulignent aussi que les dépenses ainsi financées prendront opportunément la suite des mesures de relance annoncées
en décembre alors que le chef de l'Etat risque d'être rattrapé par ses promesses de 2007 sur le pouvoir d'achat et le
"point de croissance supplémentaire", qu'il se faisait fort d'aller "chercher avec les dents".
Dans son allocution devant le Congrès le 22 juin, une première institutionnelle depuis 1875 au cours de laquelle il a dévoilé
son projet d'emprunt destiné à financer des "priorités stratégiques", Nicolas Sarkozy a à peine évoqué l'Europe.
"Il y a une opposition claire entre la France et l'Allemagne sur le recours à la dépense publique pour sortir de la crise"
explique Pierre-Olivier Beffy, économiste chez Exane BNP Paribas.
"Au moment où l'Allemagne essaie d'inscrire dans la loi une limitation du déficit structurel à 0,35% du PIB à compter de
2016 et une interdiction de contracter de nouvelles dettes pour les Länder à l'horizon 2020, la France n'hésite pas à
creuser les déficits et à recourir à l'emprunt", ajoute-t-il.
La page de la présidence française de l'UE et des élections européennes tournée, les enjeux nationaux n'en reprennent que
plus facilement le pas à un an d'élections régionales et avant le rendez-vous présidentiel de 2012.
Un nouveau tour que le remaniement gouvernemental annoncé dans la foulée du discours devant le Congrès a aussi illustré
avec l'entrée de personnalités au solide ancrage régional comme Michel Mercier, Christian Estrosi ou Henri de Raincourt.
PLAN D'URGENCE, PLAN DE RELANCE
Les économistes soulignent que le calendrier retenu pour le lancement de l'emprunt, dont ni le montant ni les modalités ne
sont arrêtés, n'est pas anodin.
Le Premier ministre, François Fillon, a annoncé que le lancement de l'emprunt national n'interviendrait pas avant début
2010, à un moment où les effets des mesures de relance annoncées en décembre s'essouffleront sur fond de poursuite de la
montée du chômage et d'un rendez-vous sur le financement des retraites qui s'annonce difficile.
"Cela va tomber à pic, pile au moment où il va y avoir des élections", relève Alexander Law, économiste à l'Institut Xerfi.
Alors que François Fillon a déclaré que cet emprunt n'avait pas vocation à préparer un "deuxième plan de relance",
certains économistes estiment que les mesures ainsi financées permettront de soutenir l'activité dans la durée.
Ils plaident pour une distinction entre "mesures d'urgence" ou de "stabilisation" et "plan de relance" qui n'est pas sans
rappeler celle mise en avant par le chef de l'Etat devant le Congrès entre les "bons" et les "mauvais" déficits.
"Les priorités financées par l'emprunt prendraient subtilement le relais des mesures annoncées en décembre et dont
l'effet commencera à s'estomper", estime Jean-Christophe Caffet, économiste chez Natixis.
Pour Alexander Law, "il faut distinguer les mesures d'urgence comme celles annoncées en décembre dernier et les mesures
de relance destinées à doper durablement la croissance en définissant de nouvelles priorités stratégiques".
Il estime que de nouvelles mesures d'urgence seront nécessaires sans doute dès l'automne dans le cadre de la loi de
finances pour 2010 afin d'éviter une rechute de la croissance après le rebond attendu au deuxième trimestre.
"On ne pourra pas éviter un deuxième plan d'urgence. Mais même après la sortie de crise, la croissance risque d'être
durablement molle et il faudra la doper par des mesures de relance structurelles", poursuit-il.
ASSAINIR LES FINANCES PUBLIQUES
Un point de vue que partage Pierre-Olivier Beffy, qui distingue lui aussi les mesures de "stabilisation" annoncées en
décembre et un "vrai plan de relance destiné à accroître la croissance potentielle future".
"Aujourd'hui, on est dans une situation difficile où il faut contribuer à la reprise économique et ne pas contribuer au
creusement durable du déficit", note Dominique Barbet, économiste à la banque BNP Paribas.
"Il faut essayer de marier ces deux objectifs a priori antinomiques, le recours à l'emprunt vise à essayer de les atteindre
tout en les isolant", ajoute-t-il.
La montée de la dette publique, dont le gouvernement prévoit qu'elle atteindra près de 90% du PIB en fin de législature
contre 65,9% à la fin du troisième trimestre 2007, après l'arrivée de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, a suscité de nombreuses
mises en garde.
Des institutions internationales comme le FMI ou l'OCDE, la Banque centrale européenne et la Banque de France ou
encore la Cour des comptes ont appelé à un assainissement des finances publiques françaises au risque de voir s'enclencher
un processus dans lequel la dette s'autoalimenterait.
Edité par Sophie Louet